Des marchands de vêtements qui filent un mauvais coton

Au terme d’une enquête menée dans plusieurs chaînes vendant des vêtements certifiés biologiques, l’édition allemande du Financial Times a révélé récemment, en pleine Semaine de la mode à Berlin, que 30 % du coton vendu en Allemagne était, en 2009, contaminé par du coton dit «bt», et donc génétiquement modifié.
Photo: Agence France-Presse (photo) Romeo Gacad Au terme d’une enquête menée dans plusieurs chaînes vendant des vêtements certifiés biologiques, l’édition allemande du Financial Times a révélé récemment, en pleine Semaine de la mode à Berlin, que 30 % du coton vendu en Allemagne était, en 2009, contaminé par du coton dit «bt», et donc génétiquement modifié.

L'époque verte ne l'avait certainement pas vu venir. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne menacent pas seulement d'investir l'alimentation humaine. Que non! Les fruits de la transgenèse seraient désormais sur le point de coloniser l'univers du... vêtement.

Et plusieurs créateurs de mode populaire viennent d'en prendre la mesure, douloureusement: le coton certifié biologique qu'ils vendaient à bon prix pour donner bonne conscience aux consommateurs ne l'était finalement pas. Comme on dit: sur une robe blanche ou des bobettes couleur crème, ça fait tache!

Allez savoir pourquoi. C'est l'édition allemande du Financial Times, en pleine Semaine de la mode à Berlin, qui a révélé le pot aux roses récemment.

Au terme d'une enquête menée dans plusieurs chaînes vendant au pays d'Angela Merkel des vêtements certifiés biologiques, le quotidien a révélé que 30 % du coton vendu en Allemagne était, en 2009, contaminé par du coton dit «bt», et donc génétiquement modifié. Les empires du textile H&M, C&A et Tchibo — une chaîne inconnue ici — ont été montrés du doigt, le Financial Times allant même jusqu'à parler de la «fraude du coton bio». Motif? La réglementation biologique interdit l'usage et la présence de substances génétiquement modifiées. Et ce n'est pas négociable!

Le terme est bien sûr très fort. Mais l'histoire vient une fois de plus mettre en lumière la difficile, voire impossible cohabitation dans l'environnement entre des plantations conventionnelles et des cultures génétiquement modifiées, qu'elles soient destinées à l'alimentation ou pas.

Selon le quotidien allemand, c'est par la filière indienne que ce coton «bt» a réussi à se faufiler dans les lots de fibres importés par les fabricants de robes, t-shirts, pantalons et pyjamas confortables. Ce coton mi-bio, mi-OGM pourrait d'ailleurs se retrouver ici puisque les sources d'approvisionnement sont aujourd'hui mondialisées et qu'en plus, les autorités sanitaires canadiennes en autorisent une douzaine d'espèces différentes à la vente sur son territoire.

Mais on s'égare...

Pris les culottes bios à terre, H&M, multinationale de la mode abordable originaire de Suède, n'a pas tardé à répliquer.

Tout en dénonçant des «résultats faussés» publiés par le Financial Times et en précisant qu'en aucun cas elle ne mettait sur le marché des créations en coton bio contaminées aux OGM, l'entreprise a reconnu avoir amorcé, après certaines critiques sur la faible surveillance de ses fournisseurs, un contrôle de ses approvisionnements en Inde.

Or, aucune semence issue du génie génétique n'a été trouvée chez les cultivateurs qui, assure-t-on, auraient pris toutes les mesures nécessaires pour limiter les contaminations, a-t-elle exposé.

Rappelons que l'Inde a été le principal fournisseur de coton biologique au monde en 2008-2009, avec 61 % de la production mondiale de cette fibre de plus en plus prisée par des consommateurs qui cherchent à mettre du vert dans leurs pratiques marchandes.

Le pays en a produit 107 000 tonnes sur les 175 000 menées à maturité dans le monde.

Le hic, c'est que dans ce même coin du globe, «les risques de contamination vont en grandissant», a reconnu récemment l'Organic Exchange, un organisme international versé dans la promotion du coton bio et du textile dans une logique de développement durable.

Et pour cause: 70 % du coton conventionnel qui est cultivé en Inde provient désormais de semences génétiquement modifiées pour résister aux insectes et donc pour être plus productif.

Et le groupe d'ajouter: pour contrer ce risque, «plusieurs organisations cherchent activement à mettre en place les systèmes qu'il faut pour assurer l'intégrité des approvisionnements biologiques». Mais elles n'y sont pas encore arrivées complètement.

L'enjeu est pourtant de taille. Il devrait aussi animer l'ensemble des acteurs bios, pas seulement ceux dédiés au coton, qui, à l'avenir, pourraient bien être de plus en plus confrontés à ce type de contamination. Et aux effets délétères sur leur image et celle de leur industrie.

Un doute? En décembre dernier, un rapport produit par Québec afin de déterminer l'incidence des OGM dans le panier d'épicerie des consommateurs comportait lui aussi une petite incongruité qui n'a finalement pas engendré une trop grosse commotion: dans le lot des aliments testés se trouvait en effet un échantillon de boisson au soya certifiée biologique qui s'est révélé contenir des traces d'OGM. Une chose illégale dans le cadre réglementaire bio.

Bien sûr, tout comme pour le coton, cette contamination est certainement accidentelle. Elle est aussi de la responsabilité des producteurs de transgènes dont les produits sont venus depuis plus de 10 ans bouleverser un équilibre écologique précaire.

Et, bien sûr, pour toutes ces raisons, les promoteurs de bio et pourfendeurs de transgènes estiment qu'on est en droit de s'en offusquer.

***

Du bio à l'absurde. La guerre à finir est passée inaperçue. Et pourtant... En Arizona, le propriétaire du restaurant Heart Attack Grill (grill de la crise cardiaque) a décidé de traîner en justice un autre restaurateur de la Floride qui vient d'ouvrir le Heart Stoppers Sports Grill (grill de l'infarctus). Et ce, pour plagiat ou reproduction abusive d'un concept de restauration basé sur la démesure dont seuls les Américains ont le secret.

Jon Basson est catégorique: le Floridien lui a volé l'idée de vendre à ses clients des burgers assez gros pour bloquer les artères.

Et surtout, tout comme lui, de le faire en s'en vantant, dans un décor qui fait l'apologie du gros et abuse d'une iconographie médicale.

C'est que le Heart Attack Grill est un haut lieu de la décadence alimentaire où se côtoient frites en portion gargantuesque, burgers à quatre étages appelés «quadruple pontage», Cola extra sucre et cigarettes sans filtre.

Le tout est servi sous fausse supervision médicale par des serveuses déguisées en infirmières sexy. Le proprio, lui, est habillé en toubib.

Et, bien sûr, ce n'est pas parce que c'est drôle et vachement prévisible, vu la localisation de l'action, qu'il ne faut pas s'en désoler.
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 14 février 2010 15 h 29

    Fardeau renversé

    Logiquement, ce sont les producteurs bio qui devraient être compensés pour la contamination. Cependant, je ne serais pas surpris qu'on les poursuive pour usage illégal d'un brevet!