Perspectives - Lettre à la Caisse?

Il y a les jeux d'écriture comptable liés aux réévaluations à la baisse des PCAA et des propriétés immobilières. À l'opposé, il y a les pertes réelles liées à la vente d'actifs dévalués en pleine tourmente. Et que dire de cette autre perte aussi réelle liée à un retour tardif en Bourse, provoquant pour les déposants un manque à gagner irrécupérable? La Caisse de dépôt devra encore s'expliquer sur ce qui s'est passé.

Et les 23 milliards? Nous en parlions le 21 mai 2009. En décortiquant les résultats désastreux de la Caisse de dépôt en 2008, les projecteurs ont surtout été braqués sur les moins-values non matérialisées. En 2008, ces écritures comptables touchaient essentiellement les PCAA. En 2009, ces réévaluations à la baisse concernent l'actif immobilier. Mais ce ne sont que des pertes comptables portant sur des actifs que la conjoncture peut très bien réévaluer à la hausse et qui génèrent entre-temps des revenus d'intérêt et de location. Mais peu ou pas a été dit sur les pertes réelles.

La perte nette matérialisée en 2008 a atteint 17,4 milliards. Elle comprenait les 23,2 milliards perdus lors de la vente de placements. En pleine tempête, alors que les marchés boursiers et obligataires s'effondraient en septembre-octobre dans le sillage de la chute de Lehman Brothers, la Caisse a vendu ses titres. Des pertes sèches, forcées en réponse aux appels de marge. La Caisse a vendu le collatéral plutôt que de commettre de nouveaux fonds. Visiblement, elle voulait protéger ses liquidités dans un environnement qui faisait alors craindre la fin du monde financier.

En 2009, les résultats devant être annoncés sous peu vont faire ressortir une perte nette matérialisée qui prendra plutôt la forme d'un rendement non obtenu, d'un manque à gagner à jamais perdu. Si l'on se fie aux résultats de la Régie des rentes du Québec, après 11 mois, le rendement offert était inférieur de 600 points de base à l'indice de référence. À titre d'illustration, pour la RRQ, ce manque à gagner peut représenter près de 2 milliards. Au cours d'une entrevue accordée au Devoir en janvier, le président de la Caisse, Michael Sabia, a également reconnu qu'en mars 2009, alors que les marchés amorçaient leur rebond spectaculaire, l'institution n'avait qu'une exposition de 21 % au marché boursier. Faible, très faible disait-il.

Dit autrement, la Caisse a fait ce qu'il ne fallait pas en 2008, soit vendre dans une période de creux. Et elle n'a pas fait ce que les autres ont fait en 2009, soit rééquilibrer rapidement la répartition des titres et la pondération des catégories d'actif. Ces pertes et manques à gagner sont irrécupérables.

Lettre de Pierre Goyette

Dans une lettre adressée aux médias, Pierre Goyette est revenu hier sur la perte colossale de 2008. L'ex-président et chef de la direction de la Banque Laurentienne (de 1984 à 1987) rappelle cette performance négative historique de 39,8 milliards. «Ce qui est demeuré presque inconnu jusqu'ici, c'est la composante la plus importante de cette perte, soit la perte à la vente de placements en actions [...] La direction de la Caisse n'a pas écrit et n'a pas dit un traître mot sur les actions qu'elle a ainsi vendues en 2008. Le rapport annuel 2008 n'a donné aucune explication sur ces transactions menant à des pertes inouïes de 23 milliards.»

Une question aurait dû être posée, écrit celui qui fut également sous-ministre des Finances de 1972 à 1977 et membre du conseil de la Caisse. «Pourquoi, vous de la direction de la Caisse, à l'automne 2008, pendant la tempête parfaite, avez-vous vendu des milliards de dollars d'actions au moment même de l'effondrement des marchés boursiers, du marché des actions et, ce faisant, perdre 23 milliards de dollars de l'argent de vos déposants?»

«Tous les gestionnaires de fonds et surtout des gestionnaires de placements de plus de 200 milliards, savent que, dans l'éventualité d'une dégringolade de la Bourse, on ne vend pas ses actions, mais on en achète ou encore on reste assis sur ses positions et on attend la fin de la tempête. Il est donc incroyable que cette braderie monumentale d'actions à l'automne 2008 ait été faite par la direction de la Caisse de façon délibérée et intentionnelle, [enfreignant ainsi] une règle aussi fondamentale de tout gestionnaire de placements.»

«Ce sont des swaps de devises et de taux d'intérêt, des swaps de défaillance de crédit, des contrats à terme, des options, etc. Plusieurs de ces instruments financiers exigent le dépôt de garanties collatérales, des cautionnements. Avant la crise financière de l'automne 2008, les valeurs en garantie étaient habituellement trop basses et, au moment de la crise, il y a eu des appels de marge, des appels de garanties additionnelles, ce que M. Fernand Perreault, l'un des p.-d.g. de la Caisse en 2008, a appelé des appels de collatéral, à la Commission des finances publiques le 12 mai 2009.»

«Peut-être que monsieur Sabia fera bientôt la lumière sur la gestion de la direction antérieure.»
3 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 18 février 2010 12 h 09

    Remember?

    Remember la visite de Pierre-Paul à l'Assemblée nationale au début de la crise du Papier commercial?
    Est-ce qu'on devrait s'inquiéter M. Rousseau?
    "Ben non les enfants, Pierre-Paul veille au grain. En gros on s'attend à des pertes de 500 millions sur les 13 milliards de Papiers qu'on a sur une Caisse des actifs de 120 milliards. Dormez en paix...."

    En fait le gros de la perte (9G) s'est fait sur la chute de la piasse. Les bolés n'avaient pas prévu qu'elle s'écroulerait à 77 cents USA. Les analystes en ont peu parlé préférant focuser sur le Papier commercial. C'est de même dans les médias. Ils se garrochent tous sur le même poisson.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 18 février 2010 14 h 55

    Vente de feu pour raiosn électoraliste

    La vente de feu dans une période de capitulation boursière a eu lieu pour que les dirigeant de la Caisse puissent tenir une conférence de presse commandée par Charest. Le but, rassurer l'électorat sur les liquidités de la Caisse juste avant les élections !

    Cette conférence de presse nous a couter des milliards pour faciliter la réélection du pire gouvernement de notre histoire !

  • Remi Beaulieu - Inscrit 22 février 2010 17 h 32

    Qui a vendu les PCAA à la CDPQ par l'entremise de Coventre?

    En revenant sur ce dossier, cela me rappelle que nous n'avons jamais su qui a vendu les titres des PCAA à la CDPQ par l'entremise de Coventre de Toronto? J'ai entendu des rumeurs que si elles s'avéraient fondées, ce pourrait être le plus gros scandale financier au Canada! Mais personne ne parle et personne ne veut confirmer rien ? Pourquoi ?