Médias - Les Jeux éclatés

Vous les regardez où, vous, les Jeux olympiques? Les Jeux de Vancouver sont sûrement les Jeux les plus «multimédias» de l'histoire. Ils représentent un véritable défi pour les diffuseurs, qui tentent de se doter de nouveaux outils d'analyse pour essayer de comprendre le comportement du spectateur-internaute, sollicité de toutes parts.

Exemple classique de soirée depuis une semaine: je zappe entre RDS, V (qui est en train de se donner une bonne vitrine promotionnelle, en nous inondant de pubs pour ses émissions), TSN et NBC, passant d'une chaîne à l'autre pour trouver mon petit bonheur.

On se lève du canapé pour faire un peu d'exercice... et on se retrouve devant l'écran d'ordinateur à consulter des tableaux de médailles ou à revoir les vidéos de performances marquantes, sur des dizaines de sites de différents médias qui tentent de mettre le contenu à jour le plus rapidement possible.

C'était si simple

Avant, c'était simple: on regardait Radio-Canada ou on faisait autre chose. Aujourd'hui, analyser le comportement des spectateurs devient assez compliqué. Au Canada, les diffuseurs qui ont obtenu les droits, qui se sont baptisés le «Consortium médiatique canadien de diffusion olympique», ont développé une nouvelle méthode de mesure pour tenter de comprendre qui regarde les Jeux olympiques à l'ère du multiplateforme.

Le truc en question se nomme «l'indice Cume», pour Canadian Unique Multimedia Engagement. Cet indice recueille chaque jour les données des sondages BBM pour la télévision, mais également les données Omniture qui mesurent les visites sur les sites Internet du consortium.

Ce qui nous vaut, tous les jours, une avalanche de chiffres, du genre de ceux-ci: au 6e jour des Jeux, la semaine dernière, 3,5 millions de Canadiens ont regardé Marianne St-Gelais remporter la médaille d'argent sur courte piste, dont 948 000 spectateurs sur V et sur CPAC, 1,8 million sur Rogers Sportsnet, et ainsi de suite.

Vendredi dernier, on nous apprenait que le but gagnant de Sydney Crosby en tir de barrage lors de la partie de hockey Canada-Suisse a été vu par 12 millions de téléspectateurs.

Ce match avait d'ailleurs été l'événement le plus écouté depuis le début des Jeux, avec une moyenne de 6,8 millions de téléspectateurs au Canada, un chiffre qui devrait être dépassé par le match d'hier, j'imagine.

Comment mesurer une écoute éclatée?

Depuis le début des Jeux, les médias reçoivent, deux fois par jour, un petit rapport de deux ou trois pages sur le nombre de vidéos vues sur les sites Internet, le nombre de téléspectateurs à la télévision, et ainsi de suite.

Cette obsession statistique s'explique: les diffuseurs ne savent plus comment mesurer l'écoute réelle. L'enjeu est énorme: est-ce que la télévision demeure reine? Internet représente-t-il un complément à la télévision ou la remplace-t-il? Et surtout, surtout, quelles publicités sont les plus vues et les plus efficaces?

La chaîne NBC, qui a payé 820 millions de beaux dollars pour obtenir les droits de diffusion de ces jeux, a admis que «l'opération olympique» sera déficitaire.

Lors des Jeux d'été de Pékin, il y a deux ans, NBC avait mis sur pied une vaste recherche afin d'analyser le comportement du spectateur-auditeur-internaute olympique.

Pour les Jeux de Vancouver, cette recherche est encore plus sophistiquée. C'est une «analyse de comportement [médiatique] sans précédent», écrivait il y a quelques jours The Globe and Mail.

Minute par minute

Pour comprendre le comportement de l'auditoire, NBC a créé un laboratoire de recherche qui recueille les données statistiques d'une douzaine d'entreprises, dont Nielsen pour les cotes d'écoute télévisuelles, mais aussi des entreprises qui calculent la fréquentation sur d'autres plateformes.

Les données sont recueillies minute par minute. Et pour la première fois, on recueille des données ciblées sur l'utilisation de l'enregistreur numérique personnel afin de comprendre à quel moment les utilisateurs «zappent» les publicités, et quels spots publicitaires retiennent leur attention.

Pour la première fois également, on a mis en place un système de collecte de données pour l'utilisation des mobiles. NBC veut savoir, par exemple, comment on utilise l'iPhone pour suivre les Jeux.

On ne connaît pas encore le résultat de toute cette recherche, mais il est clair que la chaîne veut convaincre les annonceurs qu'il y a moyen d'atteindre le public malgré la fragmentation de l'écoute. Encore faut-il savoir développer de nouvelles stratégies publicitaires adaptées à ces nouveaux modes de diffusion.

Mais la recherche est probablement un pas derrière la réalité. Un collègue de La Presse nous apprenait en effet cette fin de semaine que l'utilisation de Twitter est en pleine explosion à l'occasion de ces Jeux, plusieurs compétitions étant décrites presque à la seconde près par les utilisateurs.

Ce déluge d'information est à la fois épeurant et fascinant. Car en parallèle aux sites Internet des diffuseurs officiels, des sites alternatifs, plutôt bien faits, se sont mis en place pour livrer une foule d'informations sur les enjeux sociaux économiques autour des Jeux de Vancouver. Le blogue du Devoir, le Sismographe, mentionnait récemment deux de ces sites, Vancouver Media Co-op et Olympic Resistance Network, alimentés par des citoyens. Alors si vous faites une indigestion de patriotisme, ce sont les sites à lire pour connaître les critiques des citoyens de Vancouver. Et pour tout savoir sur le harcèlement des policiers...
1 commentaire
  • Bernard Gervais - Inscrit 22 février 2010 10 h 40

    Quand il n'y avait que Radio-Canada qui présentait les Jeux olympiques...

    C'était beaucoup plus simple, en effet, de mesurer les cotes d'écoute quand il n'y avait que la télé de Radio-Canada qui diffusait les Jeux olympiques.

    Même si ce n'est pas vraiment le thème votre chronique d'aujourd'hui, permettez-moi d'ajouter que cela aurait été également beaucoup mieux, si cette société avait obtenu les droits de diffusion pour ceux actuellement présentés à Vancouver,

    Et j'écris cela surtout en pensant aux propos épais tenus par deux commentateurs au sujet du patineur américain Johnny Weir !