Le vice caché

Il est troublant de penser que, dans l'esprit du premier ministre Charest et de Jean D'Amour, il suffit qu'un député reconnu coupable d'avoir violé la loi paie l'amende pour clore le dossier. Une telle désinvolture est presque une invitation à la délinquance.

Selon le whip du gouvernement, Pierre Moreau, les électeurs de Rivière-du-Loup ont absous M. D'Amour en l'élisant député en juin dernier, alors qu'il faisait déjà l'objet d'une enquête du Commissaire au lobbyisme.

Plusieurs ont souligné que les conclusions de cette enquête n'étaient pas encore connues au moment de l'élection. Il y a cependant plus: jusqu'à mardi, M. D'Amour avait toujours nié avoir exercé des activités de lobbyisme pour le compte de la firme de génie-conseil BPR moins de deux ans après avoir quitté la mairie, ce qui est interdit. Les électeurs de Rivière-du-Loup ont cru en sa parole.

Il est inexact de dire que «ces faits-là étaient connus avant l'élection», comme M. Charest l'a prétendu hier. Quand Le Devoir a révélé l'affaire en avril 2009, M. D'Amour avait plaidé sans rire qu'il n'était pas un lobbyiste, mais plutôt un «vendeur». C'est sans doute cette contorsion sémantique que M. Charest avait à l'esprit en parlant de sa «bonne foi». Il y a des limites à se payer la tête des gens. Il y avait un vice caché dans la maison.

Même dans l'hypothèse improbable où il n'aurait pas pris la peine de s'informer des dispositions de la loi avant de commettre cette infraction en février 2009, sans parler de celles qui n'auraient pas été retenues en raison de la prescription d'un an, il a eu tout le loisir de le faire quand le Commissaire au lobbyisme s'est saisi du dossier. S'il était de bonne foi, pourquoi n'a-t-il pas fait son mea-culpa avant l'élection, sinon parce qu'il craignait de compromettre ses chances de la remporter?

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Qui peut sérieusement croire que le bureau du premier ministre, qui a la main haute sur le choix des candidats, n'a pas pris la peine de tirer l'affaire au clair avant de donner le feu vert à M. D'Amour, qui était au surplus le président du PLQ?

Si le Commissaire au lobbyisme a estimé que la loi avait été violée et qu'il fallait transmettre le dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales, il serait étonnant que les conseillers juridiques du gouvernement en soient arrivés à la conclusion qu'il n'y avait aucun problème.

L'occasion de s'emparer de l'ancien fief de Rivière-du-Loup, que la plupart des observateurs concédaient au PQ, était cependant trop belle pour s'embarrasser de scrupules. Il serait toujours temps d'aviser par la suite.

Le PQ n'est pas allé aussi loin que le chef de l'ADQ, Gérald Deltell, qui a réclamé son «départ immédiat». En réalité, une deuxième exclusion du caucus libéral, comme l'a demandé Agnès Maltais, signifierait presque aussi sûrement la fin de sa carrière politique. Même si M. D'Amour est devenu un boulet pour les libéraux, M. Charest ne s'y résoudra pas.

Depuis qu'il est premier ministre, il a démontré une très grande élasticité sur les questions d'éthique. Pierre Corbeil a été réintégré au conseil des ministres après avoir clairement violé les directives sur l'après-mandat. Philippe Couillard a pu se négocier un emploi dans un fonds d'investissement privé en santé pendant il était encore ministre. C'est seulement quand la pression est devenu intenable que M. Charest s'est résigné à renvoyer David Whissell, qui avait des intérêts dans une compagnie d'asphaltage qui bénéficiait de contrats du ministère des Transports.

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Sa tolérance pour les frasques de celui qu'il appelle son «ami» Jean D'Amour est tout aussi remarquable. Les enquêteurs de l'opération Marteau n'ont rien retenu contre M. D'Amour, qui avait remis à son successeur à la mairie de Rivière-du-Loup, Michel Morin, une enveloppe brune contenant 500 $ de la part d'un entrepreneur qui voulait contribuer à sa campagne. Sur le plan de l'éthique, la démarche était cependant très douteuse. Si M. D'Amour avait la conscience tranquille, pourquoi avoir reproché à M. Morin d'avoir ébruité l'affaire?

Le seul moyen de savoir si les électeurs de Rivière-du-Loup lui ont vraiment donné l'absolution serait qu'il démissionne de son siège et soit candidat à une nouvelle élection, comme l'avait fait Sheila Copps en 1996 pour se faire pardonner le manquement à la promesse d'éliminer la TPS.

Mme Copps était cependant une des vedettes du cabinet Chrétien. Après avoir été réélue haut la main dans sa forteresse de Hamilton-Centre, elle avait immédiatement repris ses fonctions de ministre du Patrimoine et de vice-première ministre.

La situation de M. D'Amour est bien différente. Il avait accompli du bon travail durant ses huit années à la mairie et ses électeurs avaient toutes les raisons de croire qu'ils envoyaient un futur ministre à Québec. Aujourd'hui, M. D'Amour semble plutôt destiné à une carrière sans éclat sur les banquettes arrière de l'Assemblée nationale. C'est nettement moins attrayant.

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mdavid@ledevoir.com
15 commentaires
  • Jean-François Trottier - Inscrit 4 février 2010 01 h 44

    Je ne parierais pas un petit deux sur la conclusion

    "Aujourd'hui, M. D'Amour semble plutôt destiné à une carrière sans éclat sur les banquettes arrière de l'Assemblée nationale."
    Rien n'est moins sûr. Après tout, c'est un scandale mineur. Il n'y a pas eu de mort, les dommages ne sont pas apparents... En plus, le gars est connu, c'est une figure sympathique dans son patelin. La population ne s'émeuvra pas. Après tout, Jean Charest lui-même ne devait-il pas être politiquement mort après avoir téléphoné à un juge en pleine cour? Quelques mois sur les banquettes arrière et hop! il redevenait ministre.
    Bref, M. D'amour passera peut-être par un petit purgatoire, mais sa carrière me semble loin d'être terminée. Et, question de faire rire de nous big time, peut-être finira-t-il par devenir ministre des affaires municipales.
    Après tout, il a l'air de savoir comment ça fonctionne...

  • Normand Carrier - Inscrit 4 février 2010 06 h 59

    Très troublant de la part du gardien des valeurs éthiques.....

    Quant Jean Charest affirme que Jean D'Amour n'a pas <sciemment> contrevenu a la loi ! Pour lui c'était comme une distraction qui a perduré plus de six mois ....Jean D'Amour lui plaide qu'il ne connaissait pas la loi qui était en vigueur depuis 2002 et que monsieur D'Amour était président du PLQ et ancien maire de Rivière-du-Loup ! Si l'on ajoute la distraction d'avoir conduit en état d'ébriété et la distraction d'avoir usurpé le titre d'ingénieur et distribué ses cartes d'affaire avec ing. sans s'en apercevoir mais cela c'était la faute d'une secrétaire .....
    Cette situation est surréelle tellement leurs raisons sont farfelues et rocambolesques et nous sommes dirigés par des joyeux zoufs qui nous manipulent et qui nous mentent <sciemment> . Jean Charest est le premier ministre depuis Duplessis qui n'a aucune valeur morale et éthique et est près a toutes les bassesses pour plaire aux libéraux et a ses n'amis ....L'exemple qu'il donne incite les contribuables a travailler au noir et a tout faire pour frauder l'état ! Quant il n'y a plus de morale chez les dirigeants , le peuple comprend qu'il doit se servir lui-même dans l'assiette au beurre .... C'est un bien triste spectacle donné par Jean Charest et triste pour la démocratie ........

  • jacques noel - Inscrit 4 février 2010 07 h 29

    Le pire gouvernement de l'Histoire du Québec?


    .Le scandale Claude Mailhotte et de sa prime de départ
    .Le scandale du sénateur Massicotte et des hyppodromes
    .Le scandale de Ann Dowsett Johnston. Embauchée au poste de vice-principale à McGill en février 2006. Elle a quitté cette fonction en septembre 2007 avec la cagnotte.
    .Le scandale de la Caisse, le scandale du siècle, des perte de 26% plutot que de 16%. 15 milliards de perdus par mauvaise administration
    .Le scandale de Henri-Paul Rousseau, 378,750 avant de quitter pour Power
    .Le fiasco fiasco immobilier de l'UQAM, Roch Denis et Mauro Malservisi, ont quant à eux touché 173 000$ et 153 000$.
    .le scandale du CH. 250,000$ pour du matériel scolaire (l'attachée de presse du CH était une copine de la ministre)
    -le scandale de son ami Parizella à New York
    -L'affaire D'Amour. D'Amour était entré à l'emploi de BPR moins de trois mois après avoir quitté la mairie.
    Et chaud au volant pendant la campagne électorale alors qu'il était DG du PLQ et qu'on nous a caché
    --Le scandale du fonds d'intervention économique régionale, le FIER-Boréal 02 du Saguenay-Lac-Saint-Jean
    -le scandale des garderies (des places aux petits amis ritals qui subventionnent le parti)

  • Bernard Gervais - Inscrit 4 février 2010 09 h 05

    Le fameux code d'éthique des libéraux

    Maintes fois réclamé par les partis d'opposition (notamment par la députée Agnès Maltais), le gouvernement de Jean Charest avait promis, après sa réélection du 8 décembre 2008, d'adopter un code d'éthique pour tous les membres de l'Assemblée nationale.

    Cependant, en le voyant se porter à la défense de son député D'Amour, malgré tous les écarts de conduite de celui-ci, on voit bien qu'une telle promesse est encore loin d'être une priorité pour M. Charest !

  • epervier - Inscrit 4 février 2010 10 h 29

    Pauvre Monsieur Charest!

    Pauvre Monsieur Charest et son gouvernement boiteux!
    Une autre preuve de son aveuglement face à son équipe
    misérable, misérabilisme. Tout est permis quand nous sommes
    une majorité. La démocratie en prend une claque cinglante.

    Pauvre Monsieur Charest, j'ai une grande pitié pour vous!!!

    André Labrosse