Perspectives - Trop noir

Ces économistes du Comité consultatif sur l'économie et les finances publiques ont tout noir, trop noir. Mandatés par le ministre des Finances pour «aller au fond des choses», les Pierre Fortin, Robert Gagné, Luc Godbout et Claude Montmarquette oublient d'aligner les colonnes dans leur diagnostic, qui se veut partiel.

Pour ces économistes du comité consultatif présidé par Raymond Bachand, le Québec se dirige vers un mur. Pierre Fortin a été plus direct: «On est dans la m...» Ils retiennent de cette récession qu'elle a fait ressortir toute l'ampleur de cette absence de marge de manoeuvre financière à Québec. Sans expliquer pourquoi l'économie du Québec a su tout de même se tirer d'affaire dans ce qui a été présenté comme étant la pire conjoncture économique et financière depuis la Grande Dépression. De toute évidence, même confronté à des enjeux serrés et à des rendez-vous majeurs, le Québec n'est pas démuni à ce point.

Le constat dressé par les économistes composant le Comité consultatif sur l'économie et les finances publiques est sévère. Il permet de cerner certains enjeux et de donner une image chiffrée de l'état précaire des finances publiques québécoises spectaculaire, à défaut d'être précise et objective. Mais de tels sombres portraits sont typiques de chaque sortie de récession.

Toutefois, avant de conclure à l'absence de choix, avant de soutenir qu'on ne pourra éviter les hausses tarifaires, les coupes dans les dépenses publiques et la réingénierie de l'État, il faudrait peut-être inviter le gouvernement à ne pas rater la prochaine chance qui se présente à lui et qui a pour noms «décaissement» et «transferts intergénérationnels».

Dans l'intervalle, pourquoi les économistes du comité de M. Bachand ne remettent-ils pas en question cette cible du retour à l'équilibre budgétaire en 2013-14, deux ans avant les autres? Pourquoi, aussi, ces économistes ne relancent-ils pas la réflexion sur le déséquilibre fiscal fédéral-provincial?

Dans la foulée, pourquoi ne ramènent-ils pas Québec devant ses rendez-vous manqués? Car l'actuelle récession a fait ressortir que Québec n'a jamais su se doter d'une véritable marge de manoeuvre. Malgré une période de 17 années de croissance du PIB depuis 1991, le ministère des Finances n'a jamais pu sortir d'une situation de déficit structurel chronique. Il n'est pas étonnant que les documents budgétaires fassent ressortir une dette représentant les déficits accumulés de près de 100 milliards en 2009-10, contre 35 milliards en 1989-90. Que durant toute cette période une réserve budgétaire n'a pu être inscrite que pour quatre exercices seulement, pour atteindre 2,3 milliards à son apogée. Et que le ratio dette nette/PIB soit passé de 23 % à 45 %. L'effet net de ce fardeau de la dette sur les finances publiques est assoupli uniquement parce que les taux d'intérêt ont été ramenés à un niveau historiquement faible.

Une belle occasion a été ratée de profiter de cette période de prospérité pour doter le Québec d'une marge de manoeuvre. Certes, on ne peut refaire l'histoire. Il ne sert à rien de revenir à ce qui aurait dû être fait mais qui n'a pas été fait. Mais on peut rappeler aux acteurs leur manque de discipline et leur vision à court terme lorsque la prochaine occasion se présentera de reconstruire la capacité budgétaire du Québec.

Les auteurs du premier fascicule «Le Québec face à ses défis» soutiennent, de plus, qu'au demeurant, même si Québec retrouve le chemin de l'équilibre sur l'horizon retenu, il devra faire face au choc démographique qui se pointe, au détour de 2013. Et pour eux, on ne devrait y voir la prochaine grande occasion. Au contraire, l'impact du vieillissement ne peut être que négatif, prenant la forme d'une diminution des rentrées fiscales, d'une augmentation des coûts en santé. Mais pourquoi ces lieux communs, ces clichés?

Au même titre que le Québec a su se doter de cette diversification économique qui lui a permis d'éviter le pire dans cette récession malgré un secteur manufacturier ébranlé, ne pourrait-il pas retirer le meilleur d'une population arrivant à la retraite bien nantie? On ne parle pas d'une surtaxation ou d'un accroissement du fardeau fiscal, mais uniquement de s'assurer que Québec récolte ce qui lui est dû. Jamais dans son histoire le Québec n'a-t-il abrité une population de retraités et une classe d'entrepreneurs ayant accumulé autant de richesse. Si l'on parvient à éviter l'évasion fiscale...

Dit autrement, le qualificatif de «génération dépendante» ne peut coller à ces futurs retraités. À cette vague de décaissement des REER et de transferts intergénérationnels sans précédent se greffe une capacité financière à se doter d'assurances et d'autres protections complémentaires à celles offertes par les services publics. Et de sondage en sondage, ils sont toujours plus nombreux à déclarer qu'ils prolongeront leur vie dite active, à entrevoir une retraite graduelle.

Attendons de voir les deux autres fascicules...
2 commentaires
  • richardle - Abonné 17 décembre 2009 08 h 38

    Enfin

    On ne peut pas vous taxer de progressisme ni vous suspecter dêtre de gauche mais, enfin et ça fait du bien, quelqu'un, vous en l'occurence, démontre que l'exercice du gouvernement est seulement d'ordre cosmétique. Le quarteron d'économistes à la solde du gouvernement Charest manque de sérieux et sert seulement à farder les vieilles recettes du tout au privé et de la hausse des tarifs. C'est bien certain, comme vous dites, qu'il faut inscrire cette démardhe dans du plus long terme.
    Je suis un jeune retraité qui agit comme vous le mentionnez: je suis financièrement indépendant, j'aide financièrement mes deux enfants à s'établir et quand viendra le temps de décaisser mes REER, je paierai les impôts reportés comme il se doit.
    Je ne suis pas de ceux et celles qui ont applaudi les successives baisses d'impôts qui ont privé le gouvernement de moyens pour agir.
    Et attendez: normalement, en suivant la pente savonneuse des quatre promoteurs, on viendrait nous proposer de vendre la poule aux oeuf d'or (SAQ, Hydro, Loto) que cela ne me surprendrait en rien. Attachez-les!
    Richard Lépine

  • Pierre Vincent - Inscrit 17 décembre 2009 22 h 12

    En effet, et par surcroît...

    En ce qui a trait à la dette, il faudrait à tout le moins considérer en contrepartie les importants actifs actuels du Québec, notamment Hydro-Québec, ainsi que ses avantages comparatifs en matière de dotation en ressources, dont l'eau. A cette aune, le Québec m'apparaît très avantagé (au moins sur une base per capita) par rapport à la plupart des pays occidentaux, y comrpis ses voisins immédiats.

    Quant à l'évolution démographique, notons que son vieillissement relatif ne comporte pas seulement des désavantages sur le plan économique (et budgétaire). En cela, la vitesse de la transition, ainsi que la qualité des mesures d'adaptation peuvent faire une différence plus que significative. Il vaut (et vaudra) la peine d'observer les approches que choisiront des pays encore plus rapprochés de l'heure de ces changements. Chose certaine, une croissance démographique élevée n'est pas toujous gage d'enrichissement (par exemple, voir l'évolution comparative Québec/Ontario du revenu personnel par habitant).

    Finalement: juste deux mots sur la fiscalité: s'il doit y avoir des hausses, attention à la régressivité d'une part, et à l'incitation au travail d'autre part. La fiscalité n'est pas qu'affaire budgétaire, c'est aussi du domaine de la politique sociale et de la politique économique.