À bas la spéculation!

Barack Obama, le président des États-Unis, entend mater la spéculation que font les banques et les institutions financières sur les divers marchés financiers.

Les banques américaines, il les a dans son collimateur depuis qu'elles ont, par leur turpitude, presque fait basculer l'économie occidentale dans une véritable dépression. Plus de deux ans après le début de la crise financière, les États-Unis peinent encore à s'extirper de la présente récession en dépit des milliards de dollars consentis pour stimuler l'économie et pour soutenir le marché des valeurs (afin de sauver les grandes banques).

La spéculation ne crée pas de richesse. Ce qu'un investisseur empoche en spéculant sur les marchés, un autre investisseur le perd. Il ne résulte de tout ce processus aucun effet de richesse global. Le seul effet de richesse va pour les banques et institutions qui, en nourrissant la spéculation, multiplient les volumes de transactions et, du coup, en tirent de généreuses commissions. Ces commissions ne font somme toute que déplacer une partie de la masse monétaire disponible sur les marchés financiers vers les banques et leurs cadres qui s'octroient des primes scandaleuses.

La spéculation n'apporte rien de bon à une économie, à un pays. Car la véritable richesse d'un pays et de son marché boursier vient de la capacité des entreprises à produire plus et plus efficacement. Ce faisant, les entreprises réalisent plus de profit, elles versent des dividendes plus élevés qui seront réinvestis dans le marché boursier ou encore dépensés dans l'économie par les actionnaires et, surtout, elles créent des emplois, haussant ainsi le revenu disponible de toute la population. Tel est le véritable effet de richesse.

La spéculation poussée à l'extrême peut aussi carrément faire dérailler l'économie. Elle accroît la volatilité des marchés. Elle fait ainsi passer en un rien de temps le prix du baril de pétrole de 30 $US à 150 $US puis à moins de 50 $US. Ce faisant, elle rend presque impossible la planification à long terme, les entreprises ne sachant plus sur quel pied danser. Ces dernières hésitent alors à engager les dizaines de milliards de dollars requis pour développer de nouveaux gisements. La spéculation enraye carrément le processus de décision et empêche l'économie de progresser. Elle contribue aussi à accroître indûment les coûts de fonctionnement de tout un pays.

Barack Obama a bien raison de vouloir mater la spéculation ainsi que les grandes banques et institutions qui l'encouragent. Il sait tout le tort que peut causer la spéculation excessive à un pays. Un autre le sait également. Cet autre s'appelle Paul Volker, un ex-président de la Réserve fédérale. Ce géant de six pieds et sept pouces fut celui qui, en 1981, a mis fin à la spéculation et à l'inflation en poussant les taux d'intérêt à 18 % et plus. Les menaces de mort prononcées à son endroit et celles de faire sauter sa banque centrale ne l'ont pas fait reculer. C'est d'une main de fer qu'il a maté l'inflation. Depuis ce temps, les taux d'intérêt ont presque sans cesse reculé jusqu'à atteindre aujourd'hui 0,25 % (le taux directeur de la banque centrale). Cette fois-ci, ce n'est plus l'inflation qu'il faut combattre, mais bien les risques de défaillance de tout le système financier.

Et c'est en agissant à titre de conseiller de Barack Obama que Volker pourrait bien intervenir une fois de plus très fermement. Il y a un peu plus de deux semaines, Barack Obama a frappé un premier coup en décrétant une taxe spéciale de 0,15 % sur le capital que devront payer les banques pour renflouer les coffres de l'État. Les banques retourneront ainsi au gouvernement 90 milliards $US environ sur dix ans. Simultanément, la commission mise sur pied pour étudier le marché financier portant sur le secteur énergétique propose de limiter le nombre de contrats à terme que pourront détenir les grandes institutions à titre purement spéculatif. Une telle mesure calmera grandement le jeu dans le marché des contrats à terme portant sur le pétrole, le gaz naturel, le mazout et l'essence.

Enfin, la semaine dernière, Barack Obama y est allé d'une autre envolée en annonçant son intention de limiter la taille des grandes banques en leur interdisant de prendre des positions sur les divers marchés pour leur propre compte plutôt que pour celui de leurs clients. Il entend également leur interdire de posséder (même sous forme de participation) du capital des fonds de contreparties (hedge funds) et autres organismes destinés à spéculer sur les marchés.

Les banquiers n'ont pas tardé à manifester leur mécontentement devant ces mesures restrictives. Des mesures qui les empêcheront, disent-ils, de gérer adéquatement le risque intrinsèque de leurs divers portefeuilles. Balivernes! Leur modèle de gestion du risque est totalement à revoir lorsque l'on sait que les grandes banques américaines ont dû recourir in extremis à l'aide gouvernementale pour sauver leur peau. Oui, Barack Obama se doit de mater la spéculation.

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3 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 26 janvier 2010 06 h 43

    C'est qu'il y a spéculation et spéculation

    Ceux qu'Obama affronte ici sont payés grassement pour cultiver une spéculation qui, en fait, leur échappe et est plus forte qu'eux. Il y a, en effet, spéculation et spéculation…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/08/15/la-spec

    Choisissez votre sac de nœuds… Ces faux experts y peuvent bien peu.
    Paul Laurendeau

  • Maco - Abonné 26 janvier 2010 08 h 05

    Comme ...

    Les achats à coup de milliards que font les entreprises de leurs concurrents. Cela, ne créer pas de richesses. Cela ne sert qu'à créer des monopoles.

  • Françoise Breault - Abonnée 26 janvier 2010 16 h 39

    A quand la taxe sur les transcactions financières spéculatives?

    Il n'y aurait pas meilleur moyen pour combattre à la fois la spéculation et renflouer les coffres du gouvernement et donc d'assurer des services publics universels de qualité