Récupération olympique

Si la quasi-absence du français à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Vancouver avait quelque chose d'insultant, elle avait au moins le mérite de refléter avec honnêteté l'incompréhension qui prévaut de plus en plus au Canada à l'égard des deux langues officielles. À l'extérieur du Québec, de moins en moins de gens comprennent les raisons historiques de la reconnaissance du français ou savent simplement le rôle joué par les Français dans l'ouverture des provinces de l'Ouest.

Pour un nombre croissant de Canadiens, il n'y a pas de peuples fondateurs, mais une société multiculturelle qui met toutes les différences sur le même pied. C'est cette logique d'ailleurs qui fait dire à certains que le chinois aurait dû avoir préséance sur le français à Vancouver puisque cette langue est parlée par une part plus large de la population de la ville.

La place faite au français avait le mérite de ne pas entretenir d'illusions. On ne peut pas en dire autant pour les peuples autochtones que l'on a mis à contribution pour égayer et éblouir la visite. Comme trop souvent, ce sera pour mieux les ignorer par la suite. Du moins du côté d'Ottawa, car le gouvernement provincial de Gordon Campbell dénonce encore l'abandon par le gouvernement Harper de l'accord de Kelowna, qui visait à combler l'écart en matière d'éducation, de logement et de santé pour les autochtones. Le gouvernement Campbell planche aussi sur un processus sérieux de reconnaissance des droits autochtones de la province. C'est d'ailleurs encore lui qui a voulu que les peuples de la région de Vancouver soient considérés comme des hôtes des Jeux.

Pendant ce temps-là, on apprend que le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, invite certains pays arctiques, et pas d'autres, à une réunion pour parler de l'avenir de l'Arctique. Le sommet aura lieu le 29 mars à Chelsea, au nord de Gatineau. En plus du Canada, on y retrouvera les États-Unis, la Russie, la Norvège et le Danemark, tous des pays côtiers de l'océan Arctique. Ce choix pourrait se défendre si n'existait pas déjà un Conseil de l'Arctique, lancé en 1996 à Ottawa. Ce conseil inclut trois autres pays — la Suède, la Finlande et l'Islande —, mais aussi, parmi ses membres permanents, la Conférence circumpolaire inuite, le Saami Council, et l'Association des minorités autochtones du Nord, de la Sibérie et des régions extrême-orientales de la Fédération de Russie.

En ignorant ce conseil au profit d'une liste d'invités triés sur le volet, le gouvernement Harper s'épargne l'obligation d'avoir Inuits et autochtones à la table. Inuit Tapiriit Kanatami, l'organisation qui représente les Inuits canadiens, s'en est plainte cette semaine. «Il est inconcevable que le gouvernement du Canada envisage de tenir une conférence pour discuter du développement économique et de la protection environnementale de l'Arctique sans faire appel à la participation des Inuits qui devront vivre avec les conséquences de nouvelles politiques. Cela sent le paternalisme», a fait savoir leur président par intérim Pita Aatami.

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La grande récupération olympique a d'autres visages. Le plus étonnant est sûrement celui révélé en fin de semaine par le Globe and Mail et qui a des relents de culte de la personnalité.

On savait depuis longtemps que certains membres de l'entourage de Stephen Harper, si ce n'est lui, souffraient de ce syndrome. Des photos du chef conservateur ont remplacé depuis longtemps tous les portraits de premiers ministres qui décoraient l'antichambre du gouvernement à la Chambre des communes. Photographes et caméramans sont constamment invités à croquer ses faits et gestes alors que les journalistes sont tenus à distance. Les salles de presse du pays reçoivent sans cesse des communiqués photos du premier ministre.

Comme si cela n'était pas assez, le parti a produit pour ses supporteurs une vidéo faisant un lien entre les Olympiques et les mérites de Stephen Harper. On y verrait le sénateur et ancien journaliste vedette de CTV, Mike Duffy, au côté de sa collègue sénatrice, l'ex-skieuse Nancy Greene Raine. Selon le Globe, Greene Raine compare les athlètes à «notre solide leader». Et ajoute: «Avec notre solide leader, le Canada va continuer de faire compétition aux meilleurs au monde». Duffy renchérirait en disant que «nous, conservateurs, sommes nous-mêmes des champions.»

Le courriel qui présente la vidéo aux partisans conservateurs est signé par Mike Duffy. Il les remercie, rapporte le Globe, de «prendre quelques minutes durant cette période occupée pour raviver notre fierté canadienne en écoutant l'histoire conservatrice, l'histoire du Canada. Le succès de nos athlètes en terre canadienne nous fait penser au bilan conservateur incroyable de premières historiques».

Qu'ajouter de plus? Un billet pour Beijing ou Moscou?

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Une dernière de ces perles olympiques dont les conservateurs ont le secret. Le gouvernement fédéral dépensera 150 000 $ pour compenser les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les employés fédéraux durant les Jeux de Vancouver. Vous avez bien lu. Il s'agit bien du même gouvernement qui cherche toujours des excuses pour éviter d'adopter un vrai plan de réduction des émissions de GES au pays. Quelqu'un n'a-t-il pas dit que Vancouver connaissait son hiver le plus chaud depuis que l'on récolte ce genre de données?
3 commentaires
  • Lorraine Dubé - Inscrite 22 février 2010 07 h 19

    Récupération de tout-Contrôle de tout- Les deux visages de Steven Harper

    Aux deux paliers de gouvernements, la transparence, et l'éthique font défaut.

    A-t-on déjà vu plus obscur au fédéral? Tout est récupération chez les conservateurs. Même l'Histoire...

    Ce n'est que la pointe de l'iceberg! Rien de surprenant, puisque la tendance de ce gouvernement est de TOUT contrôler. Il en est ainsi au niveau national comme international. Et, a beau mentir qui vient de loin!

    Il est inquiétant de constater à quel point "l'information" est scrutée, édulcorée, censurée à la guise de Steven Harper. Toutes les astuces sont bonnes pour arriver à ses fins...Le Pouvoir! La fin justifie les moyens! Que ce soit la prorogation du Parlement, sa manipulation de tout, ses propagandes, son arrogance, son cynisme...

    Les feux de la rampe, projecteurs et protographes pour ce personnage imbu de lui-même, mais plus petit que nature. Aucune noblesse, de tant de supercheries! Steven Harper contrôle tout. Il réduit même au silence son entourage. Seules les apparences, et, de toute évidence...elles sont trompeuses.

    Caractérisé par sa volonté viscérale de museler l'opposition parlementaire, essence même de la démocratie, ce gouvernement conservateur y va de la même constance avec la presse. Tout cela au profit du pouvoir, le sien. Au diable qu'il soit au détriment de la population!

    L'opportunisme de Steven Harper envers la population par son refus de rendre des comptes, jusqu'au moment de courtiser l'électorat. Alors ce sont les projecteurs sur "des apparences", des miettes d'informations calculées, au compte-goutte...

    Voilà la crédibilité à accorder à cette mascarade! Steven Harper devant la Presse, mode relation publique, les fesses serrées. Tout sonne faux!

  • Julien Beauregard - Inscrit 22 février 2010 10 h 59

    prorogation

    On l'avait vu venir à 100 milles à l'heure. Prorogation pour être capable de s'occuper de la campagne d'image.

    Après les Olympiques, les Conservateurs vont étudier les sondages. Si leur image a été améliorer, ils vont y aller pour l'or : leur majorité!

  • Chryst - Inscrit 2 mars 2010 15 h 12

    Manipulation de l’opinion publique

    À Québec ou à Ottawa, c’est du pareil au même. Tous les moyens sont bons pour rester et profiter du pouvoir.