Une bonne cause

Le président de la CSQ, Réjean Parent, brûlait de déchirer sa chemise jeudi à Québec. En ouvrant la porte à une «reconfessionnalisation du système scolaire par la porte du privé» pour régulariser la situation d'une poignée d'écoles juives orthodoxes, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, vient peut-être de donner au front commun des syndicats du secteur public ce qui lui manquait jusqu'à présent: une bonne cause.

Lors de la dernière ronde de négociations de 2005, les syndicats avaient réussi à se poser en défenseurs du «modèle québécois» hérité de la Révolution tranquille, qui semblait menacé par le gouvernement Charest. Moins d'un an après son élection, il avait réussi à se mettre presque tout le monde à dos avec son projet de «réingénierie».

En vertu du principe selon lequel les ennemis de mes ennemis sont mes amis, l'opinion publique avait manifesté une sympathie tout à fait inhabituelle envers les syndicats. À l'automne 2005, 58 % des Québécois et 47 % des électeurs libéraux appuyaient leurs demandes. Cela n'avait pas empêché l'adoption d'une loi spéciale, mais l'appui de la population rend la mobilisation plus facile.

Jusqu'à présent, le front commun n'a pas réussi à recréer ce mouvement de sympathie. Dans un contexte économique difficile, les demandes syndicales sont largement perçues comme la manifestation d'un corporatisme insensible à l'état dramatique des finances publiques et au fardeau déjà très lourd imposé aux contribuables.

Certaines catégories d'employés, comme les infirmières, ont la faveur de la population, mais un récent sondage de Léger Marketing indiquait que la grande majorité (68 %) se range maintenant derrière le gouvernement.

Il est vrai que l'insatisfaction à son endroit est nettement moins élevée qu'en 2005, mais il y a aussi que les syndicats n'ont pas réussi à démontrer de façon convaincante qu'ils défendent, non seulement leur intérêt, mais également celui de la société québécoise.

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En 2007, le débat sur les accommodements raisonnables est venu à un cheveu de renvoyer les libéraux dans l'opposition. L'automne dernier, la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, a dû retirer en catastrophe le projet de loi qui prétendait les baliser dans l'administration publique.

Sur un terrain aussi miné, on peut comprendre que Michelle Courchesne ait voulu mener avec discrétion le dossier de la réconciliation de l'enseignement dispensé dans les écoles juives orthodoxes avec le régime pédagogique québécois, qui était un objectif éminemment souhaitable. Les juifs orthodoxes ne jouissent pas d'une grande sympathie dans la population, de sorte que tout accommodement apparaît a priori déraisonnable.

Il y a cependant une différence entre la discrétion et le mensonge. Pendant une semaine, la ministre a soutenu que la lutte contre le décrochage scolaire était le seul objectif de son projet de modification du calendrier scolaire. Mercredi matin, à l'Assemblée nationale, elle était catégorique: «Ça n'a rien à voir avec la religion.»

À l'entendre, c'était à la demande du milieu de l'éducation qu'elle avait décidé d'étendre l'amplitude de la semaine scolaire. Curieusement, personne ne semblait être au courant: ni les commissions scolaires, ni les enseignants, ni les parents.

Comme dans l'affaire des subventions aux écoles privées juives en 2004, il a fallu que Le Devoir découvre le pot aux roses pour la forcer à reconnaître du bout des lèvres que le règlement lui permettait de «faire d'une pierre deux coups». Même en admettant que Mme Courchesne avait aussi à l'esprit la lutte contre le décrochage, qui va maintenant la croire?

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Elle se serait sans doute passée des félicitations du Congrès juif québécois, dont le président Adam Atlas, s'est réjoui pour toutes les écoles du Québec, qui pourront profiter du nouveau calendrier.

Il est loin d'être certain que ce sera le cas, mais la disproportion entre la fin et le moyen saute aux yeux. Un règlement d'une portée aussi générale pour accommoder six écoles qui regroupent à peine quelques centaines d'élèves autorise tous les soupçons.

Pour le moment, il ne s'agit que d'un projet de règlement, de sorte que la ministre pourrait encore se raviser et trouver une autre façon de légaliser son entente avec les écoles juives. En 2004, il n'avait fallu que 24 heures à M. Charest pour renoncer à hausser leurs subventions. Mme Courchesne est cependant une femme qui ne recule pas facilement.

Dorénavant, quand le gouvernement réclamera plus de souplesse et de flexibilité dans les conventions collectives des enseignants, les syndicats auront beau jeu de répliquer que son véritable programme est la reconfessionna-

lisation du système scolaire et que leur combat est celui de tous ceux qui refusent ce retour en arrière.

En sa qualité d'ancienne ministre de l'Éducation, Pauline Marois est bien placée pour apprécier les efforts de Mme Courchesne pour régler le dossier des écoles juives orthodoxes. Jeudi à l'Assemblée nationale, elle s'est montrée moins incisive que Pierre Curzi, préférant insister sur la confusion créée par les explications changeantes de la ministre plutôt que sur l'aspect confessionnel de la question.

Le PQ, qui entend présenter bientôt un projet de charte de la laïcité, doit cependant être conséquent. Sinon, l'ADQ se fera certainement un plaisir de prendre le relais.
11 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 13 février 2010 06 h 37

    A l'école de la manipulation.......

    Jean Charest et son gouvernement nous a habitué a toutes les manipulations , astuces et tricheries et madame Courchesne en bonne élève en a fait une autre démonstration ! Ce règlement fut annoncé sous de fausses représentations et de fallacieux motifs par Michelle Courchesne ....Tout ceci pour quelques centaines d'élèves Hassidims qui vivent en marge de la société et refusent toute intégration ! Elle s'est mis a dos les enseignants , les parents , les directeurs scolaires et les commissions scolaires qui n'ont en rien été consultés et elle a mentis effrontément lors des nombreux entrevues aux médias ...Comment ces partenaires pourront lui faire confiance a l'avenir ? Avec une amie comme elle , ils n'ont pas besoin d'ennemies .....

  • Geoffroi - Inscrit 13 février 2010 10 h 30

    Paradis pour petits et grands enfants/moutons québécois

    « La pérennité millénaire des religions n'est due qu'à cet envahissement intempestif des consciences enfantines, cette violation permanente de leur liberté par une information forcée, qui est le propre de tout conditionnement, mais donc aussi sans doute de toute éducation. »

    Anne Morelli / Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes / 1997

  • Maryanne - Inscrite 13 février 2010 10 h 46

    École juive!

    SElon Charest a TVA :où est le problème?

  • roger montreal - Inscrit 13 février 2010 11 h 32

    Qu ils prennent des cours de religion le samadi le dimanche et ne dérangent pas les autres

    Tout ses menteries pour que les enfants juifs apprennent leur religion,«nous sommes tous d accors» pouquoi changer les heures scolaires de tout les enfants, qu ils« les enfants juifs»prennent ses cours le samadi ou le dimanche personne vont les déranger car ses jours les enfants peuvent étudier tout se qu ils veullent ,des cours de musiques de judo de yoga meme des cours sur la religion de leur choix.
    FAUT DIRE QUE L EXEMPLE D UN CHEF MENTEUR ET MAGOUILLEUR SE RÉPEND VITE DANS TOUS LES MEMBRES DU GOUVERNEMENT
    ROGER MONTREAL

  • Robert Côté - Inscrit 13 février 2010 12 h 32

    Une tempête dans un bagel...

    Effectivement où est le problème? À moins qu'il y ait là une odeur anti-juive? Comme à une certaine époque. Odeur que Le Devoir aimerais bien oublier pour ses 100 ans.