Perspectives - Pas facile

Cela fait des années que les Européens se font dire que l'on ne peut pas maintenir une union monétaire sans un minimum de politiques fiscales et économiques communes. Ils jurent avoir maintenant compris la leçon même s'ils n'ont toujours pas l'air de savoir comment ils feront. Ne doutant jamais de rien, le président français, Nicolas Sarkozy, l'a promis juré au sortir du sommet informel des pays européens qui s'est tenu jeudi à Bruxelles: «Tout le monde est bien d'accord. C'est l'une des leçons de la crise. Il y a besoin d'un gouvernement économique de l'Europe.»

La crise en question est bien entendu celle des finances publiques grecques qui enflamme les marchés financiers depuis quelques semaines et qui menace de s'étendre à d'autres pays européens, minant ainsi l'euro. Pour autant que l'on sache, les dirigeants européens ont surtout convenu, jeudi, d'encourager la Grèce à persévérer dans son ambitieux plan d'austérité budgétaire et de lui apporter, au besoin, une aide financière dont la nature reste à préciser.

Mais il est vrai que cette crise est intimement liée à la question des mécanismes de gouvernance économique de l'Europe. Après tout, si la Grèce avait respecté la règle du Pacte de stabilité et de croissance limitant les déficits publics des membres de l'euro à l'équivalent de 3 % du produit intérieur brut par année, et la dette totale à 60 %, il n'y aurait pas de crise. Seulement, elle n'est pas la seule, ni la première à être hors jeu. Les gouvernements de la zone euro devraient accuser en moyenne un déficit de 6,9 % du PIB et une dette de 84 % cette année. La dernière fois que la France et l'Allemagne se sont rendues passibles de sanctions en vertu de cette règle, elles se sont arrangées pour bénéficier d'un passe-droit.

Mais il n'y a pas qu'en matière d'équilibre des finances publiques que les pays européens ne convergent pas comme le devraient les membres d'une union monétaire. L'écart entre les meilleurs et les pires pays de la zone euro n'a pas cessé de croître depuis dix ans en matière d'inflation, de taux de croissance, de chômage ou encore de gains de productivité. Si la crise économique mondiale a vu leur devise afficher une vigueur et une stabilité remarquables, elle a aussi donné lieu, du côté de l'action des gouvernements, à un gênant chacun pour soi.

La semaine dernière, l'euro était à son plus bas niveau en huit mois, et l'on apprenait avec stupeur que la reprise économique s'était pratiquement arrêtée au dernier trimestre, aussi bien dans la zone euro que dans l'ensemble de l'Union européenne.

Pour sortir de cette impasse, l'Europe doit se donner «une stratégie commune pour la croissance et l'emploi», plaide le nouveau président «stable» de l'Union européenne, Herman Van Rompuy. Ne sachant que trop bien que la dernière stratégie du genre (adoptée il y a dix ans à Lisbonne) a été un échec total, il propose que l'on y fixe, cette fois, un nombre d'objectifs «très réduits» qui laisseraient autant de souplesse que possible aux pays et qui s'accompagneraient de mécanismes de surveillance reposant sur des incitations financières plutôt que de sanctions. L'élaboration et le déploiement de cette nouvelle stratégie seraient confiés aux chefs des 27 pays membres de l'Union européenne qui se réuniraient chaque mois, plutôt que quatre fois par année ou un peu plus, comme maintenant.

Défis et acrimonie

L'ennui, c'est qu'il n'est déjà pas simple de s'entendre sur ce qui serait bon de faire pour un pays et que c'est beaucoup plus difficile encore quand il s'agit d'un ensemble qui comprend des pays aussi disparates que la Pologne, le Royaume-Uni, la Finlande, l'Italie et Chypre. Parlez-en à la Banque centrale européenne qui est sans cesse déchirée de part et d'autre même si son rôle n'est que de décider du taux d'intérêt qui s'appliquera dans 16 des 27 pays de l'Union.

On peut malgré tout convenir d'un certain nombre d'objectifs et de règles qui apparaissent objectivement désirables pour n'importe quel pays, quel qu'il soit. Le plus grand défi arrive au moment de mettre en pratique ces objectifs et ses règles. Comme leur Pacte de stabilité et leur Stratégie de Lisbonne l'ont montré, les Européens tendent soudainement à faire preuve de beaucoup moins d'ouverture d'esprit quand c'est leur propre pays qui est pris en faute et qui devrait être sanctionné.

Quant à cette idée de «gouvernement économique» que propose Herman Van Rompuy, il suffit de penser qu'il sera constitué de 27 premiers ministres pour imaginer le casse-tête que représenteraient les réunions de ce «cabinet».

Les Allemands ne s'y seraient pas trompés. On raconte, en effet, qu'ils seraient particulièrement réticents à tout projet de gouvernement européen et que ce sont eux qui auraient forcé les autres à y intégrer les 27 pays de l'Union européenne plutôt que de s'en tenir, comme le voudrait entre autres la France, aux 16 pays de la zone euro.

Il faut dire que les Français ne se sont pas gênés non plus pour faire savoir à tout le monde que c'était de la faute de leurs amis allemands si la déclaration de jeudi, à Bruxelles, avait été aussi timorée. Même les Grecs s'y sont mis, le premier ministre Papandréou accusant, vendredi, les autres pays européens de ne pas avoir défendu avec plus de vigueur la réputation de son pays. Il les a même blâmés de ne pas avoir empêché le gouvernement grec de se mettre en si mauvaise posture!

Vous avez dit «gouvernement de l'Europe»? Ça ne sera pas facile.
2 commentaires
  • Jean-Pierre Audet - Abonné 15 février 2010 13 h 58

    INGÉRABLE

    Cette Europe est tout simplement ingérable.

    Et pauvre Grèce !

    JPA

  • Venturia - Inscrit 16 février 2010 21 h 17

    Le fédéralisme à la rescousse...

    Ah! la beauté des grands ensembles, la force collective, le destin commun au delà des nationalismes frileux...

    ;-)