Le rôle des agences promotionnelles au Québec

Vinha do Monte
Photo: Vinha do Monte

Daniel Richard porte trois chapeaux à la fois mais n'enfle pas de la boîte crânienne pour autant. Il est à la fois producteur de vin (délicieux Domaine du Lys 2008 en Vin de Pays des Cévennes à 11,80 $ - 474833), président des agences promotionnelles Univins et Francs Vins, de même que de l'AQAVBS (www.aqavbs.com), soit l'Association québécoise des agences en vins, Bières et Spiritueux. L'homme ne chôme pas. Transiger avec la SAQ (et présider l'association qu'il représente) exige de la patience, une bonne dose d'opiniâtreté et un sens particulièrement aiguisé de la diplomatie.

Et puis, il faut en convenir, les relations entre le monopole d'État et les agences promotionnelles n'ont pas toujours été, disons, au beau fixe. Il faut se souvenir par exemple de la «sortie» de l'ex-PDG Gaétan Frigon devant un parterre de producteurs conviés à une soirée, il y a quelques années, lors de l'ouverture de la Boutique Signature à Montréal.

L'homme avait créé un malaise diplomatique profond (pauvre Bernard Landry!) en lançant dans le style qu'on lui connaît que la SAQ voulait ni plus ni moins que supprimer le rôle des agences promotionnelles au Québec! Heureusement, depuis, surtout avec l'actuel et très discret président Philippe Duval, il y a plus de sérénité dans l'air.

L'homme semble en avoir même fait son credo dans l'article 2 du Plan stratégique 2010-2012, où «la SAQ s'engage à maintenir l'approche de collaboration avec les fournisseurs et les agences». Voilà qui augure pour le mieux.

Fondée en 1969, forte de 63 membres représentant pour leur part plus de 95 % des produits vendus à la SAQ et générant près de 1000 emplois directs et indirects au Québec, l'AQAVBS est ce trait d'union nécessaire entre le fournisseur, d'une part, et le monopole d'État, d'autre part. Une courroie de transmission efficace qui présente aux décideurs de la sélection des produits à la SAQ le meilleur de la production mondiale en fonction des goûts spécifiques des consommateurs québécois.

En ce sens, les agences promotionnelles sont des têtes chercheuses, à l'affût des modes et des goûts, qui opèrent sur le terrain auprès des vignerons, sans qu'il en coûte un sou à la SAQ pour tout développement de recherche de produits à l'étranger.

Daniel Richard se voit pour sa part comme un gérant d'artiste: «Je crois en mon artiste et je m'assure que ses intérêts soient bien servis. Que ce soit au niveau de placements promotionnels qui, soit dit en passant et au niveau de l'ensemble des agences, génèrent auprès de la SAQ quelque 50 millionsde dollars par année, ou pour sa visibilité sur le terrain, auprès de la restauration comme de la presse. J'espère simplement que les producteurs de taille moyenne trouvent toujours leur niche auprès de la SAQ dans un marché sans cesse en évolution. Force est d'admettre toutefois que mes "artistes" trouvent à la fois clairs et transparents les mécanismes d'appels d'offres proposés par le monopole, avec, au final, un traitement équitable de la SAQ pour les agences.»

Les agences comme la SAQ, dont, d'ailleurs, la plus récente orientation, selon le Plan stratégique 2010-2012, est de placer «le client au coeur de notre commerce», n'ont d'autre choix que d'opérer à l'intérieur d'une mutuelle complicité, comme un vieux couple qui n'a d'autre alternative que de demeurer ensemble, ne serait-ce que pour assurer l'équilibre familial. «Je souhaite que les relations continuent de s'améliorer avec la SAQ en permettant une plus grande complicité dans une industrie mondiale en pleine effervescence», avance Daniel Richard.

En effet, si les agences ont des responsabilités envers leurs clients comme pour la SAQ, pourquoi cette dernière ne devrait-elle pas leur laisser le champs libre, par exemple — et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres — en les responsabilisant sur des produits et des volumes d'achat que l'agence est à même d'écouler pour une clientèle précise dont elle connaît les appétences, le tout à l'intérieur d'une fenêtre temporelle précise?

Pour ce faire, cependant, la SAQ doit jouer le jeu et faire en sorte que le plan de match soit connu et mutuellement respecté, que le moteur des opérations soit bien huilé et que les agences disposent des bons outils pour travailler. Ce qui, d'après les nombreux commentaires encore trop souvent entendus de la part de l'industrie, n'est pas encore tout à fait le cas. Mais les choses progressent.

Si l'AQAVBS vise essentiellement les produits disponibles en succursale, le RASPIPAV (www.raspipav.com), lui, soit le Regroupement des agences spécialisées dans la promotion des importations privées des alcools et des vins, tout récemment mis en place et fort de 38 membres, se concentre sur l'importation privée, et ce, on ne le répétera jamais assez, sous le contrôle étroit du monopole d'État. Surtout que ce dernier ne s'y oppose nullement, au contraire!

Certains y verront une potentielle rampe de lancement pour de nouveaux produits susceptibles de percer un jour ou l'autre le marché québécois, d'autres cibleront plus précisément une clientèle en mal d'exclusivités qui a depuis longtemps cessé de s'illusionner sur la présence sur notre marché de produits insolites, rares ou tout simplement non commerciaux, alors que d'autres, enfin — particulièrement certains restaurateurs —, tireront allègrement profit du fait que le prix des produits soit inconnu du grand public pour «culbuter» tout aussi allègrement ces même prix à la carte de leur établissement. Ce que, personnellement, je trouve, comme le dit si bien le comédien français Pierre Arditi, lamentable!

***

- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.

***

www.vintempo.com