Hors-Jeux - Sur le ventre

Il est tard vendredi soir, le genre d'heure à laquelle la jeunesse du monde entier s'en va s'exprimer corporellement sur la piste d'un dancing à la mode, mais comme il y a très longtemps que je ne suis plus jeune, je m'interpelle dans mon Tommy Ford* intérieur et me dis tiens, pourquoi ne pas pousser encore un peu plus loin l'expérience de l'olympique divan en assistant à du skeleton masculin couché sur le ventre de Vancouver 2010? (C'est le skeletoneur qui est couché sur le ventre, pas le gars sur le divan, et il est sur le sien, pas celui de Vancouver 2010.)

Comme on n'en voit qu'à tous les quatre ans, il est aisé d'oublier comment ça te me vous dévale une piste pas à peu près, ces engins. Les concurrents les moins habiles s'y font sévèrement «barouetter», pour reprendre le mot de M. Jean-Paul Baert, et on ressent comme une vague impression de se trouver dans une machine à laver au cycle spin. Jusqu'à 145 kilomètres/heure, tête première, le visage à six pouces du sol, on essaie d'imaginer quand ils faisaient ça avec pas de casque, genre aux Jeux de 1928, bien sûr ils n'allaient pas aussi vite, mais quand même.

Donc, vendredi soir, quatrième et dernière descente. Après trois, Jon Montgomery, originaire du Manitoba, occupe la 2e place. Respectivement 1er et 4e, qui retrouve-t-on? Deux frères, Martins et Tomass Dukurs, représentants de la Lettonie. Le pays balte apparaît comme une puissance dans la discipline.

Et là, vous ne me croirez pas, mais je m'interpelle derechef: hé, c'est marrant ça. Du skeleton letton. Je répète le tout à voix haute 20 ou 25 fois, du skeleton letton du skeleton letton du skeleton letton. Je m'attends à ce que le fourgon cellulaire arrive d'un instant à l'autre pour me passer la camisole de force tout en songeant qu'on pourrait comprimer le tout et faire simplement skeletton, avec deux t et que ce n'est pas donné à toute le monde de s'amuser avec si peu. C'est vraiment vraiment dingue, les sports de glisse.

Finalement, Montgomery a gagné la médaille d'or, 0,07 seconde devant Martins Dukurs, ce qui démontre peut-être, je dis bien peut-être, que le skeletton a encore des croûtes à manger.

En tout cas, si vous avez vu les cheveux et la barbe de Montgomery, vous conviendrez qu'il est approprié d'observer qu'il s'agit d'un week-end qui a démarré sur les chapeaux de roux.
(*Tommy Ford, skieur alpin américain inscrit au slalom géant, que je remercie chaleureusement de participer aux Jeux.)

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La citation du jour. Alex Harvey, 9e au 30 km poursuite de ski nordique samedi, à propos de l'allure de la course: «Les cinq premiers kilomètres, ça se pognait le beigne un peu.»

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Est-ce qu'on vous l'a dit, que la piste de luge/skeleton avec un t/bobsleigh de Whistler, est dangereuse? Shauna Robhock, bobeuse des États-Unis, l'a qualifiée de «stupidement rapide». Le Suisse Beat Hefti, numéro 1 mondial en bob à deux, s'est retiré de la compétition en biplace après avoir subi une commotion cérébrale lors d'un accident à l'entraînement. Son compatriote Daniel Schmid, 11e, a fait de même pour des «raisons de sécurité» après deux accidents. Au total, une douzaine de bobs sont partis à la renverse au cours de la semaine.

Mais le plus important, ç'a d'l'air, c'est l'uniforme du patineur artistique Johnny Weir et ce qu'en pensent des intellectuels.

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Dans la série «Vanité des vanités, et tout est vanité, et Nihil novi sub sole», un autre patineur artistique, le Russe Evgeni Plushenko, médaillé d'argent jeudi, s'est dit d'avis que sa deuxième place «soulève des questions» quant à l'intégrité des juges.
Hé ben.

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Samedi après-midi? Un gros match de hockey sur glace Suisse-Norvège. Ce qu'il y a de bien avec le hockey à V et RDS, c'est que l'exotisme des noms de joueurs qu'on connaît peu ou pas est largement compensé par le fait qu'on a affaire aux mêmes descripteurs, analystes et autres commentateurs que le reste du temps. S'en dégage le sentiment qu'il s'agit, là sous nos yeux, de Canadien. Ça rassure vachement.

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Le site officiel de Vancouver 2010 dans les internets fournit quelques notes sur chaque athlète, dont leur passe-temps. Parmi ceux du patineur de vitesse longue piste français Pascal Briand, qui prenait part samedi au 1500 mètres et dont le surnom est de «The Punisher», on retrouve: «Boire de la bière.» 

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Lu dans Libération, un texte intitulé Comment leur clouer le Québec de Laurent Sagalovitsch, un écrivain français établi à Vancouver. Il y parle des Québécois qui insistent pour que les choses se déroulent en français aux Jeux.

«Au début, ce tabernacle râleur version José Bové prête à sourire. Et puis la énième incartade finit par lasser. Parce que, tout simplement, le nombre de francophones en Colombie britannique plafonne à 60 000. Que la France, fille aînée de l'Église, se trouve à 8 000 bornes. Que si vous demandez dans la langue de Marc Levy votre chemin au piéton jamais pressé, il vous sourira gentiment et balbutiera du bout des dents un “sorry” contrit. Comme une maîtresse délaissée par son amant volage parti pour s'en aller batifoler avec la voisine d'à côté, Québec l'a mauvaise, que ce soit Vancouver, qui attire sur elle, pendant deux semaines, toutes les paillettes médiatiques du monde. Et le fait savoir. A l'image d'un sale moutard capricieux jamais content et bien décidé à pourrir le voyage de noces de ses parents recomposés, elle râle dans son coin, ne cesse de vitupérer le colon anglais et de se plaindre à tire-larigot. Trop chaud, pas assez de neige, frites pas cuites, bière pas mousseuse, rues trop propres, cygnes trop blancs, mouettes hargneuses, canards boiteux, pigeons méprisants, organisation déplorable, transports déficients, édifices repoussants.»

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Samedi après-midi? On a pu apprendre que la skieuse acrobatique australienne Jacqui Cooper, 11e aux qualifications de l'épreuve des sauts, a été éprouvée par de nombreuses blessures mais a récupéré de façon incroyable. Son palmarès est, d'ailleurs, incroyable.
Franchement, on n'aurait pas cru ça.

8 commentaires
  • Gabriel RACLE - Inscrit 21 février 2010 07 h 12

    Une bien bonne!

    Elle circule dans les milieux francophones et vaut son pesant de mélasse!

    Vive le vent, vive le vent, vive le Vancouver

    CHRONIQUE

    Balancera-t-on le nom de celui qui signa le calamiteux «J'espère que le temps ne sera pas ici comme SOUVENT COUVERT. Vancouver. Ah-ah-ah.

  • jacques noel - Inscrit 21 février 2010 08 h 39

    Suisse-Norvège

    Entendu à la fin du match:
    "Quatre minutes avant la fin, faut éviter le banc de punition parce que ça pourrait être couteux"

  • Alain Deloin - Inscrit 21 février 2010 09 h 49

    tres bien ce Laurent

    Je ne lis pas Libe (qui vit des largesses du contribuable et qui aurait du disparaitre depuis longtemps) et je ne connais pas ce Laurent Sagalovitsch. Mais je partage son analyse. Il a l'humour saignant mon compatriote de Vancouver. J'aime.

  • jacques noel - Inscrit 21 février 2010 15 h 57

    au soixante-huitard

    «Que la France, fille aînée de l'Église, se trouve à 8 000 bornes»

    C'est quoi le rapport? Vancouver c'est au Canada et le Canada c'est bilingue coast to coast. Vancouver, qui a eu les jeux par à peine 3 votes sur la candidature coréenne, a joué à fond la carte du bilinguisme au point sans doute de faire plier les délégués francophones.

    Jusqu'ici les Jeux sont bilingues. Rien à dire sauf pour le show d'ouverture, sorti droit de l'outback australien. Pauvre Canada.

  • Samuel Pothier - Inscrit 21 février 2010 16 h 00

    Différent d'opinion

    Ce Laurent n'est pas le pire des écrivaillons, il va sans dire, mais il pousse la farce bien loin sans la maintenir amusante.

    Desproges y excellait! Ce type pas du tout, et il risque de s'attirer des ennuis de surcroît.

    Que de risques entrepris pour un si léger torchon...