L'étiquetage obligatoire des OGM ou la quadrature du cercle

À ce jour, les principales plantes transgéniques commercialisées à travers le monde, et donc censées finir sur les tablettes des épiceries, sont le maïs (photo), le canola et le soya.
Photo: Agence France-Presse (photo) Khaled Desouki À ce jour, les principales plantes transgéniques commercialisées à travers le monde, et donc censées finir sur les tablettes des épiceries, sont le maïs (photo), le canola et le soya.

Le débat vient-il d'être relancé? En rendant public cette semaine son tout premier portrait de l'incidence des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans le panier d'épicerie des ménages québécois, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) a du coup ramené à la vie une épineuse question: pour permettre aux consommateurs de s'y retrouver, le gouvernement devrait-il une bonne fois pour toutes imposer l'étiquetage obligatoire des OGM? Histoire d'aider les consommateurs à déceler dans les Provigo, Métro ou IGA près de chez eux les quelques produits transgéniques qui s'y trouvent...

Greenpeace, qui depuis plus de 10 ans a mis cet enjeu dans son fonds de commerce, en est une nouvelle fois persuadé. Les gardiens de la paix verte n'ont d'ailleurs pas manqué l'occasion de relancer cette semaine leur campagne pro-étiquetage qui, pourtant, depuis quelques mois, donne des signes évidents d'essoufflement.

Mais si l'étude commandée par Québec pour guider sa réflexion sur le sujet vient, en 36 échantillons et quelques révélations troublantes, apporter de l'eau au moulin des pourfendeurs de la biotechnologie alimentaire, elle confirme aussi au passage un drame pour eux: au-delà des bonnes intentions et de l'appel à la transparence, l'étiquetage obligatoire des OGM s'avère de plus en plus un beau principe qui relève de la quadrature du cercle. Et le portrait livré cette semaine en a donné une autre preuve édifiante.

On résume: les organismes génétiquement modifiés se trouvent bel et bien dans l'assiette des consommateurs. En passant au crible des aliments populaires (pain blanc, biscuits, craquelins, saucisses fumées, maïs en conserve, huile de canola...), l'équipe de scientifiques de l'Université Laval, pilotée par le phytologue Dominique Michaud, en a découvert dans 55 % des produits testés, et ce, à l'état de traces non quantifiables dans la plupart d'entre eux.

Dans leur panier, trois produits, des barres tendres, de la farine de maïs et des gâteaux emballés, avaient dans leurs ingrédients des transgènes dans des quantités très élevées: entre 13 % et 33 % pour les barres et les gâteaux, Entre 83 % et 92 % pour la farine de maïs. Ce qui est appréciable.

Pour mener à bien leur étude, les scientifiques ont placé sous leur microscope les aliments les plus susceptibles de contenir des OGM, soit les produits transformés à base de maïs, de canola et de soya. Ils ont également ajouté, à la demande de Québec, des papayes fraîches et transformées, en conserve et en jus, ainsi que des tomates en conserve et sous forme de pâte.

Pause technique: pourquoi cette sélection? C'est que, contrairement à la croyance populaire, la présence des OGM est finalement très limitée dans le spectre végétal dans lequel on puise pour notre alimentation. À ce jour, les principales plantes transgéniques commercialisées à travers le monde — et donc censées finir sur les tablettes des épiceries — sont le maïs, le canola et le soya.

La papaye? Elle l'est uniquement lorsqu'importée d'Hawaii. Quant à la tomate, elle a fait son apparition dans cette version en Grande-Bretagne, au milieu des années 90, mais a rapidement disparu de l'écran-radar des consommateurs, qui n'ont pas vraiment aimé son goût. Depuis l'an dernier, toutefois, la Chine a décidé d'en remettre en terre. Mais il s'agit d'une autre espèce que celle à l'origine du fiasco britannique.


Une présence nuancée

Les résultats obtenus par l'équipe de M. Michaud sont intéressants, mais ils sont aussi à mettre en perspective: si plus de la moitié des produits testés ont révélé des traces, ou plus, d'OGM, l'étude ne permet pas d'établir que plus de 50 % du panier d'épicerie du Québec est exposé aux fruits de la biotechnologie, tempèrent les auteurs.

La preuve? Dans un panier d'épicerie, on retrouve aussi de la viande — qui n'est pas génétiquement modifiée —, des fruits et légumes — qui, en dehors de la tomate et de la papaye, ne peuvent pas l'être non plus —, ainsi que des produits laitiers, des noix et d'autres représentants comestibles de pans de l'alimentation épargnés pour le moment par le génie génétique. Et dans ce contexte, ils estiment finalement entre 9 et 10 % la part transgénique de la nourriture. C'est peu, ou beaucoup, selon les points de vue.

L'analyse en laboratoire, par la technique dite du PCR en temps réel, l'outil de mesure le plus précis sur le marché pour traquer les OGM, a également mis en lumière une autre réalité: dans cinq cas précis, les céréales de flocons de maïs, la fécule de maïs, le sirop de maïs et les huiles de maïs et de canola, la technologie n'a pas été en mesure de confirmer ou pas la présence d'OGM.

Motif? Les gènes détectables dans l'aliment étaient trop dégradés, comme c'est souvent le cas dans les produits qui ont subi une forte transformation (malaxage, cuisson à haute température...), ou encore pour les huiles, dont le processus de fabrication fait disparaître tous les gènes de la matière première, qu'elle soit génétiquement modifiée ou non.

Le détail peut sembler hautement technique. Mais il vient aussi compliquer l'équation de l'étiquetage obligatoire que les groupes de défense des consommateurs et/ou de l'environnement espèrent résoudre depuis des lunes. Pour cause! Quel sort réserver alors à ces aliments probablement issus d'ingrédients transgéniques mais dont il ne reste aucune trace dans la préparation finale? Pis, le consommateur doit-il craindre la présence d'OGM dans un produit quand il n'en reste plus aucune trace?

La génétique de l'aléatoire

Autre écueil: dans le cadre de cette analyse, l'équipe de M. Michaud a soumis au PCR trois échantillons d'un même produit, provenant de trois lots différents. La procédure vise à donner plus de précision aux résultats, mais elle vient du coup brouiller un peu plus les cartes pour les tenants de l'étiquetage.

C'est que, dans le cas des céréales pour bébés, un des lots a dévoilé des traces d'OGM — le GTS-40-3-2, un soya de Monsanto, pour être précis. Mais les deux autres en étaient totalement exempts. Même chose pour la saucisse fumée pour laquelle un lot contenait des OGM, le deuxième n'en avait pas et le troisième s'est avéré récalcitrant à l'analyse en raison d'une absence de gène à analyser. Le rêve de l'étiquetage se bute donc à une douloureuse réalité analytique.

La parade pourrait toutefois être facile. Pour identifier les transgènes dans un produit, le chemin normal serait finalement de les traquer dans les matières premières, les farines, amidons, les fèves, avant qu'elles ne soient transformées. C'est d'ailleurs l'option préconisée par les groupes de pression qui, depuis des années, revendiquent la création de deux filières d'approvisionnement pour l'industrie agroalimentaire: une conventionnelle et une pour le fruit du génie génétique, avec la traçabilité qui viendrait nécessairement avec.

En mars 2007, Québec a d'ailleurs évalué cette hypothèse en commandant à un chercheur de l'UQAM une étude économique sur le coût d'une telle ségrégation. La réponse, particulièrement bien documentée, était sans ambages. Facture totale: 162 millions de dollars pour mettre en place un tel système, puis 28,5 millions par année pour le tenir en vie. Et ce, pour étiqueter 1 % du maïs, 5,5 % du soya, expliquait alors l'économiste, et finalement entre 8 % et 10 % des produits transformés vendus au Québec, apprenait-on cette semaine.

Depuis son avènement dans les champs, il y a plus de 10 ans, le génie génétique aime se dévoiler dans toute sa complexité. Il soulève aussi plus de questions qu'il ne donne de réponses claires. On craint, par exemple, ses effets délétères sur la santé humaine, mais à ce jour, la listériose — que l'on n'étiquette pas — a finalement fait plus de victimes humaines que les OGM.

Et forcément, on ne pouvait pas s'attendre à ce que le débat sur l'étiquetage obligatoire de la transgénèse se règle aussi facilement avec ce premier portrait de l'incidence des OGM dans nos assiettes. Dommage.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

6 commentaires
  • Amie du Richelieu - Inscrit 23 janvier 2010 07 h 46

    Et les effets à long terme?

    "Dans un panier d'épicerie, on retrouve aussi de la viande — qui n'est pas génétiquement modifiée" vous dites. Peut-être! Mais quelles sont les viandes qui viennent de bêtes engraissées dans des élevages intensifs, nourries de moulées préparées avec du maïs grain GM et du soya GM? Quel sera l'impact sur la santé humaine et animale de se nourrir indirectement de plantes qui peuvent tuer des insectes et tolérer des herbicides? Vous dites que la listériose a fait plus de victimes humaines que les OGM. Comment pouvez-vous être certain que les problèmes d'apprentissage et de comportements, les cancers, les tumeurs, les malformations, la stérilité, les allergies et les problèmes respiratoires ne sont pas directement ou indirectement causés par de la nourriture impropre à la consommation? Les consommateurs sont pris en otages, participants involontaires à une vaste expérience génétique profitant qu'à quelques compagnies de semences et de pesticides. Le pool génétique humain et des écosystèmes qui nous maitiennent en vie sont peut-être contaminés à jamais, et l'on se soucie du prix à payer pour isoler les produits GM. Il est probablement déjà trop tard.

  • Claude Kamps - Inscrit 23 janvier 2010 11 h 37

    Heureusement que dans le passé les progrès techniques

    Heureusement que dans le passé les progrès techniques n'ont pas eu un Greenpeace financé par on ne sait, qui était contre...
    au 9e siècle on avait l'église qui lors de la découverte du zéro par les européens au travers des musulmans, a mit le zéro comme le diable et un péché mortel de l'employer...
    Heureusement les commerçants ont continués à l'employer pour faciliter les calculs

  • Noemie Boulanger-Lapointe - Inscrit 23 janvier 2010 13 h 26

    Contamination génétique

    Vous affirmez que «le phytologue Dominique Michaud, en a découvert dans 55 % des produits testés, et ce, à l'état de traces non quantifiables dans la plupart d'entre eux.» Le ton de cette affirmation porte à croire que le problème est mineur, puisque la plupart des aliments testés ne contenaient que des traces d'OGM. Pourtant ces traces peuvent en dire plus long sur un des problèmes majeurs associés aux cultures génétiquement modifiées, soit la contamination génétique. Plusieurs scénarios possible pour expliquer ces traces: 1) l'usine de fabrication des produits transformés traite dans les mêmes installations les produits GM et ceux qui ne le sont pas; 2) le produit fini ne contient qu'un ingrédient GM et ce, en petite quantité; 3) les ingrédients proviennent de champs en culture traditionnelle où se sont insérés des individus GM 4) les produits issus de la culture traditionnelle sont contaminés par les transgènes des variétés OGM. Dans ce dernier cas, particulièrement bien documenté pour le maïs mexicain, cela signifie une perte nette de diversité génétique et l'appauvrissement des banques de graines. Que l'on retrouve des transgènes sous forme de traces n'est donc pas forcément une bonne chose.

  • Linda Hart - Inscrite 23 janvier 2010 16 h 42

    Le zéro et l'infini ... stupidité

    @Claude Kamps

    Wow, toute une comparaison ! Le zéro et les OGM. Le zéro n'est pas un aliment que je sache et personne ne vous empêche de consommer des OGM tant que vous voulez. Nous aimerions juste que l'on trouve un moyen d'étiqueter les produits qui en contiennent, on le fait en Europe, pourquoi pas ici. Pourquoi ceux qui ne veulent pas consommer d'OGM sont-ils nécessairement des passéistes ? Pourquoi ferions-nous confiance à Monsanto ? Ce n'est pas une question de religion, c'est une question de santé. Le zéro ... il faut vraiment n'avoir rien à dire pour faire des comparaisons aussi farfelues !

  • Guylaine Gelineau - Inscrite 24 janvier 2010 06 h 55

    Mauvaise volonté

    Cet article est un bel exemple de ce qu'est de la mauvaise volonté. L'auteur ici ne veut pas que l'étiquettage obligatoire des OGM passe, c'est clair. Le procédé utilisé: nous dire que la chose est impossible et irréaliste. "Quand on veut on peut"
    et on trouve des solutions. Il y a des gens qui croient en la bonté intrinsèque de la nature et qui désirent la respecter. Ces gens n'éprouvent pas le besoin de voir des apprentis sorciers de la biotechnologie améliorer ce qu'ils ingèrent parce qu'ils ne voient pas en quoi une chose bonne (dans son état naturel) pourraient être améliorée. Ces personnes gardiennes de l'avenir de la planète qui demeurera viable dans la mesure où nous la garderons intacte, telle qu'elle nous fut donnée,
    demandent à être respectées dans leur désir de vivre en harmonie avec la nature à l'état naturel et, par le fait même, avec leur propre corps qui est, rappelons-le, un élément même de cette nature. Nous voulons êtres respectés en n'étant pas forcés d'ingérés à notre insu ce que nous considérons comme des poisons à long terme. Les mutations génétiques ça vous dit quelque chose?