Théâtre - La culture, qu'ossa donne?

Québec — On dirait presque l'amorce d'un scénario catastrophe. En écoutant parler les diffuseurs de spectacles présents à la Bourse RIDEAU depuis dimanche, on sent bien que quelque chose se prépare. Quelque chose d'assez grave même.

On trouve de nouveaux angles pour discuter des mêmes sujets chauds que sont l'implication nécessaire de l'État, le soutien à la création et le sous-financement chronique... On explore toujours de nouvelles avenues aussi, comme celle de la présence de plus en plus soutenue des villes dans le financement des arts ou la création d'un véritable Fonds de la culture s'inspirant du succès du Fonds de solidarité. Mais même si l'on souligne, chiffres à l'appui, à quel point la culture est devenue un moteur du développement économique tout en nous permettant d'affirmer notre identité propre... le malaise est bien là, partout palpable.

Ce n'est pas tant la qualité de l'offre de spectacles qui est en cause, ni la fréquentation des salles... même si elle affiche une légère baisse depuis un an ou deux. Non, c'est plus global. À la hauteur du laisser-faire généralisé entretenu depuis des années et qui semble maintenant être la façon de gouverner de nos hommes politiques. S'il faut croire ce que j'ai entendu ici en ateliers et dans les corridors, les arts de la scène risquent d'être bientôt frappés de plein fouet par une crise aussi majeure que celle qui vient de décimer le monde des médias.

Grosso modo, cela tient à un facteur principal, tout simple: le vieillissement du public que l'on arrive mal à remplacer. On plafonne. On ne sait plus comment aller chercher de nouveaux publics puisque les jeunes sont plutôt sollicités par de nouvelles pratiques et de nouvelles façons de se divertir en «circuits fermés»... ouverts sur leur monde à eux. C'est d'abord sur ce terrain que la crainte se manifeste.

L'accessibilité à la culture est un principe qu'il faut certes défendre à tout prix. D'autant que l'on a toujours fait l'adéquation entre progrès de la culture et progrès de la démocratie et de la liberté, comme le soulignait le sociologue français Jean-Claude Wallach en atelier lundi. Selon lui, les outils des années 1960 sont devenus obsolètes; il faut trouver des façons de redonner du sens à cette question des politiques culturelles pour qu'elles tiennent compte de tout le monde. Pour illustrer le fait que le désir de la culture est un désir cultivé, Wallach citait aussi un intellectuel français qui posait récemment une question troublante: qu'est-ce que l'on répond à ceux qui ne demandent rien?

Comme on dit plus carrément ici: la culture, qu'ossa donne?

Attention: piquant!

De David Paquet, on ne connaît pas grand-chose sauf qu'il a un parcours que l'on pourrait qualifier de météorique. Boursier l'an dernier du Prix de la Relève en jeunes publics, organisé par la Maison Théâtre, le CEAD et l'Option Théâtre Lionel-Groulx, son 2h14 AM/FM a été monté par Claude Poissant à la Maison Théâtre en janvier et voilà qu'un autre de ses textes, Porc-épic, prend l'affiche de l'Espace Go ce soir dans la mise en scène de Patrice Dubois.

Chose étonnante, ce texte pourtant tout récent, qui s'adresse cette fois à un public adulte et qui met en scène des êtres écorchés, a déjà été monté en Belgique, en Allemagne, au Mexique et en Autriche en déclenchant chaque fois des réactions enthousiastes.

Ça donne encore plus le goût d'y aller, non!

En vrac

- Si vous n'avez pas eu la chance encore, au FTA ou peut-être à Avignon l'an dernier, de voir Une fête pour Boris de Thomas Bernhard dans la mise en scène de Denis Marleau, réjouissez-vous: le spectacle est à l'affiche de l'Usine C jusqu'au 20 février. Christiane Pasquier, qui joue dans cette pièce impossible un des grands rôles de sa carrière, et Marleau, qui atteint à des sommets de clarté et de précision, ont été acclamés par la critique autant ici qu'en Europe lors de la création du spectacle. Précipitez-vous-y!

- Les finissants de l'École nationale de théâtre présentent leur deuxième exercice public, Douleurs fantômes de Mireille Mayrand-Fiset, diplômée du programme d'Écriture dramatique en 2009. C'est Christian Lapointe qui signe la mise en scène du spectacle qui prendra l'affiche, du 16 au 20 février à 20h30, au Studio Hydro-Québec du Monument-National. Par voie de communiqué, Lapointe expliquait tenter «d'instiller chez cette relève l'envie d'un théâtre d'art qui se libère des lois du marché [...] Le théâtre n'est pas le lieu du faux, mais bien le lieu du plus vrai que vrai, et peut-être le dernier lieu qui ne soit pas soumis aux règles de l'intelligence sociale». Le coût du billet est fixé à 9 $ et il faut réserver au % 514 871-2224.

- Vous connaissez Carte Premières, bien sûr, qui vous permet de tâter le pouls de la relève à des prix intéressants. Eh bien, voilà que le regroupement propose une conférence de Paul Lefebvre sur l'histoire du théâtre à Montréal. Plus précisément sur cette période charnière qui va de 1947 à 1951 et qui a vu la création de Ti-Coq en 1948 comme le premier spectacle du TNM, en 1951 (L'Avare). «Quels étaient les débats de cette époque?», demande Lefebvre. «Ce sont Claude Gauvreau, Gratien Gélinas, Jean-Louis Roux, Yvette Brind'Amour et Jean Gascon qui vous convient à deux soirées d'affrontement.» Cette conférence en deux séances sera donnée les 22 février et 5 avril, à 21h30 à la Balustrade du Monument-National. On se renseigne au % 514 ECU-RIES. Évidemment, si vous êtes abonnés à Carte Premières, vous aurez droit à une réduction...

- Comme nous avons raté un rendez-vous en début de mois, on n'a pas pu vous signaler que le Centre Segal s'était donné une nouvelle directrice générale en la personne de Manon Gauthier. Elle veillera à «renforcer la synergie entre les arts et le monde des affaires» et à augmenter la visibilité du Centre Segal, notamment en développant des liens avec le milieu théâtral francophone. On aura l'occasion d'y revenir.

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Michel Bélair est à Québec à l'invitation du Réseau indépendant des diffuseurs d'événements artistiques unis (RIDEAU).