Hors-Jeux - Un vol en plein jour

La photo sur le site du quotidien de Stockholm Aftonbladet, auquel je suis abonné, est saisissante: on y aperçoit Anja Pärson en train de voler, les quatre fers en l'air. Littéralement.

Et de fait, quand Pärson, la Suédoise déjà quintuple médaillée olympique, a mal engagé le dernier saut de la descente féminine de ski alpin, mercredi après-midi, et qu'elle est partie en vol plané, on ne pouvait que retenir notre souffle en songeant qu'elle n'atterrirait peut-être jamais. Ce qu'elle a finalement fait 60 mètres plus loin. Soixante, bonté.

Le parcours était cahoteux. Les filles étaient trimballées d'un bord à l'autre. Des sorties de piste à répétition. Même à l'abri du danger dans le confort d'un chesterfield olympique molletonné, on ressentait comme une certaine crispation dans la région. J'ai dû me masser les mollets à quelques reprises, question d'éviter la crampe terminale qui aurait contraint les autorités à m'héliporter jusqu'au CLSC.

Et que penser de cette pauvre Marion Rolland, la Française? Vous vous préparez pendant quatre ans pour le grand rendez-vous, vous vous élancez du portillon, vous faites deux ou trois enjambées, et crac, un genou vous lâche. Sa course aura duré quatre secondes. C'est pas juste.

En revanche, s'il y avait encore des craintes pour Lindsey Vonn et son tibia amoché, elle les a sérieusement apaisées. À votre place, je m'attendrais à entendre sous peu le poncif «reine des Jeux». L'humain, au fond, aime la monarchie.

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On ne sait pas trop pourquoi, il arrive dans l'histoire de l'humanité que des prénoms deviennent éminemment populaires. Non, en fait, parfois on sait pourquoi. Il a suffi que Donald Lautrec chante à Manon de venir danser le ska pour que cela donne un solide contingent de Manon qui ont aujourd'hui la quarantaine. De même, on peut soupçonner que plusieurs Richard des années 1950 le doivent à Maurice. Mais la plupart du temps, la chose baigne dans le mystère le plus opaque.

Cela pour dire que, dans les années 1980, aux États-Unis d'Amérique, la mode était aux Ryan dans le cercle sélect des parents de futurs joueurs professionnels de hockey sur glace. On retrouve ainsi, dans la formation des USA à Vancouver 2010: Ryan Malone, Ryan Callahan, Ryan Kesler, Ryan Whitney, Ryan Suter et Ryan Miller. Coïncidence: trois attaquants, deux défenseurs et un gardien de but, une unité entière potentielle avec juste des Ryan.

À ceux-ci, on pourrait ajouter Bobby Ryan, bien que ses géniteurs n'y soient pour rien.

L'entraîneur-chef Ron Wilson dit qu'il a dû apprendre les surnoms des joueurs parce que, quand il crie «Ryan!», le tiers de l'équipe se tourne vers lui.

Par ailleurs, on notera que le Comité international olympique ne badine pas avec sa réglementation. Il a ainsi forcé Miller, le gardien de but des Sabres, à cacher l'inscription «Miller Time» qu'il avait fait apposer spécialement pour les Jeux à l'arrière de son masque. C'est que l'expression est aussi le slogan publicitaire d'une marque de bière et contrevient donc à la règle numéro 51 qui interdit toutes sortes d'affaires.

Par ailleurs encore, sur le site officiel de Vancouver 2010 dans les internets, on trouve une section «Jargon sportif» pour chacune des disciplines présentées. Dans la rubrique consacrée au hockey, à l'entrée «Ailier», on peut lire: «Position avant d'un joueur dont la zone principale de jeu se situe en bordure de la zone de jeu de la patinoire.» Eh?

Et à «Avantage numérique»: «Lorsqu'une pénalité s'impose à une équipe, on permet à l'équipe adverse d'avoir plus de joueurs sur la patinoire. Une équipe compte alors plus de joueurs sur la patinoire.»

On pourrait ajouter qu'à cette occasion, une équipe possède plus de joueurs sur la patinoire.

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Non, on ne niaise pas avec le puck. Avant les Jeux, le CIO a encouragé les athlètes à partager leur expérience olympique par le biais d'un blogue ou de réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, mais le contenu des interventions, a-t-il précisé, «doit être personnel». Prohibées sont les photos de compétitions ou de remise des médailles, ainsi que les vidéos tournées dans le village olympique ou sur les sites des épreuves. C'est que le CIO vend très cher à des médias officiels les droits exclusifs de nous montrer tout ça.

Et puisqu'il est question de remise des médailles, un autre truc réglementé? On aura remarqué que, contrairement à ce qu'on a pu constater par le passé, les médaillés ne se voient remettre qu'un bouquet de végétaux sur le podium immédiatement après les épreuves. Ce n'est que le lendemain soir, à B.C. Place, qu'ils reçoivent le précieux métal.

Or, si comme moi vous êtes en constant état de curiosité intellectuelle, vous vous êtes certainement demandé de quoi t'est-ce est constitué ledit bouquet. Alors voici: chrysanthèmes verts et baies de millepertuis. Provenant de la Colombie-Britannique avec importation, comme nous ne sommes pas en saison, depuis l'Équateur.

Et la règle est la suivante: le bouquet doit absolument mesurer entre 20 et 30 centimètres de longueur et s'approcher le plus possible de 25 centimètres de diamètre.

Tout est prévu. Tout, je vous le dis. Sauf la neige à Cypress Mountain, l'état de la piste à Whistler, la glace à l'anneau de Richmond, et quelques autres trucs sans importance.

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Saviez-vous que Shaun White, le maître de la demi-lune, est incroyable? Farpaitement. Tel qu'en lui-même, même quand il ne fait rien.
5 commentaires
  • Hubert Grégoire - Inscrit 18 février 2010 11 h 50

    Illuminés

    M. Dion,
    Vos connaissances des choses essentielles est stupéfiante. Je me demandais depuis le début des jeux quelle était la sorte de brocoli que les athlètes recevaient lors de la prestigieuse remise des végétaux. Je sais maintenant qu'il faut que je demande du brocoli britano-équatorien à mon gérant d'épicerie.
    La commande doit être passée en anglais si je ne m'abuse?

  • Samuel Pothier - Inscrit 18 février 2010 13 h 23

    Vive les mardis et les jeudis

    Jours dédiés à le lecture des textes Dionysiaques portant sur tout ce qu'il est possible de savoir (et parfois un peu plus).

  • svizra - Inscrit 18 février 2010 14 h 10

    croix suisse, croix rouge

    Pourquoi le service médical des JO de Vancouver utilise-t-il le drapeau suisse comme emblême ?

  • Marc Perron - Inscrit 18 février 2010 19 h 10

    La " princesse " des jeux ???

    Coup de théâtre à l'épreuve du super-combiné de ski alpin, jeudi, à Whistler, alors que l'Américaine Lindsey Vonn a chuté dans la manche de slalom pour être disqualifiée...

  • Rene Livernoche - Inscrit 18 février 2010 20 h 21

    Auto promotion de Monsieur Charest

    M. Dion,
    Depuis la médaille de Vincent Bilodeau, je me demande qui paie la note pour les messages de félicitations adressés par le premier ministre du Québec à nos athlètes québécois qui remportent une médaille? Avec un gouvernement qui ne cesse de dire que nous sommes endettés, Je ne peux croire que les contribuables québécois défraient du temps d'antenne pour que le premier ministre se fasse du capital politique et une auto promotion sur le dos des athlètes? Paie-t-il ce temps d'antenne à même le salaire que lui verse le parti Libéral? Éclairez-nous.