L'affrontement a eu lieu

Je savais que ça allait arriver. La rencontre de Copenhague allait être une dure épreuve pour les convictions fédéralistes de Jean Charest. Il était évident qu'il allait se faire remettre à «sa» place par la délégation canadienne malgré son absolue certitude qu'il connaît mieux le dossier de l'environnement que tous ceux qui forment le gouvernement fédéral en ce moment. Il s'y intéresse depuis bien plus longtemps que tous ces affreux conservateurs de l'Ouest et, en plus, il sait mieux naviguer dans les eaux internationales que tous les ministres fédéraux réunis. Jean Charest n'avait pas tort de penser qu'il pourrait jouer un rôle important à Copenhague. Il partait gagnant.

C'était ne pas connaître la fameuse stratégie de recul du gouvernement Harper, bien davantage au service des sables bitumineux de l'Alberta que de la population canadienne ou de la santé de la planète. Ottawa avait bien averti Jean Charest que le Canada, sur la scène internationale, allait parler d'une seule voix, toujours la même, celle du fédéral. M. Charest a dû se dire qu'une fois là-bas, il n'en ferait qu'à sa tête. C'est une habitude chez lui. Et ce qui devait arriver arriva.

La collision entre la position du Québec et celle d'Ottawa a eu lieu. Bang! Un véritable face à face. Le ministre fédéral a rappelé le premier ministre du Québec à l'ordre. J'imagine que le fédéral l'a pris de haut, comme chaque fois qu'il y a une rencontre internationale, et que ses efforts ont tous porté sur le besoin absolu de museler le Québec pour qu'il reste dans le rang. Il ne faut surtout pas que le Québec pense qu'il a un rôle à jouer sur le plan international. Au cas où ça lui donnerait des idées...

Nous, les citoyens, savons ce que les journaux nous racontent. Ce n'est en général que la pointe de l'iceberg. Le reste, les chicanes de coulisse, les accrochages dans des lieux clos, les rencontres d'urgence dans des coins privés, nous n'en saurons jamais rien. Les insultes, les gros mots, les colères et les défaites n'arriveront pas jusqu'à nous. Les dommages collatéraux peuvent être étonnants. Ils sont parfois déterminants dans les décisions à venir.

Jean Charest, quant à lui, n'oubliera jamais Copenhague. Il aura très certainement des comptes à régler. Deux options au moins s'offrent à lui.

La première option que je vois est dans le droit fil de sa carrière. Jean Charest a passé une partie de sa vie en politique fédérale. Son coeur est conservateur. Le fait qu'il soit devenu libéral n'est qu'un accident de parcours dû au fait que le Parti conservateur, dans ses déboires, ne lui offrait plus la possibilité de se réaliser, comme l'ambitieux qu'il était le souhaitait.

Il pouvait rester chef du Parti conservateur à Ottawa, sans grand espoir de prendre bientôt le pouvoir, ou devenir chef du Parti libéral du Québec — désespérément à la recherche d'un chef et prêt à lui payer un supplément de 75 000 $ par année — avec l'espoir de remplacer le PQ, fatigué par ses luttes internes. Il est devenu Québécois, mais il n'est pas dit que ce choix est définitif et que ses ambitions ne visent pas davantage Ottawa que Québec.

Il peut souhaiter devenir premier ministre du Canada. Plusieurs pensent qu'il s'y prépare. Il doit rire quand il voit Michael Ignatieff les deux pieds dans la même bottine, incapable de mettre un pied devant l'autre. Il doit rire aussi quand il voit Stephen Harper se couper de la population canadienne sur pratiquement chaque dossier qu'il aborde. Jean Charest est sûr qu'il ferait mieux que ces deux-là, pratiquement sans effort. Son rêve est là, à sa portée. En fait, peut-être a-t-il même l'embarras du choix.

La surprise — c'est la deuxième option, mais elle est peu probable —, ce serait qu'il choisisse le Québec, totalement et exclusivement. Cela voudrait dire que l'expérience de Copenhague produit sur lui le même effet que sur pratiquement tous les Québécois, qui sont automatiquement englobés dans la délégation canadienne lors d'un événement international et qui sentent qu'on les brime dans leur identité, dans leur créativité, dans leur capacité à participer aux solutions autant qu'au questionnement des peuples qui se rassemblent. La frustration est immense de devoir nous taire alors qu'un ministre fédéral dit n'importe quoi en notre nom et qu'il nous refuse le droit à la parole. C'est dans ces moments-là qu'on a le goût de se lever et de dire haut et fort que le Québec ne pense pas comme Ottawa et qu'en fait, il n'a rien à voir avec Ottawa. C'est exactement ce que Jean Charest vient de vivre.

Si le miracle de Copenhague avait vraiment lieu, Jean Charest nous reviendrait indépendantiste.

Joyeux Noël, et que 2010 vous soit plus doux que 2009.

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