Les romans québécois de l'année

Dany Laferrière a obtenu notamment le Grand Prix du livre de Montréal.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Dany Laferrière a obtenu notamment le Grand Prix du livre de Montréal.

Petit exercice de fin d'année. Fermez les yeux. Pensez romans. Romans québécois parus en 2009. Lequel vous vient à l'esprit en premier?

Il y a des années, comme ça. Où un livre s'impose d'emblée, fait l'unanimité. Cette année, pas moyen de passer à côté de L'Énigme du retour (Boréal), de Dany Laferrière.

Quoi, vous ne l'avez pas encore lu? Vous résistez, vous craignez d'être déçu? Les prix, les honneurs, les commentaires élogieux créent parfois des attentes démesurées, c'est connu.

Difficile d'oublier la consécration en France. D'abord le Médicis. Ensuite le palmarès du magazine Lire, qui élève L'Énigme du retour au rang de meilleur roman français de l'année.

Ce n'est pas rien pour un auteur d'origine haïtienne, qui vit au Québec et qui est allé jusqu'à se dire japonais... Qui a toujours refusé de se laisser enfermer dans une identité, en fait.

Puis, il y a eu le Grand Prix du livre de Montréal, premier prix d'importance reçu par Dany Laferrière au Québec. La manne, quoi. Sans compter qu'il est en lice pour le Prix littéraire des collégiens et le Prix des libraires 2010. Et qu'il sera honoré au printemps par le Grand Prix littéraire international Metropolis bleu pour l'ensemble de son oeuvre.

Mais au-delà du brouhaha médiatique, de la reconnaissance, du momentum, au-delà de tout, y compris de l'auteur lui-même et de ce qu'il en dit, il reste le livre.

Il reste ce retour au pays natal sur les traces du père mort. Il reste cette coulée, entre prose et poésie, entre chronique et carnet. Cette fluidité et cette densité. Cette gravité, cette humanité. Cet exploit littéraire: L'Énigme du retour.

Parmi les autres romans parus au Québec en 2009, on a beaucoup parlé aussi de Paradis, clef en main (Coups de tête), de Nelly Arcan. Sans doute l'un des livres les plus touchants, les plus troublants, étant donné les circonstances tragiques de sa publication.

Comment oublier que l'auteure s'est suicidée à 36 ans, avant la parution de ce texte-testament sur le suicide? Comment ne pas être happé par ces pages sur le mal de vivre, sur le désir de mourir comme une tare, une obsession?

Reste que Paradis, clef en main révèle aussi un nouvel aspect du talent littéraire de Nelly Arcan. Il y a dans ce texte des personnages de fable, un univers ludique, une imagination pleine de ressources. Il y a l'annonce d'une oeuvre à venir, qui ne prendra pas son envol.

Autre roman marquant de l'année chez nous: L'Oeil de Marquise (Boréal), de Monique Larue. Un livre miroir, qui met en question l'identité québécoise, à travers l'histoire de deux frères que tout oppose. Tous nos déchirements, nos contradictions, nos désillusions y passent, depuis les années 1960 à aujourd'hui. C'est finement amené, maîtrisé.

À noter: Monique Larue vient de recevoir à Lyon le prix Jacques-Cartier, dont c'est la première édition cette année. Elle est aussi en lice pour le Prix littéraire des collégiens et le Prix des libraires 2010.

Parlant d'identité québécoise, on ne saurait passer sous silence le savoureux roman de Jacques Poulin paru au printemps dernier, L'Anglais n'est pas une langue magique (Leméac/Actes Sud). Où la bataille des plaines d'Abraham côtoie la conquête de l'Ouest américain telle que relatée par les explorateurs Lewis et Clark, tandis que Maurice Richard compte des buts. Et le bon vieux Jack dans tout ça? Eh bien, il écrit! Drôle, tendre et ingénieux roman.

Autre fiction qui met en question l'identité, mais par un biais totalement différent: Le Cafard (Alto), de Rawi Hage. Écrit en anglais, traduit l'automne dernier, il s'agit du deuxième livre de ce Montréalais d'origine libanaise qui avait remporté une flopée de prix avec son époustouflant Parfum de poussière. Le Cafard nous plonge dans le quotidien glauque d'un immigré fauché, désespéré, suicidaire, vivant dans un taudis montréalais. Très noir, très dur, très cynique.

Gil Courtemanche, lui, a replongé dans l'Afrique cette année. Il est question dans Le Monde, le lézard et moi (Boréal) du Congo. D'un criminel de guerre, en particulier. La barbarie est au rendez-vous. L'injustice aussi. Et la perte des illusions.

La grande force de ce roman: son héros. Un juriste québécois épris de justice qui va se retrouver le bec à l'eau. Qui devra se regarder en face, se rendre compte qu'il est passé à côté de lui-même, de la vie, de l'amour. Déchirant.

Pas un roman à proprement parler, mais on retiendra dans la cuvée 2009 L'Étreinte des vents (Presses de l'Université de Montréal), d'Hélène Dorion. Un texte d'une grande beauté, inspiré, inspirant, sur la rupture amoureuse et le recommencement. Une réflexion approfondie sur les liens qui nous unissent aux autres, qui se nouent et se dénouent.

Dans la même veine: Cette année s'envole ma jeunesse (Québec Amérique), de Jean-François Beauchemin. L'auteur de La Fabrication de l'aube y parle avec une remarquable justesse de ton de sa mère, de la mort de sa mère et de lui-même, devant la mort de sa mère. Extrêmement poignant.

Enfin, cette année 2009 nous aura révélé plusieurs nouvelles voix. À commencer par celle, douce et tendre, de Kim Thuy, auteure de Ru (Libre expression): un récit nourri de sa propre épopée de boat people vietnamienne, débarquée au Québec à la fin des années 1970.

Autre découverte: Anaïs Airelle, avec Pourquoi j'meurs tout l'temps (Écosociété), en lice pour le Prix des libraires 2010. La traversée de l'enfer d'une damnée de la terre, d'une errante désespérée, écorchée vive.

Enfin, il y a cette jeune Montréalaise de 19 ans, Olivia Tapiero, qui a reçu le prix Robert-Cliche pour sa première oeuvre romanesque portant sur le suicide, Les Murs. Sans oublier Simon Boulerice, poète, acteur et auteur dramatique, qui signe, avec Les Jérémiades (Sémaphore), un roman plein de surprises, de fraîcheur.

Mais s'il y avait un prix innovation remis à un nouveau venu en 2009, il reviendrait sûrement à Jean-Simon DesRochers, pour son très cru, très dur et très ambitieux premier roman, La Canicule des pauvres (Herbes rouges).

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