La méprise du sénateur Boisvenu - Que gagneront les victimes à la prison que l'on propose ?

Le nouveau sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu
Photo: Le Devoir Le nouveau sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu

Victime inconsolable du meurtre de sa fille, Pierre-Hugues Boisvenu aura succombé à l'exploitation par Stephen Harper de l'insécurité et de l'ignorance en matière criminelle. La campagne que menait ce Québécois en faveur des familles de personnes assassinées ou disparues n'a pu obtenir plus de considération pour ces autres victimes. Par contre, son mouvement vient d'être récupéré par un cabinet plus habile à profiter de la détresse des gens qu'à leur porter secours.

Ce sénateur s'est donné pour mission d'obtenir non pas d'abord un nouveau sénat, mais un durcissement de la loi en matière criminelle. Certes, il n'entend ni s'enrichir à Ottawa ni s'accrocher à un tel poste, son détachement étant donc admirable, tout comme l'entraide des membres de son association. Mais la conception qu'il affiche de la violence, loin de valoir plus d'aide et de réconfort aux victimes, risque d'accréditer une solution illusoire et d'ajouter aux échecs de la justice.

Des criminologues, il est vrai, rappellent que la criminalité n'a cessé de baisser au Canada — comme aux États-Unis, du reste, où peine de mort et incarcération n'ont pas éliminé la violence. Toutefois, malgré une statistique rassurante, des crimes violents et parfois gratuits impliquant des jeunes ont fortement ému le public. Même le précédent cabinet libéral, le NPD et le Bloc ont parfois cédé au mirage du «law and order».

Mais Stephen Harper est plus cynique. Non seulement ne fait-il pas grand-chose pour les victimes, mais il s'affiche abusivement comme leur seul défenseur. Il prétend que les libéraux sont complaisants à l'égard du crime. Et il répète que ses projets de loi à ce sujet ont été bloqués par un Sénat libéral. Or, des projets qui s'y sont rendus ont été adoptés. D'autres sont «morts au feuilleton» quand lui-même a déclenché une élection puis, récemment, prorogé la Chambre.

Victimes et criminels

À l'occasion des récentes nominations, Stephen Harper a réitéré que son gouvernement est sérieux en se montrant très ferme à l'égard du crime. Dès le début, il en a fait, dit-il, «l'une de ses plus hautes priorités». Mais le sénateur Boisvenu rajoute une strophe de son cru à ce refrain. Il va défendre, dit-il, les droits des victimes et non les droits des criminels. Que les victimes soient négligées au pays, cela ne fait guère de doute. Mais qu'un sénateur méprise les criminels n'est pas moins triste, ni dangereux.

Tout le drame des victimes tient dans cette conception anachronique du crime et de sa réparation. Il ne faudrait plus laisser les récidivistes de l'alcool au volant faire de nouvelles victimes; mais aucun traitement approprié à leur maladie n'est prioritaire auprès des autorités. Condamner des ados à de longues peines de prison ne va pas, non plus, détecter à temps ces cas de déviance qui risquent d'aboutir à des comportements violents.

La politique conservatrice pourra enfermer plus de gens dans plus de prisons, elle ne va pas empêcher que d'autres crimes fassent d'autres victimes, si les «bombes ambulantes» ne sont pas désamorcées en temps utile. Encore récemment, l'ombudsman des pénitenciers s'est élevé contre la détention «correctionnelle» de gens dont la condition mentale ne reçoit aucun soin. Même la maladie mentale est à nouveau tenue pour un comportement dangereux. Faut-il se surprendre que toute une population, y compris au Québec, revienne à la peine de mort?

L'exécution d'une personne, ainsi qu'on le voit aux États-Unis, ou sa réclusion quasi permanente, comme d'aucuns la réclament au Canada, peut rassurer la société et donner aux victimes un soulagement psychologique. Mais ces mesures apportent une sécurité illusoire, et pour les survivants d'agression, un remède de bien courte durée. Il est des blessures, en effet, que le temps ne guérit pas. Le pardon que l'on accorde à autrui ou à soi-même est peut-être rare, mais il est sans doute irremplaçable.

Tant que, faute de prévention ou de traitement, des psychopathes ou d'autres déséquilibrés agresseront ou ruineront des gens sans autre défense, la détention forcée restera un mal nécessaire. Mais elle ne saurait tenir lieu de politiques de santé et de sécurité, réformes que des politiciens insensibles ou cyniques tardent à instaurer. Entre-temps, il est vrai, les tribunaux ont appris à entendre les victimes. Mais, si sympathique soit-elle, une victime n'est pas nécessairement compétente pour conseiller le Parlement.

La colère, dit-on, est mauvaise conseillère. Le ressentiment aussi. Encore aujourd'hui, des sociétés entières s'abîment dans des représailles. Le Canada prétend échapper à ces cultures qui prisent la vengeance. Hélas, le mépris que l'on trouve encore ici à l'égard des autochtones, scandaleusement surreprésentés dans les prisons du pays, ou ces campagnes qui reviennent contre des minorités vulnérables, n'ont rien de rassurant. Un gouvernement brutal n'a pas besoin d'un Sénat à sa ressemblance, mais d'un Sénat libre de bassesses partisanes.

Le sénateur Boisvenu se dit favorable à une rénovation «de fond en comble» de cette institution. Peut-être gagnera-t-il à en lire d'abord certains des rapports de recherche, que l'on ne brandit guère à la veille d'une élection, mais qui comptent parmi les plus sensés en politique publique, notamment en matière de santé mentale. Même les autres conservateurs devraient aussi s'instruire du programme de santé mentale que Michael Ignatieff, le chef libéral, s'apprête à proposer au pays.

Aucun parti politique ne se fait scrupule de miser sur les appréhensions des électeurs. Mais ne devrait-il pas y avoir une limite à se complaire dans l'ignorance?

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redaction@ledevoir.com

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.
15 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 1 février 2010 01 h 37

    Délicate mise au point

    Tout en respectant la douleur de . M.Boisvenu, vous avez aidé à comprendre que le programme de réhabilitation des jeunes contrevenants du Québec doit être respecté et supporté. C'est la solution pour l'individu et pour la société.

  • Marc Lapointe - Inscrit 1 février 2010 03 h 06

    La victime transformée en bourreau?

    On comprend très bien tout le chagrin qui habite M. Boisvenu. On comprend aussi ses prises de position vis à vis les victimes de crimes du genre commis sur sa fille. M. Boisvenu est une victime qui devient bourreau en acceptant le poste de sénateur qui fait de lui un partisan de M. Harper qui prône la ligne dure sur le sort des criminels. M. Boisvenu vient de faire preuve de son ignorance en matière de criminalité La loi du alion n'est pas une solution. Sur ce point, il devrait aller visionner et méditer le film "Les 7 jours du talion".

  • jacques noel - Inscrit 1 février 2010 07 h 43

    Les victimes pensent différemment que sur le Plateau

    Écoutez-vous TVA parfois? Chaque soir, on nous montre les familles qui suivent le procès de celui qui a tué un membre de leur famille. Chaque fois, ils sont déçus du jugement. TOUJOURS

    Je n'ai pas encore vu une seule famille heureuse de voir que le chauffard, sou à Point 22, arrêté pour la 14e fois, et qui a finalement tué leur fils, s'en sortir avec 2 ans à peine de prison. Et libéré après un tiers

  • Carole Dionne - Inscrite 1 février 2010 08 h 16

    PAS DE PRISON POUR PERSONNE

    AUCUNE SENTENCE DE PRISON POUR PERSONNE. SEULEMENT DE LA RÉHABILITATION. MOI, JE VEUX PASSER POUR UN INTELLECTUEL. JE SUIS TANNÉ QUE L'ON ME TRAITE DE VULGAIRE, QUE DIRE DE CANNIBAL PARCE QUE JE VOULAIS QUE LES CRIMINELS FASSENT DE LA PRISON.


    LA DIFFÉRENCE ENTRE 17 ANS ET 364 JOURS ET 18 ANS: ÉNORME

  • Daniel Vézina - Inscrit 1 février 2010 09 h 05

    Encore une vision de la gauche que cet article...

    Je suis entièrement d'accord avec M. Noel, on dirait que les victimes et leur famille ne sont absolument pas présent. Tout ce que l'on entend de la gauche, c'est leur foutue "réhabilitation" des criminels...

    C'est un ridicule consommé que d'encore prétendre que notre société est juste et équitable. C'est faux, les victimes sont victimes jusqu'au bout, le système est la pour soutenir les criminels, totalement l'inverse de ce qui devrait être...