Pourrions-nous manger mieux et consommer localement?

La pizza est un des plats les plus consommés au monde, mais sa qualité et sa composition varient énormément.
Photo: Agence Reuters Eric Gaillard La pizza est un des plats les plus consommés au monde, mais sa qualité et sa composition varient énormément.

Les messages de «bonne consommation» ne cessent d'affluer de toutes parts, mais ils ont peu d'impact sur les multinationales de la «malbouffe». Ils n'ont pas non plus d'influence sur une certaine société dépendante du fast-food et qui paye cher de sa santé en mangeant des gras trans souvent déguisés en salades César bourrées de faux bacon, de sucre et de saveurs le plus souvent artificielles.

Ce n'est rien non plus pour empêcher les parents pressés de récompenser les «enfants sages» par une sortie dans un de ces restaurants. Tous n'ont pas les mêmes priorités en ce qui concerne l'alimentation, explique le réputé docteur Gilles Julien, spécialiste de la pédiatrie sociale dans les quartiers Côte-des-Neiges et Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Consommer localement est dans l'air du temps, mais en réalité, cette idée est loin des grands réseaux alimentaires, qui négocient les prix hors frontières pour des achats groupés, avec des escomptes de volume.

Devrions-nous posséder une chaîne d'alimentation locale vouée entièrement aux produits du Québec et du Canada, et qui afficherait clairement à la vue de tous la provenance de ceux-ci? À quand un étiquetage de nos produits qui mettrait en avant les petits producteurs sérieux?


Les PPPPP


On les appelle les PPPPP, pour «pâtes, pizzas, patates, poulet et poutine». Chez les nutritionnistes, ces aliments ont mauvaise presse; pourtant, ils peuvent parfois être bénéfiques pour la santé, bons et parfaitement louables. Tout dépend de la façon dont ils sont cuisinés. Prenons par exemple la pomme de terre. Le problème n'est pas de manger des frites, mais la fréquence à laquelle on en mange, la qualité de l'huile de cuisson utilisée et, surtout, ce que l'on sert avec elles (mayonnaise, ketchup, etc.). Une pomme de terre cuite au four donnera l'impression d'être moins grasse qu'une portion équivalente de pommes de terre frites. Rien n'est moins sûr si vous ajoutez de la crème sûre, du beurre ou un autre corps gras. Le problème n'a alors plus rien à voir avec le féculent malmené.

C'est la même chose pour la pizza, un des plats les plus consommés au monde, dont la qualité et la composition varient énormément. À la base: une simple pâte à pain constituée de farine et d'eau, de levure et de sel, à laquelle on ajoute, avant de la cuire, une très bonne sauce tomate. Un bel équilibre, très santé, qui a basculé dans le monde de la restauration rapide, lequel s'est emparé du plat en le modifiant. Du coup, on a pu découvrir des doubles ou triples pâtes farcies, des garnitures riches en gras trans, avec souvent du sel et du sucre en prime dans la composition de l'ensemble.

Contrairement aux idées reçues, bien manger n'est pas essentiellement une question de moyens. Savoir choisir au bon moment les aliments, quand ils sont accessibles et de saison, savoir les conserver et les apprêter, cela devient un art que bon nombre de familles modernes ont occulté de leurs pratiques pour parer au plus pressé. Cette nouvelle façon de vivre a évidemment favorisé l'implantation du «prêt-à-manger», tout en changeant dans bien des familles le temps du repas.


Consommer de tout


Nous sommes des omnivores qui, pour conserver leur équilibre, devraient consommer de tout. Le poisson, source de protéines extraordinaire, est devenu une denrée rare, extrêmement chère, que tente de pallier l'aquaculture. L'offre alimentaire est immense, rendue tellement complexe que le consommateur découvre chaque jour de nouveaux produits, de nouvelles façons de s'alimenter, en oubliant l'essentiel: manger doit aussi être un geste de plaisir.

En Asie, pays jusqu'à présent préservé du fast-food et de la malbouffe, certaines chaînes de restauration rapide, comme PFK, ont très vite compris la ressemblance culinaire qui existe avec certaines préparations du modèle chinois.

Pour McDonald's et Coca-Cola, qui maximisent aussi leurs implantations, on vise la jeunesse et on mise sur la facilité et le modernisme alimentaire, le modèle américain; on attire les enfants et les ados en offrant des cadeaux, et on joue les anniversaires dans les familles.

Des acteurs influents comme le docteur Gilles Julien favorisent un retour aux repas en famille, des moments, selon le pédiatre, indispensables au rapprochement du clan, aux échanges et au partage, dont les familles ont bien besoin. Le modèle parfait n'existe pas, il faut le créer, ou le réinventer.

Consommer de façon locale, oui, certes, mais que faisons-nous du modèle qui dit d'aider notre prochain, nos voisins, souvent issus des pays du Tiers-Monde, et pour qui l'aliment exporté demeure la seule source de revenu? Un modèle qui fait vivre aussi de nombreuses familles qui rêvent au modèle nord-américain.

***

La recette de la semaine

Pain bagnat au thon

Pour quatre petits pains


- 4 pains ronds ou longs

- 1 boîte de thon au naturel 125 g

- 1 poivron jaune grillé

- 2 oeufs durs

- 8 anchois

- 1 gousse d'ail

- 4 feuilles de salade ou de roquette

- 60 ml d'huile d'olive

- 1 tomate coupée en tranches

- Sel et poivre au goût


Égoutter le thon et couper les oeufs en quartiers. Ouvrir les pains et les frotter à l'ail. Imbiber d'huile d'olive l'intérieur des pains. Ajouter les légumes, la salade, le thon, les anchois ainsi que les oeufs. Finir avec les feuilles de salade et assaisonner. Presser le pain et découper en deux dans la largeur.

Il est possible d'ajouter du fenouil, des olives, des haricots verts, et même des pommes de terre déjà cuites.

***

À table et découvertes

Brunch nordique au Hilton de Montréal

De novembre à avril, l'hôtel Hilton propose tous les dimanches, sur réservation, d'associer le brunch et la baignade dans une eau chauffée à 29 °C. Poissons fumés, vin chaud, spécialités gourmandes, comme des pleurotes grillés, du bison et, pour terminer, la fameuse omelette norvégienne.

n Pour renseignements:

hôtel Hilton, 514 878-2992.


Nouveau chef chez Laloux

Le restaurant Laloux a enfin trouvé un chef à demeure?

Après le départ d'Éric Gonzalez vers d'autres défis, c'est à Seth Gabrielse, ancien de Susur Lee à Toronto, James McGuire au Passe-Partout et Racha Bassoul (Anise), tous deux de Montréal, que reviennent les cuisines de l'établissement. Une excellente nouvelle qui rassure les gourmets.

***

Biblioscopie

60 menus plaisirs

Elle à table

Éditions Glénat

Belgique, 2009, 60 pages

Des recettes infaillibles, des photos claires et joliment descriptives, et le tout réalisable dans un temps restreint à coût moyen. Quoi de mieux qu'un tel ouvrage adapté aux temps modernes et qui saura fort bien combler les gourmets en général? Un livre sans surprises, qui peut néanmoins en causer à vos invités.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.