Des pastilles qui titillent!

Beaucoup de courriels reçus à la suite de l'émission de Christiane Charette, vendredi dernier, traitant des fameuses pastilles de goût proposées dans les succursales de la SAQ.

Visiblement, les pastilles titillent! Du moins chez ceux qui connaissent leur existence, soit deux personnes sur trois, selon un sondage express en magasin.

À la lumière de ces courriels, vous semblez divisés sur l'approche et l'impact réel de ce mode de communication mis en place à grands frais dans une majorité des succursales. Faut-il pour autant tirer sur le messager?

Parmi les propos d'auditeurs, notons, en rafales...

- «Le concept est intéressant mais c'est mal emballé. On a tendance à confondre, par exemple, le mot "charnu" avec "corsé", mot qui n'est d'ailleurs jamais mentionné mais qui est pourtant capital pour jauger du corps d'un vin.»

- «Le concept est plutôt réducteur, dans ce sens que s'il veut bien mettre le consommateur sur la piste de ses propres goûts, il escamote en revanche pays, régions et cépages qui peuvent étoffer au final une meilleure compréhension du vin.»

- «Moi, j'aime! Pour la simple raison qu'elles permettent, dans le livre de recette du beau Ricardo, d'orienter rapidement mes choix!»

- «Je n'avais pas de mots et les pastilles m'en donnent, et puis, le rose, le jaune et l'orangé sont des couleurs de femmes et ça me touche.»

- «Pour la génération de mes parents, ça marche. Ma mère ne voit que du jaune et ne va que vers les pastilles jaunes pour faire ses choix, c'est pratique...»

- «Je magasine toujours vitesse grand V et je spotte tous les produits avec une pastille rouge vin aromatique et charnue... J'ai déjà vidé trois tablettes à date!»

- «Ben voyons, comme si choisir du vin c'était comme avaler une poignée de Smarties! Y a toujours ben un bouttte à rire du monde!»

- «Moi, je trouve que c'est un pas dans la bonne direction, mais il y a trop de couleurs. Si on tient tant aux couleurs, pourquoi ne pas les regrouper, par sections. Le repérage serait encore plus facile.»

N'y manquent que les daltoniens et autres anosmiques pour épicer le débat. Mais restons calme et humons sereinement par voie rétronasale.

Il faut, à mon sens, voir ce déploiement de pastilles accompagnées de leurs mots-clés respectifs comme étant un pas dans la bonne direction, soit celle d'informer, de guider le néophyte dans les arcanes souvent complexes du vin.

Pour la SAQ, la démarche vise à accompagner le client pour qu'il puisse mieux cerner son goût. Y réussit-elle? De mon point de vue, il y a confusion, même si les mots-clés («fruité & vif», «aromatique & rond», «fruité & généreux», etc.) demeurent valables.

Pourquoi, par exemple, le mot «fruité» n'intéresse que quatre pastilles (sur huit), alors que tous les produits courants auxquels s'adressent lesdites pastilles ne proposent essentiellement que des vins jeunes et fruités, à être bus dans l'année?

Il y a là pléonasme.

Préférer le mot «fruité» parmi les nombreuses familles analogiques pour décrire le vin réduit par exemple celles qui peuvent prétendre être de caractère épicé, empyreumatique, animal, floral ou encore minéral, pour ne nommer que celles-là.

La confusion se situe aussi dans le fait qu'on traite à la fois de saveurs élémentaires (le sucré et l'acidité) tout en y ajoutant une notion de textures de bouche (délicat, généreux, charnu), deux paramètres qui, s'ils demeurent valables et universellement reconnus par les professionnels du vin, privent le consommateur d'une «vision» complète du produit. Il y manque la «force», le «corps» du vin.

Une notion capitale.

Ma suggestion? Faire passer le nombre de pastilles de huit à six en mettant l'emphase sur des notions qui rassurent tout de suite le consommateur, à savoir l'idée de texture, de volume, de plénitude avec celle liée au corps même du vin.

Ainsi, en blanc, les pastilles «vif & délicat», «frais & rond», «tendre & plein» seraient complétées, en rouge, par les pastilles «souple & léger», «charnu & moyennement corsé», «étoffé & corsé».

Le repère pour le blanc se fait sur la base d'une acidité croissante («vif, frais et tendre»), alors qu'en rouge, il se fait sur l'idée même du corps du vin («léger, moyennement corsé et corsé»).

Une fois le «squelette» du vin mis en place, ne reste plus qu'à «l'habiller» sur le plan des textures. Ainsi, «délicat, rond et plein» répondront au «souple, charnu et étoffé».

Une proposition qui en vaut mille autres, je sais, mais je l'aime bien, cette proposition. Un nouveau débat avec ça?

Jaune, mauve ou rose, la pastille ?


À vous de voir lesquels, parmi ces pinots noirs (ici dégustés à l'aveugle), s'habillent de jaune, de mauve ou de rose, couleurs suggérées par la SAQ selon le type de pinots proposés.

- Pinot Noir 2008, Canaletto, Provincia di Pavia, Italie (14,55 $ - 11015671): fruité diffue comme soumis à un levurage spécifique qui le banalise, bouche simple, fluide, légère. Manque de caractère. **, 1.

- Pinot Noir «Les Ursulines» 2006, Boisset, Bourgogne, France (23,95$ - 11008121): pâle et délicat avec un fruité bien lié se permettant même une pointe de fermeté. Homogène, classique. ***1/2, 1. ©

- Pinot Noir de Sierre 2007, Rouvinez, Valais, Suisse (23,85 $ - 928929): sur la fraise des bois avec retour végétal. Construit avec élégance et précision. Caractère et longueur. ***, 2.

- Pinot Noir Garnet 2008, Sainsbury, Carneros, Etats-Unis (26,95 $ - 10352015): pointe de réduction mais fruité juste qui s'impose, avec du charnu, du corps, un boisé calculé et une belle finale mûre et juteuse. ***, 2. ©

- Pinot Noir La Crema 2008, Sonoma Coast, Etats-Unis (30,50 $ - 860890): belle surprise! Solide fruité mais lisibilité de première. Du volume, de la fraîcheur mais surtout un échange fructueux entre la chauffe de la barrique et le pinot. Finale pleine et généreuse. ***1/, 2.

- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

***

Les vins de la semaine

La belle affaire

Pyrène 2009, Cuvée Marine, Vin de Pays des Côtes de Gascogne (13,20 $ - 11253564)

Les cépages colombard, sauvignon et gros manseng fonctionnent comme un trio de stand-up comics spécialisé dans la répartie bien placée car ça bouge bien, vite, avec éclat, agilité, tranchant et vivacité, sur un fruité percutant, sec mais surtout gourmand. 1.

La grande bouteille


Pinot Noir Quails Gate Stewart Family 2007, Okakagan Valley, Canada (45 $ - 11140341)

Tonalités fruitées hautes avec touche végétale, poivrée qui confère fraîcheur et définition sur ensemble musclé, consistant, persistant. L'un des deux ou trois meilleurs pinots noirs élaborés au pays. Très bon. 2.

La primeur en blanc

Symphonie Obsession 2008, Ironstone Vineyards, Californie (14,95 $ - 11074021)

Ces gens de chez Ironstone savent combiner le charme d'un fruité exotique tendre, suave, frais et élégant sur une trame ronde, ample et passablement parfumée de melon et de pomme fraîche. 1.

La primeur en rouge

Lirac 2007, Vignerons de Tavel (18,75 $ - 612390)

Cette cuvée ne m'est pas apparue seulement crédible et judicieusement consistante dans ce millésime; elle évoque subtilement aussi cette trame minérale sensible et secrète liée au terroir. Le fruité y est net, à peine épicé, musclé au passage sous l'aplomb de tanins abondants, mûrs, élégants. 2.

Le vin plaisir

Château Lamartine Réserve Particulière 2007, Cahors (21,60 $ - 862904)

Toujours d'une formidable régularité qualitative, ce cahors réussit le pari de vous faire «mordre» dans le vin noir de l'appellation sans vous démonter la mâchoire, avec une élégance et un savoir-faire admirables. Violacé, charnu, corsé, d'une grande pureté... 2.

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