Les culottes à Bachand

Seuls les sots n'apprennent pas de leurs erreurs. Il y a quatre ans, la direction de Loto-Québec s'était royalement cassé la gueule avec son projet de déménagement du casino au bassin Peel.

On n'avait pourtant pas lésiné sur le chrome. Le casino aurait été intégré à un vaste complexe récréotouristique comprenant un hôtel haut de gamme et une salle de spectacle. En prime, le Cirque du Soleil aurait occupé la salle de spectacle de 10 à 12 semaines par année. Une sorte de mini-Las Vegas au centre-ville. Comment lever le nez sur tant de merveilles?

Pour plus de sûreté, Loto-Québec avait soudainement pris conscience d'un grave problème de chômage à Pointe-Saint-Charles et avait annoncé du même souffle une nouvelle série de mesures visant à prévenir le jeu pathologique.

Il y avait néanmoins un problème. Le gouvernement Charest avait été sérieusement ébranlé par la déconfiture du projet de centrale thermique du Suroît et par sa décision de subventionner à 100 % les écoles privées juives, pour remercier la communauté juive, si généreuse envers le PLQ.

Qui plus est, il arrivait à la dernière année de son mandat. C'est généralement le moment où M. Charest redécouvre les «valeurs libérales». Comme il l'a déjà expliqué, la «compassion» devient le «cheval de bataille» du PLQ en période électorale.

Bref, il n'était pas question de risquer un troisième fiasco. Il allait donc falloir tester l'opinion publique avant de donner le feu vert à Loto-Québec. Cela avait permis à la Direction de la santé publique de faire ce pour quoi elle est payée, c'est-à-dire examiner les impacts sociaux du projet. Elle en était arrivée à la conclusion — ô surprise! — que le déménagement d'un casino dans un secteur où réside une population particulièrement vulnérable n'était pas une bonne idée. Dépité, le président de Loto-Québec, Alain Cousineau, avait dû ranger ses cartons en se lamentant sur l'incapacité de réaliser de grands projets au Québec.

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Cette fois-ci, on n'a pas couru de risque. L'annonce officielle que la société d'État se lançait dans le jeu en ligne a placé tout le monde devant un fait accompli. Dans les bureaux de Loto-Québec, on a du bien rigoler au spectacle de la mine déconfite du directeur de la Santé publique, le Dr Richard Lessard, qui s'est dit «extrêmement surpris». Très amusant.

M. Cousineau aurait au moins pu nous épargner la désagréable impression d'être pris pour des valises. L'entendre déclarer à Céline Galipeau que le profit n'était pas l'objectif premier de l'opération était une véritable insulte à l'intelligence.

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, n'a pas semblé plus gêné d'expliquer qu'un comité d'experts sera formé pour examiner les impacts de la décision du gouvernement... maintenant qu'elle est prise.

«Québec met ses culottes», s'est réjoui dans La Presse l'ancien p.-d.g. de la société d'État, Gaétan Frigon, qui a dit lever son chapeau à M. Bachand. Même s'il s'agit d'une décision «légitime et justifiable tant du point de vue économique que social», il y aura inévitablement des critiques, écrit-il. Il était donc inutile d'en débattre.

Comme tout le monde, M. Frigon a droit à son opinion, mais il met la charrue devant les boeufs. C'est précisément de ce caractère «légitime et justifiable» qu'il aurait fallu discuter d'abord.

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Passe encore que le ministre des Finances pense d'abord à accroître les revenus de l'État. Ces temps-ci, M. Bachand doit explorer tous les moyens pour retrouver l'équilibre budgétaire. Il est cependant navrant que le ministre de la Santé se prête à cette mascarade en présidant le comité d'experts.

En 2006, le caucus libéral jouait encore son rôle. Les députés se faisaient les porte-parole de leurs électeurs. Étonnant, n'est-ce pas? La députée de Saint-Henri-Sainte-Anne, Nicole Loiselle, qui n'était pas du genre à chercher des poux à son gouvernement, mais qui se préoccupait du bien-être de ses commettants, s'était opposée au déménagement du casino.

Cette fois-ci, on n'a pas entendu un seul député libéral simplement s'interroger sur l'à-propos d'autoriser Loto-Québec à exploiter le jeu en ligne. Sans déchirer leur chemise, cela aurait pu leur inspirer quelques questions.

Il est vrai que M. Charest a clairement montré ce qu'il peut en coûter de lui mettre des bâtons dans les roues. Tour à tour, Yves Séguin et Thomas Mulcair, qui étaient pourtant deux des ministres les plus populaires, se sont fait montrer la porte. Par la suite, il a laissé Philippe Couillard moisir à la Santé jusqu'à ce qu'il décide de quitter la politique.

Aujourd'hui, le caucus libéral est devenu une sorte de fan-club du premier ministre. La ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, à qui il faut reconnaître une certaine imagination, l'a récemment comparé à James Bond. L'an dernier, son collègue de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, avait déclaré qu'avec Jean Charest, les libéraux avaient «changé le monde». Rien de moins.

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