L'immoraliste

Celle-là a peut-être échappé à Jean Charest. C'était une chose de réintégrer Jean D'Amour au sein du caucus libéral, même après qu'il eut reconnu avoir violé la Loi sur le lobbyisme. C'en était une autre de le renommer membre de la Commission de l'administration publique, qui doit s'assurer que les contrats gouvernementaux sont octroyés dans le respect des règles. Il y a des limites à exhiber ainsi son immoralisme.

La seule parade que les libéraux ont trouvée a été de rappeler que ladite commission est présidée par le député péquiste de Richelieu, Sylvain Simard, qui, à l'époque où il était président du Conseil du trésor, avait suggéré à un promoteur de l'Outaouais de s'adresser à une firme de lobbyisme amie du PQ, Oxygène 9, pour obtenir du financement public. Bref, c'est ripoux contre ripoux.

Le geste de M. Simard était certainement répréhensible, mais il n'avait violé aucune loi et il ne semble pas y avoir eu récidive. Dans le cas de M. D'Amour, qui refuse que le rapport du Commissaire au lobbyisme soit rendu public, il est bien possible que le délai de prescription d'un an lui ait évité d'autres accusations. De toute manière, la turpitude de l'un ne saurait justifier celle de l'autre.

«Il n'y a aucune sanction parlementaire à la Loi sur le lobbyisme», a-t-on fait valoir au bureau du whip du gouvernement, Pierre Moreau. Il n'est cependant pas interdit à un parti de discipliner ses députés. Quand il s'agit de faire respecter la ligne de parti, on trouve toujours un moyen. Il aurait été très facile d'imposer un petit purgatoire à M. D'Amour, ou à tout le moins de lui trouver une autre commission.

La clémence du premier ministre n'a sans doute rien à voir avec ce que M. D'Amour pourrait savoir sur le véritable montant du salaire que le PLQ lui verse depuis 12 ans, comme l'a insinué Agnès Maltais. M. Charest a fermé les yeux sur bien d'autres manquements à l'éthique dans le passé, sans autre raison que l'élasticité de ses propres principes.

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Le cul-de-sac dans lequel se trouve l'ancien ministre du Travail, David Whissell, qui demeure député d'Argenteuil à défaut d'avoir déniché un meilleur emploi, résulte précisément de cette élasticité.

Au départ, M. Charest ne voyait aucun problème à ce qu'il siège au conseil des ministres, même s'il détenait des intérêts dans la compagnie d'asphaltage ABC Rive-Nord, qui bénéficiait de contrats du ministère des Transports.

Quand M. Whissell a dû faire un choix et a renoncé à son poste de ministre, tout portait à croire qu'il quitterait l'Assemblée nationale à brève échéance. Il a dû être le premier surpris d'apprendre que l'entreprise dont il détient 20 % des actions ne voulait pas de lui.

Pourtant, à bien y penser, est-il si étonnant qu'une entreprise répugne à engager quelqu'un qui a fait la manchette pendant des mois pour des raisons qui ne sont pas de nature à lui faire une très bonne publicité? Il peut devenir une source d'embarras permanent.

Hier, on apprenait que M. Whissell a été débouté devant la Cour supérieure. Non seulement celle-ci a jugé que la convention d'actionnaires n'obligeait pas ABC Rive-Nord à l'embaucher, mais elle a également refusé d'adresser une injonction qui aurait empêché le rachat de ses actions.

Aujourd'hui, il se retrouve Gros-Jean comme devant. Certes, avec les 4 millions que valent ses actions, il pourrait toujours prendre une retraite hâtive, mais, à 42 ans, il dit n'en avoir aucune envie.

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On peut comprendre qu'après avoir goûté au pouvoir, un député trouve un peu déprimant de retourner sur les banquettes arrière. Le problème est d'expliquer à ses commettants que leurs intérêts le préoccupent au plus haut point, même s'il cherchait un emploi plus intéressant.

Dans les circonstances, il devient gênant pour M. Whissell de continuer à représenter les électeurs d'Argenteuil. Pas étonnant qu'il se soit accordé une période de réflexion en ce début de session.

Si M. Whissell était forcé de se départir de ses actions, M. Charest le ramènerait-il au cabinet? Après tout, l'automne dernier, il avait dit regretter son départ. De député par défaut, il redeviendrait ministre par défaut. Très motivant.

M. Whissell ne se serait pas retrouvé dans cette triste situation si les règles du jeu avaient été claires au départ. Dans l'intérêt des élus eux-mêmes, son cas démontre la nécessité d'adopter un code d'éthique qui éviterait que leur comportement soit régi par les principes à géométrie variable du premier ministre.

Coquille

Plusieurs lecteurs m'ont souligné que René Lévesque est décédé en 1987 et ne pouvait donc pas avoir eu la surprise de sa vie quand les militants péquistes ont ovationné le felquiste Jacques Rose lors d'un congrès tenu en décembre 2001, comme je l'ai écrit dans ma chronique de mardi. Bien sûr, il s'agissait du congrès de décembre 1981.

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mdavid@ledevoir.com

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