Hors-Jeux - C'est parti mon Quatchi!

Le coup d’envoi des XXIes Jeux olympiques d’hiver a été donné, hier soir, au BC Place de Vancouver, lors d’une cérémonie d’ouverture assombrie par le décès d’un lugeur.
Photo: Agence Reuters Jim Young Le coup d’envoi des XXIes Jeux olympiques d’hiver a été donné, hier soir, au BC Place de Vancouver, lors d’une cérémonie d’ouverture assombrie par le décès d’un lugeur.

Alors voilà, c'est parti mon Quatchi*, Vancouver 2010 est officiellement en marche, le Canada accueille la jeunesse de toutes les nations qui ont de la neige et même de quelques-unes qui n'en ont pas, on va gagner 1000 médailles parce que le podium est à nous et à personne d'autre. Les cérémonies d'ouverture, les toutes premières de l'histoire à se dérouler à l'intérieur, au B.C. Place (un stade vancouvert, pour reprendre le mot du poète), ont eu lieu vendredi soir et elles ont été grandioses.

Grandioses, on le pressentait confusément parce qu'elles le sont toujours, c'est du moins ce qu'ils disent à la télé. Ç'a commencé par un surfeur des neiges qui a sauté à travers l'un des anneaux olympiques, puis il y a eu l'hymne national abrégé, puis le drapeau canadien au complet, puis l'hymne national en entier, les fleurons glorieux, la foi trempée et toutes ces choses.

La Géorgie en deuil

Après les autochtones avec des totems géants, les athlètes sont entrés. Un moment poignant: le défilé de la Géorgie. Car les réjouissances suivaient de peu la tragédie: dans l'un des nombreux accidents survenus jusqu'à maintenant à la piste de luge de Whistler, Nodar Kumaritashvili, 21 ans, s'est tué à l'entraînement lorsqu'il a perdu le contrôle de son traîneau dans un virage et est allé percuter un poteau en acier. Déjà, on se demande si on n'aura pas affaire à des «périlympiques», comme dans péril, pour reprendre l'expression du New York Times. Quand toujours plus vite et plus haut devient trop dangereux
.

Bryan Adams et Nelly Furtado nous ont ensuite servi un tour de chant, et on a assisté à un hymne au Nord venu nous rappeler que ce pays est un gigantesque congélateur plusieurs mois par année même s'ils ont de la misère à avoir de la neige à Cypress Mountain. Comme toujours, c'était rempli de symboles qu'il fallait qu'on nous explique parce qu'un symbole, c'est parfois pas évident du point de vue de la compréhension.

Je vous fais grâce des détails, mais l'hymne au Nord n'était que le premier de quelque chose comme sept tableaux et, enfin, c'était bien beau mais, de l'avis d'un gars peu versé en symbolisme, un peu longuet sur les bords.

19 mots en français

Le président du Comité international olympique Jacques Rogge a par la suite salué Kumaritashvili, et le patron du Comité organisateur de Vancouver 2010, John Furlong, a livré un discours avec 19 mots en français: biennevenou, vous êtes parmi vos amis, oune équipe, des plus brillants exploits et qué l'esprit des Jeux vous habité. Rogge encore, Michaëlle Jean qui déclare ouverts les Jeux, k.d. lang qui pousse Allelujah, on allait enfin savoir qui serait ce dernier relayeur de la flamme et donc allumeur de la vasque, objet de tant de conjectures ces derniers jours. Wayne Gretzky, Rick Hansen, la mère de Terry Fox, les Denis Drolet?


Mais avant, il y avait l'arrivée du drapeau olympique. Porté par, vous voulez des noms?: Donald Sutherland, Betty Fox (la mère de Terry, justement, la liste des candidats diminuait), Jacques Villeneuve, Barbara Ann Scott, Anne Murray, Roméo Dallaire, Bobby Orr et Julie Payette. Puis l'hymne olympique, puis un moment de silence, intense, pour Kumaritashvili. Puis le serment des athlètes et des officiels par Hayley Wickenheiser et Michel Verreault.

Puis Garou, Un peu plus haut, un peu plus loin. Pourquoi ils n'ont pas pris Ginette?
Hansen est entré dans l'amphithéâtre avec la torche. Il l'a refilée à Catriona Le May Doan. Qui l'a passée à Steve Nash. De là, vers Nancy Greene.

Et le dernier, c'était bien Gretzky.

Après allumage de la vasque intérieure (problème? trois pylônes seulement se sont levés) , le 99 est sorti, a monté sous la pluie dans la boîte d'un pick-up authentiquement hybride et est allé, à la suite d'un (trop) long parcours, donner vie à une autre vasque, quelque part dans Vancouver, là où il y avait quatre pylônes.

Vous savez donc tout, bien que je ne sois pas certain d'avoir tout compris dans cette histoire de feu. Sauf une chose, bien sûr, car la question, lancinante, est demeurée: y aura-t-il assez de neige?

(*On l'aura deviné, Quatchi est l'une des mascottes des Jeux de Vancouver. Il s'agit d'un jeune sasquatch qui vient des «forêts mystérieuses du Canada» et qui raffole de hockey sur glace. Selon des sources en position d'autorité, «le sasquatch nous rappelle le mystère et les merveilles qui existent dans le monde naturel et qui allument notre imagination au sujet de la possibilité de créatures non découvertes dans la grande nature sauvage canadienne». Vous, c'est votre affaire, mais moi, là, j'ai soudain l'imagination carrément allumée.)

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Avant même les cérémonies d'ouverture, on a eu droit en après-midi aux qualifications du saut à ski. Vous dire, je serais relativement hésitant à pratiquer cette discipline antigravitationnelle, même si on m'offrait quelque chose que je ne pourrais refuser, genre un souper avec Jean Pagé. Surtout au ralenti: la vague impression que le sol se dérobe sous nos pieds, les skis qui ondulent. Il faudrait cependant vérifier s'il est possible de faire du saut à ski au ralenti en temps réel.

On soulignera au passage qu'il s'agit de l'unique sport olympique d'hiver à être ouvert aux seuls messieurs. Des sauteuses ont bien tenté de se faire reconnaître en s'adressant à des tribunaux canadiens, mais comme le tout relève du Comité international olympique, elles ont fait chou blanc. Le CIO se défend de faire de la discrimination et fait plutôt valoir que le saut à ski féminin n'est pas suffisamment développé et ne satisfait pas à ses exigences techniques. Ce à quoi on réplique que la discipline est plus répandue chez les femmes dans le monde que le snowboard cross (il paraît qu'il faut dire «épreuve de cross en surf des neiges», mais c'est un peu long), le skicross ou le bobsleigh. Mais les voies du CIO, à l'instar de celles du Seigneur, sont impénétrables.

Et profitons de l'occasion pour relever que l'Américain Johnny Spillane, inscrit au combiné nordique — ski de fond plus saut à ski —, éprouve une sainte trouille de... voyager en avion. «Je déteste ça», dit-il. «Je m'assois et je souffre. Depuis l'instant où les roues quittent le sol jusqu'à celui où elle se posent, je n'ai aucun plaisir.» Et pourtant, il aime voler avec pas d'aéronef.

C'est dingue, la vie, des fois. À moins que ce ne soit toujours?

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Le hasard faisant les choses comme bon lui semble, qu'est-ce qui atterrit dans ma boîte à lettres le jour même du début des Jeux? Fectivement: le numéro spécial maillots de bain de Sports Illustrated. Ça ne s'invente juste pas.

Or il se trouve une section olympique dans la publication: la skieuse alpine Lindsey Vonn, les surfeuses des neiges Hannah Teter et Clair Bidez et la skieuse acrobatique Lacy Schnoor apparaissent sur fond de manteau d'hermine plutôt dépourvues en matière de tenue vestimentaire hivernale, à l'exception de bottes et, de temps à autre, d'une tuque.

Il paraît que la présence de Vonn dans le document a fait jaser à Vancouver, presque autant que l'incertitude de sa participation à Whistler. Gagnante des cinq premières épreuves de la saison en Coupe du monde, Vonn était l'une des grandes favorites pour le titre de reine des Jeux jusqu'à ce qu'elle annonce cette semaine qu'une blessure au tibia droit subie lors d'une séance d'entraînement il y a quelques jours en Autriche pourrait la contraindre de déclarer forfait.

La coéquipière de Vonn dans l'équipe américaine Kaylin Richardson est accourue à sa défense. «Lindsay pourra montrer les photos à ses enfants et leur dire: “Maman était super sexy et super rapide.” Nous faisons beaucoup d'efforts pour notre corps, c'est quelque chose qu'il faut célébrer», a-t-elle déclaré.

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Le mot est lancé. Avant la tenue des cérémonies, Stephen Harper a dit que les organisateurs des Jeux avaient fait un travail incroyable et qu'il était convaincu qu'on aurait droit à des Jeux incroyables. Pendant que la délégation canadienne défilait, Alexandre Despatie, lui, a évoqué une émotion incroyable

Si vous voulez mon avis, tout cela est proprement incroyable.

Hé, sur ces excellentes paroles, on se donne rendez-vous tous les jours que le CIO amène jusqu'au 1er mars. Incroyable, non?


 
19 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 13 février 2010 06 h 47

    Michaëlle Jean qui déclare ouverts les Jeux...

    Tiens, tiens. En 1976 c'avait été Elizabeth II. Tout le monde ne sera pas content que ce soit Son Excellence. Elle n'a pas que des amis, surtout dans le coin....

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/26/lettre-

    mais moi, je suis très content.
    Paul Laurendeau

  • jacques noel - Inscrit 13 février 2010 08 h 25

    Comment Vancouver nous a volé NOS Jeux


    Québec avait obtenu du Comité olympique canadien (COC) la candidature canadienne pour les Jeux d'hiver de 2002-06-10. Toronto avait obtenu l'équivalent pour les Jeux d'été de 1996, 2000 et 2004. C'est comme ça que ca marche: une ville, trois tickets en ligne.

    Après l'échec de 2002, en 1995, L'Allier a refusé de recommencer pour 2006 sachant très bien qu'à cause de l'alternance des continents Québec n'avait aucune chance. Mais il n'a jamais abandonné pour 2010. Or, la gang de l'Ouest en a jugé autrement et, grâce à ses liens étroits avec les dirigeants du COC, ils ont réussi à obtenir une nouvelle mise en nomination pour 2010.

    Là, dans les couloirs d'hôtel de Toronto, à l'automne 1998, on a sorti les longs couteaux (les mêmes que ceux qui ont sorti le Québec du Canada à l'automne 1981) et on a poignardé l'Allier à deux mains dans le dos. Un bain de sang! Y'a rien qu'on a pas dit sur les séparatisss de Québec qui allaient voler les Jeux du pauvre Canada en 2010! Sheila Coops, flanquée de Michel Després, a ajouté à l'insulte en attendant APRÈS l'élection au Québec pour annoncer la nouvelle afin de ne pas nuire aux Libéraux à Québec.

    Non seulement Tempscouvert (ville de pluie sans neige!) nous a volé NOS Jeux de 2010, mais pire encore, elle nous empêche d'avoir les Jeux avant 2034, le CIO ne donnant jamais les Jeux d'hiver deux fois au même pays avant à moins de 22 ans d'écart (les Italiens ont attendu 50 ans entre Cortina et Turin!)

    "Je souhaite qu'y mouille" avait dit Gillet en 1998. Ton souhait va être réalisé, St-Robert. Mais ça ne nous donnera pas nos Jeux.

  • Lulustucru - Inscrit 13 février 2010 08 h 29

    Cérémonie d'ouverture réussie

    Dans l'ensemble j'ai bien aimé. J'ai vu plus grandiose mais ce l'était peut-être trop. Alors ici on a été simple et c'est bien comme ça. Y'avait les ti danseurs en blanc qui se dandinaient comme s'ils avaient envie de pipi mais bon....
    Les interprétations musicales furent très belles. Le Hallelujah de K.D. Lang tout simplement magnifique. Le seul gran hic c'est le massacre à la tronçonneuse d'Un peu plus haut un peu plus loin par Garou. Vous êtes gentil quand vous dites pourquoi ils n'ont pas pris Ginette. Une horreur, j'ai dû me boucher les oreilles tellement c'était infecte. On a assez de grands chanteurs ou chanteuses au Québec capable d'interprêter cette chanson alors pourquoi ce mauvais choix??? Et puis, il y a Ginette Reno qui a fait de cette chanson un hymne touchant qui ne doit pas se chanter avec un ti sourire niais dans la face. Pourquoi avait-il un manteau d'hiver quand tous les autres avaient des vêtements d'intérieurs?

  • pagerry3 - Inscrit 13 février 2010 08 h 29

    En somme, 9.9 sur 10.

    Après avoir cru qu'après Pékin, ce serait possiblement le néant, voilà que Vancouver a réussi l'inimaginable. Une merveille du génie technologique au service du génie de la créativité. Un chef-d’œuvre du génie de l'audace associé à celui du raffinement imaginatif et de l’émerveillement. Un merveilleux tableau de la spécificité plurielle et très colorée qui singularise la société canadienne, sa pluralité historique et la diversité de sa vaste culture. Je n'avais jamais senti à ce point ni ressenti si profondément l’âme de l'hymne des Jeux Olympiques. Le choix des porteurs et porteuses du drapeau olympique fut aussi prodigieux que touchant, puisqu’on a fait appel à des médaillés olympiens, chacun, chacune dans le champ de ses passions. J'ai trouvé génial que l'on ait fait entrer les athlètes, dès le début et qu'on ait prévu les espaces pouvant les accueillir en tout confort. La prestation des autochtones fut magistrale et émouvante alors qu’elle a contribué à relever la fierté nationale à un cran supérieur, au regard de plus de 1 milliard de spectateurs. La minute de silence fut un sommet. Le jeune Despatie s'est fort bien intégré à l'équipe des commentateurs chevronnée qui lui ont gentiment facilité la tâche, réalisant qu’il leur apportait un vent de fraicheur. Une seule ombre au tableau, un Stephen Harper froid, distant, ignorant la Gouverneur générale du Pays et isolé à des lieues des invités d’honneur dont certains ont complètement ignoré le protocole minimal, lors de l’hymne national du Canada…

    Il ne reste qu'à souhaiter 16 jours de dépassements, d'heureuses compétitions et d'inoubliables souvenirs pour tous, toutes et chacun, chacune des athlètes pour qui la présence à Vancouver est en soi une formidable réussite. Je trouverais formidable que les muses se concertent pour le Canada puisse ajouter 35 médailles à sa collection.

  • hugues - Inscrit 13 février 2010 09 h 26

    19 mots et le vide au canal V

    J'ai tenté de m'intéresser à la cérémonie d'ouverture hier au canal V, mais en vain, c'était d'un vide abyssal côté commentaires, rien, que des sous-titres, à un moment-donné, un gros "comedian", est apparu sur un podium nous envoyer sa longue tirade "in english" sous-titré pour les sous-citoyens de seconde zone que nous sommes devenus à la télé, et ce, en raison de la hargne qu'entretient le gouvernement d'idéologues de Harper à l'endroit de Radio-Canada.

    Pour ce qui est de mon incursion à V, compte-tenu de ma première impression, je vais en rester là, et me fier aux journaux ou encore à la SRC, même si celle-cie est contrainte de diffuser le strict minimum, en différé, le lendemain des compétitions, si j'ai bien compris.