Dans les coulisses de la coalition

Le premier compte rendu des dessous de la crise politique qui a mené à la création d'une coalition à l'automne 2008 sera publié la semaine prochaine. Les coulisses de cette lutte politique qui a failli être catastrophique pour le premier ministre Harper seront racontées par l'un des principaux négociateurs de la coalition, Brian Topp, un ancien directeur de campagne du NPD.

Né et élevé au Québec, M. Topp est bilingue. En 1999, en Saskatchewan, il était directeur adjoint du cabinet du premier ministre Roy

Romanow lorsque ce dernier a mis en place son gouvernement de coalition. Il vit maintenant à Toronto, où il est négociateur syndical.

Considérant son passé, on ne s'étonnera pas de voir que la plupart des anecdotes intéressantes rapportées dans son livre [qui s'intitule How we almost gave the Tories the Boot ou Comment nous avons failli virer les Conservateurs] concernent les libéraux. Brian Topp raconte ainsi combien Bob Rae était peu intéressé par l'aventure, de crainte de rappeler aux Ontariens son accord difficile avec David Peterson et le gouvernement néo-démocrate des années 1990. Il rappelle aussi que l'objectif de Michael Ignatieff n'était pas tant de participer à la coalition que de remplacer Stéphane Dion dès que possible à la tête du PLC.

M. Topp revient sur les propos de la députée de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine, Marlene Jennings, qui a expliqué pourquoi M. Dion ne pouvait offrir de postes ministériels au NPD — alors que tout le monde avait compris le contraire — sous prétexte qu'une brochette de députés libéraux (dont vraisemblablement elle-même) attendaient patiemment leur tour. Il s'attarde également sur l'avertissement que Gilles Duceppe a servi à l'équipe du Parti libéral à propos de sa participation à la conférence de presse tenue pour l'annonce de la coalition, un geste qui pourrait ne pas être bien perçu dans l'Ouest canadien.

M. Topp raconte fort bien cette histoire. En bon négociateur, il ne détruit pas les ponts qui pourraient s'avérer utiles dans l'avenir. Il sait aussi ouvrir le cadre: on apprend notamment dans son livre que M. Harper n'a pas discuté de la formation d'un gouvernement de coalition avec les partis d'opposition en 2004, comme certains le prétendent aujourd'hui.

L'objectif de la lettre des partis d'opposition envoyée à la gouverneure générale était alors «d'envoyer au gouvernement minoritaire libéral [de Paul Martin] le message qu'il devait gouverner en consultation avec les partis d'opposition». Lorsque, plus tard, Gilles Duceppe a expliqué à Jack Layton que M. Harper serait le premier ministre dans un gouvernement de coalition, le chef du NPD s'est «retiré du groupe des trois partis».

Le livre de M. Topp est plein de surprises, même pour ceux qui ont étroitement suivi ce feuilleton. Par exemple, je n'avais pas pleinement apprécié le rôle joué dans les négociations par des anciens comme Roy Romanow et Jean Chrétien: à un certain moment, M. Romanow a même suggéré que son ami de la «nuit des longs couteaux» soit nommé premier ministre intérimaire du gouvernement de la coalition, à la place de Stéphane Dion...

Mais la plus grande surprise demeure d'apprendre que les libéraux et les néo-démocrates discutaient officieusement d'un gouvernement de coalition avant même les élections de 2008. Cela dément la thèse selon laquelle ce sont les nouvelles règles de financement incluses dans la mise à jour fiscale — une bévue énorme que M. Topp désigne comme un «putsch» — qui ont engendré l'explosion sur la Colline parlementaire.

En fin de compte, les partenaires de la coalition ont échoué principalement en raison du nombre surprenant d'erreurs élémentaires qu'ils ont commises. Impitoyable, M. Harper a profité de ces erreurs pour gagner la bataille de l'opinion publique à l'extérieur du Québec. M. Topp est très dur à son égard et dénonce son agressivité à l'égard du Bloc.

À son crédit, M. Topp accepte aussi sa part de la faute. Mais on se demande, en lisant le livre, si l'expérience menée en Saskatchewan n'annonçait pas l'échec. Personne au sein de la coalition en Saskatchewan n'a douté une seconde de la constitutionnalité et de la légitimité de l'initiative de M. Romanow en 1999. Or la tentative de 2008 a été largement perçue comme illégitime à l'extérieur du Québec: elle a même été décrite comme un «putsch» par la revue prestigieuse The Economist. Il aurait fallu y penser.

Si la perspective d'un gouvernement de coalition devait revenir dans l'actualité lors de la prochaine campagne électorale, on espère que tous les partenaires potentiels formuleront clairement leurs intentions cette fois-ci. Qui sait? En fonction des résultats, ils pourraient bien réussir lors du prochain essai. Mais, si ce n'est pas le cas, il sera peut-être temps pour les partis de centre-gauche de se réunir, comme leurs homologues de la droite l'ont fait après un troisième écroulement électoral consécutif.

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nspector@globeandmail.ca

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
1 commentaire
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 11 février 2010 01 h 06

    et si une coalition pour mettre harper dehors devait arriver...

    ce serait le bon moment pour le faire maintenant...