Un gros brassage d'idées

C'est en regardant des images d'Haïti pour la centième fois que je me suis dit qu'il faudrait quelque chose d'aussi gros pour que le Québec se réveille. Qu'il cesse de ronronner comme si tout allait bien et qu'il ouvre enfin les yeux sur le sort qu'on lui inflige et qu'il accepte sans trop rechigner. Il faudrait une secousse du tonnerre pour que les Québécois se remettent en marche, qu'ils reprennent leurs choses en main et qu'ils fassent le formidable ménage qui s'impose. Ils seraient sans doute étonnés de tout ce qu'ils pourraient découvrir sous les tapis, là où on fait disparaître les petites et les grosses saletés pour ne pas avoir à s'en débarrasser tout de suite. Il y a du monde sous le tapis, c'est certain.

Je venais de voir aux nouvelles, l'un après l'autre, le président des cols bleus de Montréal, les baguettes en l'air, tonitruant qu'on allait voir ce qu'on allait voir... puis le docteur Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, tout sourire, affirmant lui aussi qu'il ne nous ferait pas de cadeaux. Un moment étonnant. Le message était le même: «Vous allez y goûter!»

Facile à comprendre, car c'est à nous que le message s'adresse. Ils veulent plus d'argent et vous allez payer. Bien sûr, leurs demandes ont l'air de s'adresser aux différents ordres de gouvernement, mais au bout du compte, quand on regarde les choses en face, on sait bien que la seule poche disponible, c'est toujours la nôtre. Comme nous savons que nos gouvernements sont incapables de vivre selon NOS moyens et qu'ils nous ont endettés au-delà de l'admissible, la situation est plus grave que jamais.

Après mes deux présidents, sans que j'aie eu vraiment le temps de m'en remettre, les fonctionnaires ont repris le même air bien connu de tous. Money, money, money. Les autres vont suivre. Ils sont tous en ligne devant le tiroir-caisse. Le problème, c'est que le tiroir est vide. C'est du moins ce que les gouvernements répètent ad nauseam.

Comme ce n'est jamais l'imagination qui étouffe les gouvernements, tout ce qu'ils ont trouvé pour régler leur problème, c'est de venir fouiller dans notre poche. C'est chaque fois la même chose. Après s'être payé toutes les folies dont ils avaient envie comme gouvernements, ils viennent pleurer sur notre épaule. Pas très original.

Ce sont ceux qui crient le plus fort qui veulent s'emparer du tiroir-caisse le plus vite possible. Mais d'autres vont suivre bientôt, des plus petits, des plus fragiles comme les enseignants, à qui les ministères mènent la vie dure depuis un bon moment, ou les infirmières qui crient au secours et qui ne sont jamais entendues.

Les syndicats vont déchirer leur chemise sur la place publique. C'est leur méthode de négociation depuis de nombreuses années. On a parfois l'impression qu'ils sont devenus des parasites d'un système qu'ils n'ont plus envie de voir changer. Le gouvernement va tirer sa force de notre indifférence à nous, le monde ordinaire, et continuer à n'en faire qu'à sa tête. La guerre aura lieu parce que personne n'aura eu la volonté de changer la donne. Il y aura des victimes innocentes. Les autres vont sauver leurs fesses comme d'habitude.

Personne ne veut remettre les compteurs à zéro. Personne n'a manifesté son désir de réévaluer, de recalculer, de refaire les additions et d'envisager les soustractions. Il faudrait, pour y arriver, crever l'abcès puant de la corruption et de la collusion, en prendre la vraie mesure et refaire les budgets en conséquence en même temps qu'un grand nettoyage.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas parti pour ça. C'est plutôt parti pour faire comme chaque fois. Les gouvernements vont se lamenter que la vie est dure, qu'ils n'ont pas le quart de la moitié de l'argent dont ils auraient besoin pour faire ce qu'ils veulent faire et vont agir comme ces personnes qui s'arrangent toujours pour aller à la toilette quand la facture arrive sur la table du restaurant. Qui va payer? Toujours les mêmes. Vous. Moi.

Vous trouvez que l'État vous coûte cher? N'essayez surtout pas de savoir OÙ va l'argent... c'est le plus grand mystère de l'univers. Personne ne le sait. Je soupçonne même le ministre des Finances de n'en avoir aucune idée. L'argent n'est pas dans les hôpitaux, ni dans les universités, ni dans les écoles, ni dans les routes... ça se verrait.

Le pire, c'est que j'ai fini par me dire que c'est tout à fait possible que rien ne change en Haïti. Il est probable que personne ne saura où l'argent sera allé... Quand tout le monde sera reparti, qu'il ne restera que des Haïtiens en Haïti, combien voulez-vous gager que rien n'aura changé pour eux? L'argent, c'est connu, n'aime pas les pauvres... L'argent aime mieux les paradis fiscaux.
1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 12 février 2010 10 h 26

    Un amour d'hiver

    On étouffe dans votre chronique aujourd'hui madame Payette. C'est février mais ouvrez les fenêtres! La turlute des années dures, c'est un confortable désespoir au coin du feu. On a besoin d'un petit r'montant puis de r'tourner dehors se "gosser" un chemin.