Des revenus réguliers à la retraite

Je viens de prendre ma retraite à 60 ans. Je recevrai le régime de retraite du gouvernement et j'ai ouvert un FRV dans lequel j'ai transféré mon CRI. Aussi, j'ai un REER de la FTQ et un REER autogéré chez Disnat.

Question: afin de profiter d'une baisse de revenu en 2010 et les années suivantes, où dois-je commencer? Devrais-je vendre des effets dans le FVR? Ou vendre les parts de la FTQ, par exemple?

Merci!

Y. R.


Un principe de base à suivre ici: préserver le plus longtemps possible son capital durant la retraite. Cela vaut autant pour votre argent inscrit dans les comptes REER que pour celui hors REER. Vous devez donc essentiellement vivre des revenus de placement provenant de votre capital investi, sans gruger celui-ci. Pourquoi préserver votre capital? Pour faire face aux imprévus. Comme, par exemple, une recrudescence soudaine et durable de l'inflation. Ou encore une débâcle des marchés boursiers comme celle survenue en 2008-09. Imaginez les retraités qui, par exemple, pigeaient depuis dix ans dans leur capital pour soutenir leur niveau de vie (voire se payer du luxe) et qui, soudainement, ont été confrontés en 2008 et début 2009 à une débandade de 50 %, voire plus, de la valeur de leurs placements. Ceux-ci se sont presque retrouvés sur la paille. Plusieurs d'entre eux ont probablement paniqué et liquidé leurs meilleurs placements à vil prix au creux du marché.

Préserver son capital vous permettra par ailleurs de faire face à des dépenses importantes mais non récurrentes, comme acheter une voiture, entreprendre des travaux de rénovation rendus nécessaires sur la maison, etc.

Cela dit, toute personne qui commence sa retraite doit en priorité établir un plan de retraits à long terme de ses régimes enregistrés. Il doit dans un premier temps calculer la valeur totale de ses régimes et, en supposant un rendement annuel composé réaliste (ce pourrait aujourd'hui être 5 % l'an), il doit établir le premier retrait annuel global de la première année. Exemple: vos REER de tout acabit, vos CRI et autres régimes enregistrés totalisent 200 000 $. Le rendement espéré de vos placements est de 5 % par an. Les revenus de placement totaux provenant de vos régimes s'élèveront alors à 10 000 $ par année. Idéalement, le retrait de la première année devrait être inférieur aux revenus de placement de 10 000 $. Pourquoi? Pour préserver le plus longtemps possible votre capital et vous donner une marge de manoeuvre de manière à pouvoir ajuster votre premier retrait annuel à l'inflation pour les années subséquentes.

Selon l'exemple précédent, la personne pourrait établir son retrait de la première année à

8000 $. Pour les années subséquentes, elle ajustera le retrait initial. Si l'inflation annuelle est en moyenne de 2,5 %, le retrait de la seconde année sera alors de 8200 $, celui de la troisième année, de 8405 $, et ainsi de suite. Selon ce plan de retraits, la personne aura préservé son capital même rendue à 80 ans. Il est fort probable qu'à cet âge son capital soit moindre que prévu parce qu'elle aura à l'occasion effectué des retraits additionnels pour faire face à certaines dépenses importantes.

Évidemment, préserver son capital est important. Mais il y a encore plus important: la personne à la retraite doit tirer de son avoir des revenus suffisants pour maintenir un niveau de vie acceptable. Ce n'est pas tous les retraités qui peuvent préserver leur capital. Plusieurs ne disposeront pas d'un avoir suffisant pour prétendre à une retraite aisée. Ceux-ci doivent alors envisager l'épuisement graduel de leur capital afin de maintenir un niveau de vie minimalement décent. Dans un tel cas, toujours selon notre exemple précédent, le retraité pourrait établir le retrait de ses REER et autres régimes à 11 000 $ pour la première année, soit 1000 $ au-dessus des revenus de placement prévus. Il ajustera ce montant au taux d'inflation annuel pour établir les retraits annuels des années subséquentes. Selon ce plan de retraits, cette personne aura épuisé la totalité de son capital à 84 ans. Mais elle sera peut-être parvenue à maintenir un niveau de vie acceptable durant sa retraite, ce qu'elle n'aurait pas pu faire en préservant la totalité de son capital initial investi.

Une personne dans le besoin peut évidemment accélérer l'épuisement de son capital afin de maintenir un niveau de vie décent le plus longtemps possible durant la retraite. Dans notre exemple, elle pourrait retirer 14 000 $ la première année, montant qui sera ensuite ajusté à l'inflation pour les années subséquentes. Elle aura alors épuisé tout son capital à 77 ans. Après cela, elle devra se contenter d'un niveau de vie moindre.

Une fois que le retraité a établi son plan de retraits à long terme, il doit déterminer les placements à faire. Comme les fonds des travailleurs (dont celui de la FTQ) ne sont pas conçus pour générer des dividendes réguliers, le retraité doit vendre ses unités tout en prenant soin de transférer le produit de la vente dans ses autres REER.

Ensuite, il doit donner préséance à deux types de placement: les titres à revenus fixes de grande qualité et les actions à dividendes élevés. Probablement dans une proportion égale (50-50). Pour les titres à revenus fixes, il doit aujourd'hui acheter des obligations de sorte que l'échéance moyenne de son portefeuille soit autour de six ans. Cela signifie que son portefeuille se composera d'obligations de sept à dix ans aux rendements composés annuels d'entre 3,8 et 4,5 % (jusqu'à 50 % du portefeuille d'obligations), mais aussi de titres de plus courte durée (moins de trois ans) qui lui permettront d'accéder aux liquidités nécessaires le temps venu d'effectuer des retraits.

L'autre moitié du portefeuille se composera alors d'actions de grandes compagnies dont le taux de dividende annuel varie de 3 % à plus de 6 % selon les cas. Les rendements sont alléchants et ils compenseront en bonne partie les faibles rendements des titres à revenus fixes. Le retraité peut envisager de consacrer près de 15 % de la section Actions de son portefeuille aux unités de certaines sociétés de fiducie de bonne qualité qui accordent des taux de distributions annuelles qui frôlent parfois la barre de 10 %.

Pour construire la portion Actions, l'abonnement à une bonne lettre financière objective à 100 % est essentiel.

Votre taux marginal d'impôt réel, plus élevé que vous ne le croyez


Monsieur Chiasson,

Dans votre chronique de samedi dernier dans Le Devoir, vous allouez un taux d'imposition de 30 % à la valeur d'un REER et de 40 % à la valeur actuarielle d'une rente. Pourtant, si je considère un revenu de 75 000 $, par exemple, le taux d'imposition marginal est en effet d'environ 40 % alors que le taux d'imposition moyen est plus près de 35 %. Quand on prend en compte les déductions statutaires, comme les déductions personnelles, le taux moyen se rapproche de 30 %. Comment arrivez-vous à recommander un taux de 40 % pour une rente?

Je profite de l'occasion pour vous dire que je suis un lecteur assidu de vos chroniques depuis plusieurs années et que vous avez influencé grandement mes méthodes de planification financière. Si je jouis d'une tranquillité d'esprit maintenant que je suis retraité, c'est en grande partie à cause de vous.

Merci.

R. A.


Effectivement, selon les tables d'imposition, le taux marginal maximum d'impôt est de

48,3 % au Québec et il n'est atteint que lorsque votre revenu imposable dépasse 126 264 $. Pour un retraité dont le revenu oscille entre 60 000 $ et 80 000 $ (c'est le cas auquel vous faites référence), le taux marginal d'impôt sera davantage entre 38,4 % et 42,4 %. Son taux effectif moyen sera même moindre si on tient compte des crédits et exemptions de base. Alors pourquoi retrancher 40 % à la valeur actuelle d'une rente pour établir sa valeur après impôt?

Essentiellement à cause du fait que le taux marginal réel d'un individu peut souvent être bien supérieur au taux affiché dans les tables d'impôt. Prenons l'exemple d'un retraité de 65 ans dont le revenu imposable est de 70 000 $. Celui-ci voit alors sa pension de sécurité de la vieillesse réduite à hauteur de 15 % de chaque dollar gagné au-dessus du seuil de 66 335 $ (en 2009). Chaque dollar gagné au-dessus de ce seuil est donc imposé au taux marginal d'impôt de près de 54 % et non de 38,4 % comme l'indique la table. Plusieurs personnes perdront également, à cause de revenus élevés, les crédits remboursables pour les frais médicaux ou encore ceux accordés pour le maintien des personnes âgées à domicile.

Les plus riches ne sont pas les seuls à être ainsi affectés par la perte d'avantages fiscaux. Les plus pauvres le sont également. Une personne qui a droit à son supplément de revenus garantis voit celui-ci réduit à hauteur de 50 % de chaque dollar autonome reçu, comme les revenus d'intérêt, les retraits du REER, etc. Chaque dollar ainsi gagné est donc imposé à 50 %, et non à 28,5 % tel qu'indiqué dans la table d'impôt. Si cette personne reçoit une aide parce qu'elle habite un HLM, son loyer sera alors augmenté de 25 % de chaque dollar gagné. Une personne touchée par ces deux derniers facteurs voit donc chaque dollar de revenu autonome être taxé au taux marginal de 75 %.

Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous invite à visiter le site Web cqff.com. Vous pourrez consulter les courbes de Claude Laferrière. Ce dernier a fait un excellent travail pour déterminer le taux d'imposition marginal réel des individus.