Hors-Jeux - L'équipe, c'est lui

Didier Défago, 32 ans, a été couronné vainqueur de la descente olympique
Photo: Agence Reuters Wolfgang Rattay Didier Défago, 32 ans, a été couronné vainqueur de la descente olympique

Bon, on l'a enfin eue, notre descente masculine olympique de ski alpin et, franchement, pour ne rien vous cacher, même depuis le confort d'un canapé rembourré de fausses plumes de bernache du Canada, j'éprouve toujours un léger vertige à les voir aller. Une chance qu'ils ne font pas comme en snowboard cross, quatre sur la piste en même temps, autre source de palpitations au demeurant. Complètement mental ce derby.

On attendait donc Didier Cuche au pied de la montagne, c'est plutôt son helvétique compatriote Didier Défago qui a fini au sommet du podium. Quelques sorties de piste en cours de route, sur une surface qui paraissait un peu glacée, du moins à la télé basse définition.

Dangereux, le ski alpin? La Fédération internationale de ski, qui a mis sur pied en 2006 un programme de surveillance des blessures, se dit «préoccupée» par la situation même si ses données montrent que le nombre de cas est stable depuis quatre ans en ski alpin, ski acrobatique et surf des neiges. Il reste qu'avec des vitesses de plus en plus grandes et des pirouettes toujours plus complexes, 40 blessures entraînant une absence de la compétition par 100 athlètes surviennent bon an mal an.

Tenez, on va citer Cuche lui-même, l'un des meilleurs de sa génération, qui commentait récemment sa décision de faire de la descente: «Cela ne signifie pas que je suis stupide. Cela signifie que je suis fou.»

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Robel Zemichael Teklemariam, 35 ans, était le 95e et dernier concurrent à se lancer en piste, hier, au 15 km libre de ski de fond à Whistler. Particularité: il est le seul représentant de l'Éthiopie à ces XXIes Jeux olympiques d'hiver. L'agence Reuters dressait récemment son peu banal portrait.

Il s'entraîne dans son pays dépourvu de neige sur des skis à roulettes. Il a fait la découverte de la saison hiémale à l'âge de huit ans lorsque sa mère, travaillant aux Nations unies, fut mutée à New York. Il parle d'un «choc culturel immense», et on le comprend un peu. Il s'est mis au ski à l'école, mais ne pensait pas pousser plus loin que son occupation de moniteur de ski jusqu'à ce qu'il voie des Kényans à l'oeuvre à Nagano, en 1998.

Il communique alors avec le Comité olympique éthiopien, qui lui annonce l'évidence: d'équipe nationale de ski, nordique ou non, il n'y a point. Il crée donc de toutes pièces l'association éthiopienne de ski, s'occupe de la paperasserie et part à la recherche de commanditaires. Il s'inscrit aux Jeux de Turin, en 2006, où il termine en 84e place.

«Si je suis plus proche du vainqueur cette fois-ci, je serai déjà très heureux», dit-il. «Mais mon véritable objectif est de voir des Éthiopiens s'impliquer dans le ski. Je ne veux pas être le premier et le dernier.»

On raconte qu'il ne passe jamais inaperçu lorsqu'il s'entraîne dans les rues d'Addis-Abeba. Un jour, deux hommes l'interpellent. Teklemariam leur explique qu'il se prépare pour les Jeux olympiques de Vancouver. «Oh, vous faites partie de l'équipe éthiopienne de ski», dit l'un d'eux. Et l'athlète répond: «Vous avez devant vous l'équipe éthiopienne de ski.»

Hier, Teklemariam a terminé 93e, devançant un Péruvien et un Portugais.

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De quoi glacer le sang. Peu de temps avant sa mort vendredi dernier à l'entraînement, le lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili a téléphoné à son père, David, et lui a dit qu'il avait peur de l'un des virages de la piste de Whistler. Celui-ci lui a conseillé de prendre un départ plus lent. Le jeune homme a répondu: «Papa, qu'est-ce que tu me dis là? Je suis venu aux Jeux olympiques pour essayer de gagner.»

Puis il a ajouté: «Soit je vais gagner, soit je vais mourir.» Son père observe toutefois qu'il s'agissait d'une «bravade de jeunesse» et que son fils ne pensait pas sérieusement à la mort.

M. Kumaritashvili, lui-même un ancien lugeur d'élite pour l'URSS, a réfuté l'idée voulant que l'accident ait été imputable à l'inexpérience. «Mon fils s'entraîne depuis l'âge de 14 ans. Il a concouru en France, en Autriche et au Canada, et il n'a jamais subi une blessure. Il a franchi toutes les étapes de la Coupe du monde et s'est qualifié pour les Jeux olympiques. Il n'aurait pas pu faire cela s'il avait été inexpérimenté. Tout le monde peut faire une erreur et se casser une jambe ou subir une autre blessure. Mais mourir?», a-t-il dit.

Un service funèbre auquel assistaient plusieurs membres de la délégation de la Géorgie a eu lieu hier à Vancouver. Le corps de Kumaritashvili devait ensuite être transporté en Allemagne, puis vers Bukuriani, sa ville de résidence, où il sera inhumé.

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Les Jeux olympiques télédiffusés nous permettent d'apprendre une foule de choses. Que, par exemple, il n'y a pas qu'au Canada que l'on trouve qu'il y a beaucoup, beaucoup de choses incroyables.

En langue anglaise, le concept se définit comme suit: unbelievable. Ainsi lundi après-midi, au réseau NBC, l'analyste du 15 km masculin de ski de fond a dit que la lutte pour la médaille était unbelievable, puis le descripteur a ajouté trois secondes plus tard qu'il était unbelievable que le meneur au classement de la Coupe du monde, le Norvégien Petter Northaug, ait fini aussi loin, puis l'analyste a rajouté que la médaille d'or du Suisse Dario Cologna était, ben, unbelievable.

Par la suite, on est retourné en studio, où Al Michaels jasait le bout de gras avec Brian Williams. Michaels a rappelé que le titre olympique remporté par dimanche par le bosseur Alexandre (il a dit «Alexander») Bilodeau était le tout premier pour le pays hôte en sol canadien et que, lors de la remise des médailles lundi soir, les Canadiens Canadiennes allaient enfin pouvoir entendre Ô Canada à la maison. Vous savez ce qu'a répondu Williams?

Votre perspicacité vous honore.

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Vous le savez, Hors-Jeux est en toutes circonstances mû par la modestie, surtout à la vue de ces champions dont les prouesses défient l'entendement. Tout de même, ce n'est pas tous les jours qu'on se fait hyperlier par Le Monde: http://tinyurl.com/y89xdeo. Un sacré honneur.

Un honneur, oserais-je même dire, incroyable.
5 commentaires
  • michael wemmersch - Inscrit 16 février 2010 06 h 30

    Merci Le Monde

    Et grâce à cet hyperlien, le Français que je suis a découvert votre chronique et votre journal et compte bien vous lire assidument au moins durant la durée des Jeux!!

    Bonnes continuations.

  • Augustin Rehel - Inscrit 16 février 2010 06 h 58

    Merci

    MERCI Alexandre! Tu viens de démontrer à la jeunesse québécoise qu'il est possible d'aller au bout de ses rêves!

    Un peu plus haut! Un peu plus loin!

    Et tu as résussi! Bravo!

  • Sylvie Verreault - Inscrite 16 février 2010 07 h 59

    et des fleurs en plus nom Cher!

    Ban, heureuse pour les lecteurs du journal Le Monde qui vont se la dilater, mon ami!

    Je suis de celles qui "flush" instantannément tout poste de radio ou de télé dès qu'on y parle de sport, mais là! - vous réussissez tout un exploit: me réconcilier avec une chronique sportive.

    Oserai-je l'avouer... Je vous lis et vous RElis, ihihih...

  • lagaganeestunprojet - Inscrit 16 février 2010 08 h 59

    La descente, celle de Manuel Osborne Paradis !...

    Bonjour à tous !
    Le blog du haut-niveau (France) réaliser de multiples analyses dur les JO, dont une sur la descente de Manuel Osborne Paradis... http://www.la-gagne-est-un-projet.com/

  • Yannick Marcoux - Abonné 16 février 2010 19 h 24

    Communauté d'esprit

    Il ne faut pas être un génie pour remarquer l'omniprésence de phénomènes incroyables aux Jeux. N'empêche, pas plus tard que tantôt, je rédigeais un billet relevant ledit phénomène, juste avant de faire mes devoirs et de venir lire sieur Dion. Je vous avoue que la coïncidence me stupe: j'en ai la foi ébranlée.
    Voyez vous-même: http://bonborddelapuck.wordpress.com/2010/02/16/le