Lire religieux - Dure année pour les catholiques

L'année qui s'achève n'aura pas été une partie de plaisir pour les catholiques. Trois crises aiguës ont marqué les trois premiers mois de 2009. Elles ont été engendrées par la levée de l'excommunication de quatre évêques intégristes, par l'excommunication, décrétée par un archevêque brésilien, de la mère d'une fillette de neuf ans, enceinte à cause d'un viol, et des médecins qui l'ont avortée, et par une déclaration intempestive de Benoît XVI au sujet de l'usage du préservatif en Afrique. Avant même que Pâques n'arrive, le trouble régnait chez les catholiques.

«Benoît XVI, lance le journaliste français Bernard Violet, aspire-t-il à ce retour intégral à la pureté de la foi, tel que le préconisent les intégristes, pour résoudre la crise majeure que traverse l'Église romaine? Et dans ce cas, ne prend-il pas le risque de faire l'unanimité contre lui?» Dans son essai au titre polémique, Erratum XVI, le biographe des stars (Delon, Cousteau, Noah, l'abbé Pierre) parle même de cet «Allemand dont l'élection ressemble fort à une erreur de casting, chaque jour qui passe transformant un Benoît, seizième du nom, en Erratum XVI».

Attiré par les scandales, Violet ne brille pas toujours par sa rigueur. Les passages dans lesquels il évoque les rapports entre Ratzinger et les Jeunesses hitlériennes, de même que ceux dans lesquels il revient sur cette histoire selon laquelle la mère du pape aurait été une fille illégitime, ne sont pas de la meilleure eau. Quand le biographe laisse entendre que la rigidité du pontife en matière de morale et de sexualité pourrait venir de «ces secrets de famille inavouables», il patine sur une glace très mince. Il faut aussi mentionner que l'ouvrage est mal écrit (l'abus des relatives tenant lieu de phrases complètes rend la lecture pénible), contient plusieurs fautes de français («savoir ce que demain sera fait») et quelques erreurs factuelles (la fillette brésilienne n'a pas été excommuniée, contrairement à ce qu'écrit Violet).

Cet Erratum XVI offre néanmoins un intéressant résumé des prises de position de ce «théologien inflexible et ultraconservateur» qu'est Ratzinger, en passe de devenir «le pape de la désunion». Benoît XVI, en effet, continue de mener la vie dure aux théologiens progressistes (notamment au jésuite Jon Sobrino), met à mal le dialogue interreligieux par sa complaisance envers les intégristes (pensons, ici, au cas du négationniste Williamson et au retour de la messe en latin, qui contient une prière demandant la conversion des Juifs) et son discours de Ratisbonne qui a heurté les musulmans et affiche une fermeture totale dans plusieurs dossiers sensibles (mariage des prêtres, ordination des femmes, homosexualité, avortement, contraception, usage du préservatif).

Condamné au silence par Ratzinger en 1985, le théologien Leonardo Boff résume le sentiment actuel d'une foule de catholiques. «De nombreux croyants ne ressentent plus l'Église comme leur foyer spirituel, écrit-il. Il y a des gens qui disent: une Église sans miséricorde, rigide, sans grande bonté n'est pas une patrie spirituelle, elle n'aide pas les gens. L'Église doit être une bonne chose pour l'humanité, pas un cauchemar.»

Dans un petit ouvrage intitulé Lettres aux catholiques troublés (La Croix et Bayard, 2009), dix catholiques européens signent des lettres très nuancées sur ce climat de crise suscité par la «crispation dogmatique du Vatican», selon la formule de Jean-Claude Guillebaud. On veut bien, avec eux, accepter l'idée qu'une crise est un symptôme de vie, mais à la seule condition qu'aux prières s'ajoutent enfin les gestes d'ouverture au monde moderne qui, malgré ses errances, n'a pas été inventé par le diable.
3 commentaires
  • antidogme - Inscrit 30 novembre 2009 02 h 29

    La foi

    Les catholiques n'ont qu'à s'en prendre à eux. C'est vers de telles déviances que la foi conduit, puisque comme c'est logique la foi se passe de la raison, résultat c'est la déraison, donc la folie.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 30 novembre 2009 12 h 44

    Fumisteries

    Les Québécois demeurent majoritairement chrétiens, mais non pas catholiques au sens de catholiques romains. Ils sont attachés à la tradition chrétienne d’amour, de partage, de pacifisme, mais pas dans un contexte d’obéissance aveugle aux idées passéistes de Rome.

    De mon côté, plus j'avance dans la vie, plus je me rend compte qu'à part leur préoccupation de l'amour du prochain, toutes les religions (il y en a environ 40 000 !) telles que vécues et enseignées sont d'énormes fumisteries.

  • antidogme - Inscrit 30 novembre 2009 18 h 28

    Tradition chrétienne?

    L'amour, le partage, le pacifisme ne sont pas des attributs chrétiens mais humains. La tradition chrétienne ici est catholique en majorité. Les qualité énumérées par monsieur Saint-Arnaud ne tiennent aucunement d'une tradition chrétienne mais plutôt d'une saine compréhension de l'être humain. C'est le christianisme qui définit le catholicisme. Le christiainisme fondé par un misérable personnage du nom de Jésus, qui prononçait des paroles stupides et qui était méprisé en son temps. Comme on le ferait d'ailleurs pour quelqu'un qui viendrait nous dire des choses semblables à celles que l'on retrouve dans les livres évangéliques.