Copenhague - Catastrophes annoncées

L'époque est à la fuite en avant, au confort des habitudes. Cela est vrai autant pour les individus que pour les gouvernements. Seule la mort annoncée nous fait réagir. Mais encore faut-il croire le diagnostic, en connaître les détails, puis on consulte ailleurs pour ne pas avoir à changer radicalement. On recherche le traitement le plus doux même si le résultat est incertain. C'est dans cet état d'esprit que la majorité des grands pays se rendent à Copenhague. Comment lutter contre la maladie sans trop prendre de médicaments? Voilà la coupable question qui évite la réalité dont voici quelques exemples.

Climat

On s'entend pour vouloir limiter à moins de deux degrés Celsius la hausse des températures d'ici 2050. Compte tenu des objectifs non réalisés de Kyoto, on peut douter des résultats. Une augmentation de deux degrés provoquerait un risque d'extinction de 30 % des espèces végétales et animales. La production agricole dans les régions tropicales chuterait sérieusement et entraînerait un risque accru de famine. Et je ne vous parle pas des coraux qui deviendraient blancs. Pensons plutôt à une augmentation de trois degrés des températures, compte tenu de nos faillites passées. Cela entraînerait la disparition de 30 % des terrains marécageux le long des littoraux, l'accroissement de la mortalité causée par la chaleur, les inondations ou la sécheresse. Des centaines de millions de personnes manqueraient d'eau.

Les perdants

Ceux qui paieront le moins, ce sont les pays industriels, malgré leur culpabilité dans le réchauffement climatique. Vingt-deux des vingt-huit pays les plus menacés par les conséquences du réchauffement planétaire sont des pays africains. Mais des pays considérés comme moins vulnérables paient déjà un lourd prix. La sécheresse en Argentine a fait baisser la production de 10 %. Mais on s'en fout, de la pampa.

L'Himalaya

Il n'y a pas que la banquise arctique qui fond, menaçant le mode de vie des Inuits. Les somptueux et spectaculaires glaciers de l'Himalaya partent aussi à la dérive. Ils alimentent en eau des bassins qui nourrissent au moins 600 millions de personnes. L'alerte est grave, selon le Groupe d'experts de l'Organisation des Nations unies: «Les glaciers de l'Himalaya reculent plus vite qu'en aucun autre endroit du monde et, si cela continue au taux actuel, la plupart d'entre eux auront disparu en 2035.» M. Harper, la disparition du mont Everest, ça vous fait quoi?

Les sans-grade

Le point culminant des îles Nieue est de 68 cm, celui de Tuvalu, de 4,5 mètres. Quelques années encore de survie pour les 15 000 personnes qui vivent dans ces îlots du Pacifique. Elles déménageront quand la mer montera, d'ici une vingtaine d'années. Où, on ne le sait pas, parce que la loi internationale ne reconnaît pas les réfugiés climatiques, qui sont déjà nombreux et qui vont se multiplier.

Je vous parle de ces petites îles, si basses qu'elles seront englouties et qu'on trouvera bien un moyen de créer un camp de réfugiés pour si peu de personnes. Mais que fera-t-on avec les Maldives, des centaines d'îles qui culminent à 2,3 mètres? C'est un pays de plus de 300 000 habitants condamné à disparaître lors de la montée des eaux. Le gouvernement achète des terres en Inde, au Sri Lanka et en Australie pour créer un nouvel État maldive quand celui qui existe aujourd'hui sera mangé par la mer. Vous trouvez, M. Harper, que ce n'est pas beaucoup de victimes et que de toute manière nos échanges commerciaux avec les Maldives sont inexistants? Je vous comprends. Mais en fait, M. Harper, il y avait en 2008, selon l'ONU, 20 millions d'écoréfugiés et on prévoit qu'ils seront 200 millions en 2050. Bien sûr, nous serons morts. Mais que diront vos petits-enfants quand ils verront des flottilles d'écoréfugiés débarquer dans le port de Vancouver? Ils diront que grand-papa ne comprenait rien.

La pampa

J'ai évoqué l'Argentine plus haut. La tragédie est pire que la baisse du PIB. La sécheresse touche 90 % du pays. Des centaines de milliers de bovins meurent. La pampa n'a presque plus d'eau, et on s'y bat entre communautés locales pour avoir accès au peu qui reste. L'Argentine est pourtant un pays riche.

Grand Lahou

C'est une ville de Côte d'Ivoire sur le golfe de Guinée. C'était une ville. Une jolie bourgade de 15 000 habitants, ville coloniale avec de beaux édifices construits sur une bande de sable d'un kilomètre de large qui protégeait une lagune. Montée des eaux et érosion ont fait disparaître la bande de sable, qui ne fait plus qu'une dizaine de mètres. Grand Lahou a été relocalisé à quinze kilomètres à l'intérieur des terres. Pas très bon pour une population de pêcheurs.

Le Canada

C'est évidemment une autre catastrophe annoncée. Citation d'un grand hebdomadaire européen: «Un seul pays se refuse toujours à aborder le dossier climatique avec bonne volonté: le Canada.» Nous sommes une catastrophe pour la planète, avec les États-Unis, la Chine et la Russie, et nous ne faisons même pas semblant de vouloir négocier. Et l'hebdomadaire poursuit: «Le bilan environnemental du Canada est pourtant désastreux: les émissions de gaz à effet de serre ont grimpé de 26 % entre 1990 et 2007, ce qui fait du Canada le pays du G8 où ces émissions ont le plus augmenté. Mais on s'en fout, M. Harper, que les Maldives soient englouties, que 200 millions de personnes errent sur des routes qui ne mènent nulle part. On s'en fout que les Africains meurent de faim pourvu que le rodéo de Calgary se poursuive et que les sables bitumineux continuent à nous enrichir en tuant un peu partout. Mais cela, personne ne le sait, dit le chef de cabinet.»
30 commentaires
  • Lapirog - Abonné 5 décembre 2009 06 h 47

    Le plus irresponsable des gouvernements depuis très très très longtemps.

    L'article de Courtemanche est très éloquent et seul un irresponsable comme Harper et sa suite de courtisans n'y voient que du feu. Hélas, il n'y a pas pour le moment, le Bloc excepté, de barrage assez solide pour empêcher la réélection minoritaire ou majoritaire (quelle différence après tout) de ses irresponsables à Ottawa. Pendant ce temps nous devons combattre un autre type de gouvernement,bien que drapé dans le vert, aussi peu soucieux de notre bien collectif dans notre Capitale nationale ou ce qu'il en reste. La démocratie électorale est souvent une façade pour masquer la mainmise de gens sans scrupules (mafiosos) qui transforment nos représentants en vulgaires petits pantins sans foi ni loi.

  • arabe - Inscrit 5 décembre 2009 09 h 08

    Références pour mon 2ème commentaire


    (1) Proceedings of the National Academy of Sciences USA 106, E120 ( numéro du 27 octobre 2009) : Do nonlinear temperature effects indicate severe damages to US crop yields under climate change ?




    (2) Science 326: 1256-1260 (numéro du 27 novembre 2009). « Global signatures and dynamical origins of the little ice age and medieval climate anomaly. »

    (3) Nature 462: 342-345 (numéro du 19 novembre 2009). « Evidence for warmer interglacials in East Antarctic ice cores ».


    (4) Nature 454: 869-872 (2008): North American ice-sheet dynamics and the onset of 100,000 year glacial cycles.




    (5) Nature, vol. 460, pages 85-89 (numéro du 2 juillet 2009): “The role of terrestrial plants in limiting atmospheric C02 decline over the past 24 million years.”




    (6) Nature Geoscience, vol. 2, pages 571-575 (numéro d’aout 2009) : « Constraints on future sea-level rise from past sea-level change ».

    (7) http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1242212

  • arabe - Inscrit 5 décembre 2009 09 h 33

    Un peu de sérieux et d'objectivité, SVP.

    On va vous rabattre les oreilles avec un texte scientifico-politique (texte non revu par un comité de pairs) nommé « Copenhagen diagnosis, 2009 », écrit par le IPCC (international panel on climate change). Nombre de diagrammes dans les journaux proviennent de ce texte. Ces diagrammes sont parfois erronés. Même dans le court « executive summary », il y a des erreurs.

    Ne soyez, en somme, pas dupes, lisez aussi un texte plus sérieux, tout aussi récent, et publié, lui, dans une revue avec comités de pairs : « State of the climate in 2008 » (Bulletin of the American Meteorological Society, vol. 90 : S1-S196, 2009). Pourquoi les journalistes ne se réfèrent-ils pas, aussi, à ce texte ?

    Notons ce paradoxe journalistique intrigant.

    Sur les OGM (organismes génétiquement modifiés), l’opinion scientifique majoritaire intéresse beaucoup moins la majorité des journalistes. Cette majorité journalistique se fait donc un plaisir d’inviter, interviewer et mettre en vedette nombre de scientifiques minoritaires, sinon marginaux, et ne pas trop présenter l’opinion scientifique majoritaire.

    Mais sur le réchauffement climatique, c’est exactement l’inverse!
    Pourquoi? Sur les OGM, accepter l’opinion scientifique majoritaire revient à favoriser et encourager les industries ou les sociétés qui produisent ou utilisent les OGM. Sur le réchauffement climatique, accepter l’opinion scientifique majoritaire revient à critiquer ou pointer du doigt les industries ou les sociétés qui produisent de grandes quantités de C02.

    En somme, les opinion scientifiques majoritaires et minoritaires ne sont pas présentées objectivement et en toute transparence par la majorité des journalistes, mais sur une base politique, semble-t-il.

    Ou encore: l’inquiétude vend, peu importe ce qu’en pensent la majorité des scientifiques! Un journaliste, dirait-on, ou son patron, doit constamment inquiéter le monde, au lieu de le calmer…

    Un peu plus d’objectivité, sur les 2 sujets, serait bienvenu.

  • Stéphane Martineau - Inscrit 5 décembre 2009 10 h 29

    Responsabilité !

    Certaines réponsess à votre article vous opposent des chiffres contre l'idée du réchauffement de la planète....La guerre des chiffres et de la légitimité fait rage. Mais, il me semble que le fond du problème demeure la pollution. Que le climat se réchauffe ou non, il est irresponsable de ne pas agir contre la pollution que nous créons. La question de la pollution ne se limite pas au réchauffement de la planète....Celle-ci est en train de devenir invivable parce que l'air et l'eau sont trop pollués. Ce combat contre la pollution ne doit pas cesser, au contraire, il doit s'accentuer car, que la Terre se réchauffe ou pas, nous avons le devoir de laisser à nos descendants une planète plus propres où la végétation et la faune ne dépérissent pas.

  • Jacques Morissette - Inscrit 5 décembre 2009 10 h 30

    Au pouvoir, il faudrait un conseiller qui pense un peu comme vous, sauf que...

    Ceux qui ont les cordes du pouvoir ne voudraient pas d'un conseiller comme vous. Il le trouverait trop dérangeant et il risquerait de se retrouvertrès vite sur une tablette.

    Présentement, les gens au pouvoir manque beaucoup de rigueur. C'est-à-dire qu'ils en ont de la rigueur, mais pllutôt pour faire que les choses en reste au statuquo. Et ça, ce n'est pas vraiment de la rigueur.

    Quelqu'un sur ce panel vous considère comme un romancier catastrophique. Tant qu'à moi, vous ne correspondez pas du tout à ça.

    Je reviens au gens au pouvoir. à force d'en rester là avec leur mentalité, de plus enplus ils auront à faire face à un mur. Avec l'Afghanistan, Obama semble en train de prendre le même position que son prédécesseur. Mon impression est qu'il cherche, en tant que Président des USA, à défendre l'image des États-Unis sur la planète.

    Je ne suis pas sûr qu'Obama aurait pris le même décision à titre personnelle. C'est peut-être la même chose au nouveau de ceux qui sont au pouvoir ailleurs sur la planète. Au fond, ce n'est pas vraiment le traitement le plus doux qu'ils cherchent. C'est plutôt celui du statuquo.

    Je pourrais en dire encore plus sur ce sujet. Mais je m'arrête ici. Je reviens à celui qui vous considère comme étant un romancier catastrophique. Si le monde est beau pour lui, qu'il cesse de vous lire. Parce que au-delà des mirages, il y a la réalité qui va frapper de plus en plus fort si nous n'en tenons pas compte.

    Permettez-moi de vous félicité pour votre texte. Tant qu'à moi, je vous considère comme quelqu'un de très reponsable. Tandis que les gens au pouvoir sont en train de tranquillement s'enliser, bien malgré nous.

    De l'humaine nature qui n'arrive pas à se défaire de ses béquilles...