Hors-Jeux - Un gros, un énorme gâteau

Christine Nesbitt a décroché hier sa première médaille olympique individuelle.
Photo: Agence Reuters Jerry Lampen Christine Nesbitt a décroché hier sa première médaille olympique individuelle.

Mettons que par un beau soir de semaine de février 2010, l'envie vous prend de regarder du patin de fantaisie de Vancouver 2010, et que vous ne pouvez y résister. Vous vous installez, vous observez et à la fin de chaque prestation, on décerne une note que vous éprouvez du mal à vous expliquer. Genre, 72.35. Ou 214.1. Ou 166.

Rassurez-vous illico en prenant connaissance du fait que vous n'êtes pas seul(e) dans votre triste état. Même les experts n'y pigent goutte. L'entraîneur américain Frank Carroll a dit qu'il n'y comprend rien. Le patineur américain Johnny Weir a dit qu'il ne savait même pas ce qu'était une bonne note.

Avant, c'était clair. Parcours parfait = 6.0, et on soustrayait des décimales en fonction des erreurs. Mais tout cela a changé après le scandale de Salt Lake City, vous en souvient-il, l'affaire Sale-Pelletier, c'était le bon temps.

Maintenant, les juges sont anonymes pour éviter les tentatives de corruption, ils doivent comptabiliser une tonne d'affaires techniques et c'est l'ordi qui fait essentiellement le travail.

Une chance qu'une chose n'a pas changé: les splendides costumes.

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Dans une capsule Au-delà de l'athlète diffusée plus tôt cette semaine, Alexandre Despatie demandait au patineur de vitesse courte piste Charles Hamelin quelle était la plus belle qualité de son amie de coeur, la patineuse de vitesse courte piste Marianne St-Gelais. «Son sourire», a-t-il répondu.

Fectivement. Tant de pétillement séduit. Radicalement impossible de ne pas se prendre d'affection pour cette jeune femme et, depuis le proverbial sofa doublé en imitation de duvet de gélinotte huppée, de ne pas patiner avec elle, virtuellement bien entendu parce qu'il n'est guère aisé de négocier un virage en épingle en sirotant une petite chope de cream soda.

Il y avait donc un très, très bon reportage de Luc Bellemare, du Réseau des sports, hier. Il a suivi St-Gelais, ses parents et Hamelin en marge du 500 mètres de mercredi soir où elle a décroché la médaille d'argent le jour même de son 20e anniversaire de naissance.

Il fallait voir Hamelin, qui s'était lui-même qualifié dans des épreuves un peu plus tôt, regarder la course sur écran, et surtout entendre sa réaction: «Wow, stie, wow. C'est le cadeau qu'elle voulait. Bonne fête. C'est écoeurant, stie.»

La patineuse, elle, était chamboulée par l'émotion. «Ce soir, je vais manger du gâteau, a-t-elle dit. Du gâteau pis du McDo.»

De la TV comme on l'aime. Du gâteau, en vérité.

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J'étais à la cuisine en train de me micro-onder un bol de savoureux potage maternel lorsque j'entendis depuis l'autre pièce la télé hurler comme une perdue. J'accourus, croyant qu'une catastrophe venait de survenir, mais non, c'est qu'ils venaient de passer au curling. Ça crie beaucoup au curling, bien que les joueurs soient équipés de micros.

Ceci pour dire que l'entraîneur de l'équipe masculine de France de curling, qui affrontait jeudi soir le Canada, est un homme de Trois-Rivières, André Ferland. Ancien joueur, il est aussi un entrepreneur qui a mis au point et fait breveter une brosse articulée. Après les Jeux, il en lancera une autre, encore plus performante. Dans les cercles, on le surnomme «Monsieur Curling».

Il raconte n'avoir accepté le poste qu'après s'être assuré que ses ouailles ne prenaient pas les choses à la légère. «Je les ai prévenus que si l'équipe allait à Vancouver juste pour s'amuser, ça ne m'intéressait pas. Mais j'ai constaté que les gars étaient sérieux dans leur entraînement et ils sont vraiment prêts à donner le meilleur d'eux-mêmes», a-t-il déclaré à Curling Québec. Le curling est un sport peu répandu dans l'Hexagone, avec 277 licenciés. Par comparaison, le Canada compte 425 millions de joueurs, surtout en Alberta.

Par ailleurs, saviez-vous que le quatuor du skip Kevin Martin, qui représente le Canada, est commandité en partie par H & R Block, et que ses membres ont visité en janvier un bureau de Vancouver de la firme afin d'inaugurer la saison 2010 de la déclaration de revenus?

Et par ailleurs encore, savez ce qu'on peut lire sur le site de L'Équipe? «Voici un sport, le curling, qui permet de voir les hommes comme on ne les voit jamais: en train de balayer!»

Hum.

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Comment Benoît Brunet décrit-il la chimie qui existe entre certains membres de l'équipe canadienne masculine de hockey sur glace professionnel?

Il la qualifie d'incroyable.

C'est bien pour dire.
10 commentaires
  • Pascal Marchi - Abonné 19 février 2010 01 h 37

    Ordre de grandeur?

    "Par comparaison, le Canada compte 425 millions de joueurs, surtout en Alberta." Selon Statistiques Canada, le pays compte environ 33,8 millions d'habitants... je ne sais pas où vous trouvez les 391,2 millions d'autres joueurs!

  • jacques noel - Inscrit 19 février 2010 07 h 17

    Au curling mondial

    Ce n'est pas le cas à Vancouver, because les Olympiques, mais dans les tournois mondiaux de curling, l'Écosse a son équipe nationale. Le Québec toujours pas.
    Est-ce qu'un jour le PQ, le parti des artistes et des intellos, va enfin comprendre l'importance du sport dans la vie de notre peuple?

  • François Caron - Abonné 19 février 2010 10 h 58

    @ Pascal Marchi: votre sens de l'humour...

    ... ne le laissez pas au vestiaire avant d'entrer, présentez-vous avec, tout le monde s'en portera mieux, vous le premier.

    Soit votre humour se situe au 29ème degré, ou à moins que vous n'ayiez aucun entendement à l'ironie, ce qui ne serait pas surprenant d'une personne qui pratique une langue seconde sans en comprendre toutes les nuances, alors j'aime mieux le premier cas de figure car le deuxième vous desservirait grandement.

    C'est ce qui me fait dire que parfois que ces deux solitudes qui se renvoient dos-à-dos en ce pays sont irrémédiablement irréconciables.

  • François Caron - Abonné 19 février 2010 11 h 03

    @ Jacques Noël: l'édification du peuple par l'excellence sportive...

    ... ce n'est pas obligatoire, mais l'émulation des belles victoires, perrformances étincelantes ou même défaites honorables de nos compatriotes rejaillit sur nous tous et toutes car collectivement on aide quelque peu ces sportifs par les subventions puisées à partir de nos impôts.

    Avoir une équipe nationale du Québec, pourquoi pas ?

    S'agit de faire accepter et reconnaître juridiquement notre état et statut de nation dans ce beau grand Canadéa fait par-et-pour les Anglais, et c'est pas avec les fédâralistes bornéEs dans tous les partis à Ottawa que ça va arriver bientôt.

  • Pascal Marchi - Abonné 19 février 2010 12 h 29

    @Francois Caron Deux solitudes?

    En effet, à la deuxième lecture, je saisis mieux l'ironie. Je soupçonnais une erreur d'ordre de grandeur.

    Votre allusion aux deux solitudes est elle-même très ironique: je suis tout ce qu'il y a de plus québécois, francophone et souverainiste!