Millénium et Bergman, même combat

La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette nous arrive, tel un cadeau à déballer, le jour de Noël. Les interprètes (Noomi Rapace en Lisbeth Salander et Michael Nyqvist dans le rôle de Michael Blomqvist) sont les mêmes que dans Millénium – Le Film, et son esprit, semble-t-il, demeure intact.
Photo: Agence France-Presse (photo) Loic Venance La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette nous arrive, tel un cadeau à déballer, le jour de Noël. Les interprètes (Noomi Rapace en Lisbeth Salander et Michael Nyqvist dans le rôle de Michael Blomqvist) sont les mêmes que dans Millénium – Le Film, et son esprit, semble-t-il, demeure intact.

Les Américains seront les derniers à voir à l'écran la trilogie Millénium et les premiers à voir les remakes. C'est ce qu'il faut comprendre des diverses ententes intervenues récemment entre les compagnies et ayants droit scandinaves impliqués dans la production des trois films et les sociétés américaines qui prévoient, l'une les distribuer, l'autre les adapter en reprenant du départ: les captivants romans policiers du défunt Stieg Larsson.

La première entente s'est conclue plus tôt cet automne entre le vendeur suédois Zodiak Entertainment et Music Box, basé à Chicago, qui distribuera en 2010 les films avec sous-titres dans le réseau des salles d'art et d'essai. La seconde, de loin la plus importante sur le plan économique, était cette semaine sur le point d'être finalisée entre Yellow Bird, le détenteur des droits mondiaux, et Sony Pictures, qui n'a cependant pas encore inscrit les films à son calendrier de production.

Tout ce carnaval de négociations de droits explique le grand flou qui a failli compromettre la diffusion des films au Québec, seul territoire nord-américain qui détenait les droits de distribution, sous la licence d'Alliance Vivafilm. Rappelons que le premier film, sobrement intitulé Millénium - Le Film, sorti en mai et paru récemment en DVD, a très bien marché en salles, et généré plusieurs millions d'entrées en Europe. La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette nous arrive, tel un cadeau à déballer, le jour de Noël. Si le réalisateur a changé (Daniel Alfredson, en remplacement de Niels Arden Oplev), les interprètes (Noomi Rapace en Lisbeth Salander et Michael Nyqvist dans celui de Michael Blomqvist) sont les mêmes et l'esprit du premier film, semble-t-il, demeure intact. C'est ce qu'on a bien hâte de valider.

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Restons dans l'esprit scandinave. En cherchant des films d'Ingmar Bergman dans la boutique en ligne iTunes Canada il y a quelques semaines, je me suis aperçu qu'aucune de ses oeuvres n'est encore disponible au téléchargement. Rien non plus dans la boutique française et américaine, où nous sommes interdits d'achat. Rien non plus en Suède, pouvez-vous le croire? Le monde de la distribution et du droit d'auteur est un écheveau très complexe. Combien d'années faudra-t-il pour démêler tout ça? Et surtout, dans combien d'années les droits de distribution par territoire, si désuets, seront-ils abolis au profit d'ententes en phase avec le village mondial d'Internet? D'ici ce jour, en dehors des films anglo-saxons distribués par les majors, on ne trouve à peu près rien dans la boutique iTunes Canada, et le cinéphile le moindrement collectionneur n'a d'autre choix que de se procurer un lecteur DVD multizone, interdit à la vente, et de faire venir ses DVD zone 2 d'Europe, ce qui est permis par la loi.

La musique, par son standard universel de numérisation, se diffuse mieux que le cinéma. Ainsi, ma recherche sur Bergman m'a conduit à The Seduction of Ingmar Bergman, un album tout juste paru de Sparks, un duo suédois bizarroïde formé de Ron et Russell Mael, qui a connu me dit-on un certain succès dans les années 1970 et 1980.

The Seduction of Ingmar Bergman, que j'ai téléchargé par curiosité et aimé dès la première écoute, est né sur l'impulsion d'une commande de la radio nationale suédoise, qui l'a diffusé en première mondiale en août dernier. Il s'agit d'une fantaisie musicale baroque et pleine d'esprit, au carrefour de l'opéra-cirque de Michael Nyman et de Lewis Furey, campée en 1956. Bergman, narrateur de l'histoire, vient de remporter un prix à Cannes pour Sourires d'une nuit d'été. Par un étrange sortilège, lui qui déteste le cinéma «d'évasion», il pénètre par un après-midi dans un cinéma de Stockholm où on passe un film américain débile, qui le captive. Et qui lui fait accidentellement traverser le miroir. En effet, à sa sortie du cinéma, Bergman n'est plus à Stockholm, mais à Hollywood, où une limousine l'attend et où un grand studio lui fait le coup de la grande séduction et du chant des sirènes, lui fait rencontrer des expatriés heureux (Hitchcock, Lang, Wilder) et feint de ne pas entendre ses demandes répétées d'être renvoyé chez lui.

Je ne vous révèle pas comment il parviendra à s'évader de cette prison dorée, mais je peux vous dire que sa compatriote Greta Garbo y sera pour quelque chose. Aux amateurs de Bergman et de comédies musicales, voilà un sympathique cadeau de Noël. Sur ce, joyeuses Fêtes.

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