Le grand désennui

L'importance de la grippe A(H1N1) reflétée par une surmédiatisation sans pareille dans d'autres pays révèle un trait de caractère du peuple québécois. Cette grippe menaçante, nous l'appréhendons avec une intensité distincte, dirions-nous. Depuis des semaines, chaque jour qui passe, il se passe quelque chose.

On compte les morts, on ronge son frein de ne pouvoir être vacciné, la Santé publique cafouille, des gens subissent des queues interminables et, enfin, une fois vacciné, on ressent un soulagement qui ressemble à une joie. Bref, grâce à la grippe, les Québécois contrent l'ennui, ce sentiment terrible, surtout à l'automne, précurseur de notre hibernation annuelle. De fléau la grippe A(H1N1) est devenue une distraction collective. Comme l'on dit si bien: «Ça change le mal de place.»

La vaccination est aussi l'occasion d'éprouver un sentiment d'appartenance, car l'attente est l'occasion pour plusieurs de bavarder comme dans le bon vieux temps du parvis de l'église. On apprend tout des maladies de ceux qui nous entourent dans la queue. Les conversations s'engagent facilement. «Moi, j'aime pas les piqûres», avoue un vieux, trop vieux pour faire le jars. «Vous avez quelle maladie chronique?», demande une commère visiblement heureuse d'avoir trouvé tant de matière à potinage futur.

De plus, ce qui fait tant plaisir aux Québécois dans cet exercice, sorte de grand-messe d'un temps disparu, c'est la démonstration de l'égalité pour tous. Plusieurs éprouvent même une jouissance à savoir que tout le monde doit faire la queue. En ce sens, cette grippe aura contribué à donner aux Québécois l'occasion de vivre cet égalitarisme dont ils rêvent, mais qui nourrit aussi une tendance au nivellement inspirée davantage par l'envie que par la vertu. Il y a eu des passe-droits, certains ont été rendus publics, mais plusieurs privilégiés ont résisté à la tentation de forcer les règles édictées par la Santé publique.

On ne sort pas glorieux d'être passés devant nos concitoyens en droit et auxquels on doit le respect qu'on exige pour soi. À cet égard, les écarts de conduite de Claude Dubois, dont il s'est lourdement excusé, ne doivent pas faire oublier le talent immense de cet artiste. L'oeuvre de Claude Dubois, ces textes poétiques sensibles, touchants et sincères, soutenus par une voix exceptionnelle qui n'a pas pris une ride avec l'âge, appartient au patrimoine musical de la francophonie tout entière. Il serait dommage que sa conduite inélégante dans un centre de vaccination porte ombrage au chanteur, devenu victime collatérale de cette grippe qui nous désennuie autant qu'elle nous préoccupe.

Par ailleurs, les scandales récents, par leur effet d'entraînement, nous donnent le sentiment que, dans ce pays discret et sans ces crises politiques qui déchirent la planète, nous vivons une période aussi agitée que passionnante. Tels les polars, on y trouve tous les ingrédients et les personnages qui font les intrigues. Nous sommes devenus les spectateurs participants, chacun avec son interprétation et dans son camp, d'une crise aux conséquences imprévisibles.

La commission d'enquête souhaitée par une large majorité de citoyens deviendra le théâtre où se jouera notre tragédie collective. Découvrirons-nous les abysses des scandales jusqu'ici émergés en surface? Des personnalités connues seront-elles démasquées? Perdrons-nous le peu de confiance que l'on éprouve pour ceux qui nous gouvernent? Quels seront ceux qui sortiront indemnes de cet exercice à la fois périlleux et désenchanteur? Aurons-nous le sentiment que la justice triomphera et que les coupables paieront à la société à la hauteur de ce qu'ils lui ont spolié? Saurons-nous affronter les critiques vitrioliques que ne manqueront pas de nous faire subir nos compatriotes du Canada anglais, dont on a pu goûter la médecine dans le magazine Maclean's le mois dernier au sujet de Montréal la corrompue?

Si enquête publique il y a, parions que le premier ministre va l'annoncer malgré ses dénégations actuelles. À moins que le temps des Fêtes ne calme les esprits plus enclins à s'échauffer du boire de la SAQ que de débats sur les scandales et qu'à la rentrée les demandes de commissions d'enquête aient cédé la place à un autre événement plus désennuyant. Il reste que, dans ce souhait d'une enquête publique, on peut déceler un désir de participer à un événement collectif dont on imagine l'intensité et l'émotivité.

S'il y a un trait commun aux Québécois, c'est bien la recherche d'événements à vibrations collectives. Nous nous ennuyons de nos rassemblements où nous avions le sentiment d'un vouloir-vivre collectif. L'individualisme nous renvoie à une solitude avec laquelle nous composons mal, ayant en tête le souvenir de cette vie de familles nombreuses qui s'est prolongée avec les rassemblements jubilatoires où le rêve n'était pas encore brisé. Vivre autour de la peur de la grippe et nous indigner ensemble des scandales, cela nous unit et nous fait du bien.
5 commentaires
  • Geoffroi - Inscrit 28 novembre 2009 00 h 02

    Désennui ennuyant

    « Nous sommes devenus les spectateurs participants, chacun avec son interprétation et dans son camp, d'une crise aux conséquences imprévisibles.»

    Phrase genre 2ème degré ou inutile ? Votre texte est mortifiant pour votre nation. Pessimisme ridicule.

  • Normand Carrier - Abonné 28 novembre 2009 06 h 41

    Les talents de romancière de madame Bombardier .....

    Comme a votre habitude madame Bombardier passe a l'extrême et et ajoute beaucoup de pathos a tous ces événements de la société québécoise tout en mettant l'accent sur le mauvais coté ! Il faut aller voir ce qui se passe dans les autres provinces ou ailleurs dans le monde pour constater que la comparaison est plus que satisfaisante !
    Des commissions d'enquêtes se passent régulièrement et ont un but précis soit d'exposer , démocratiser et régler des problèmes et que l'on pense a la Céco , la commission Cliche et Gomery qui ont eu le mérite de nettoyer le paysage de la corruption pour plus de quinze ans ! Jean Charest a fait plusieurs commissions tels Lesage , Monmarquette , Ménard , Bouchard-Taylor et celle sur l'agriculture et la plupard furent tablettées dès le dépot des rapports ! Lorsqu'il était dans l'opposition , Jean Charest passait son temps a en demander des enquêtes ......
    De mettre l'accent sur le pathos , le sensatinnalisme et le show est ridicule et c'est l'argument des libéraux qui n'en veulent pas pour des raisons plus obscures les unes que les autres .... POUR VOTRE INFORMATION MADAME BOMBARDIER , CETTE ENQUÊTE QUI EST URGENTE A POUR BUT DE DÉCOUVRIR ET D'EXPOSER LE SYSTÈME DE MAGOUILLES ET DE COLLUSIONS DANS L'ATTRIBUTION DES CONTRATS DANS TOUS LES TRAVAUX D'INFRASTRUCTURES qui totalisent plus de $50 milliards dans les municipalités et au gouvernement du Québec pour les cinq prochaines années et qui causent une surfacturation de plus de 30% dont un petit trois pour cent irait a la mafia .... AVEZ-VOUS UNE IDÉE dES MILLIARDS QUE CELA CÔUTE aux contribuables payeurs de taxes et en plus votre gouvernement s'apprête a venir piger dans nos poches dans des augmentations de taxes et tarification de toutes sortes ... VOILA MADAME BOMBARDIER POURQUOI 85% de la population veulent cette commission d'enquête et ce n'est pas un show ......
    Normand Carrier

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 29 novembre 2009 19 h 23

    Étrange, vraiment...

    Les 14 et 15 novembre, dans sa chronique madame Bombardier nous serinait un tout autre refrain, que celui d'aujourd'hui. Elle croyait dur comme fer, semblait-il, à la pandémie, se référait aux images présentées dans les médias pour ressortir le vieux mouton historique du placard: nous étions dociles, peureux, avec une tendance surnoise et frisant le fachisme et autres ismes, à la délation. Un peuple soumis et revenchard? Pas vraiment sorti de "la grande noirceur".

    Or, cette semaine, la pandémie perdant de son lustre macabre, elle change de refrain et se met à brasser une ratatouille ou une bouillabaisse sirupeuse, tombant elle-même dans le potinage, sur le dos encore une fois des Québécois qui se meurent d'ennui., affirme-t-elle. Délaissant les liens avec le dernier référendum de l'autre texte, elle en invente de nouveaux, encore plus absurdes, avec le désir de la population d'obtenir une commission d'enquête : c'est l'ennui qui nous pousse à vouloir cette commission d'enquête. Ces commissions ne sont pas les fleurons de notre démocratie, mais des shows. Dans le texte précédent nous manquions en quelque sorte de colère et là... ce n'est pas de la colère que nous éprouvons devant tous ces mensonges, ces absurdités et ses pirouettes grotesques, c'est de l'ennui et nous en voulons plus.

    Car nous nous ennuyons de ce qu'elle décrit comme le bon vieux temps, mais qu'elle décriait pourtant dans le texte précédant; le temps du "Toé, tais-toé!".

    C'est quoi votre problème avec la nation québécoise, Madame Bombardier, quel que soit l'angle sous lequel vous le regardez? En passant, je commence à croire que vous devriez chapeauter toutes vos chroniques du titre général "Parler pour parler" (ou écrire pour écrire). Ouais, écrire pour écrire, peut-être que ça calme votre ennui?

  • Andrew Savage - Inscrit 29 novembre 2009 20 h 03

    Vomir du sens

    Incapable de vous taire et n’ayant plus rien à dire sans doute, vous êtes comme beaucoup d’intellectuels : vous vomissez du sens. Et du sens vomit, c’est de la vomissure, point.

    Dire que «vivre autour de la grippe et NOUS indigner ensemble des scandales, cela NOUS unit et NOUS fait du bien», c’est dire la même chose que d’avaler sa vomissure est bon pour le moral.

    Il est inconvenant de projeter ainsi ses sentiments, et de faire comme si c’était tout le monde qui ressentait ce que vous seule peut-être ressentez. Comme d’autres qui s’imaginent parler au nom des intérêts supérieurs de la nation. Non mais.

    Il en reste beaucoup, heureusement, qui croient que la grippe est une maladie, et que la collusion est un crime. Beaucoup à qui ça ne fait pas de bien.

    Vous devriez être plus modeste et parcimonieuse dans l’utilisation du «nous». Usez du je, il est plus haïssable, mais convient mieux au point de vue personnel que vous avez sur la société québécoise.

    Ce qui nous permettrait aussi de se désennuyer davantage.

  • Raymonde Chouinard - Inscrite 30 novembre 2009 10 h 06

    Quelle hypocrisie....

    Mme Bombardier à bien raison sur toute la ligne! Certains y tiennent mordicus à leur roman feuilleton et plus c'est juteux mieux c'est; ils aiment se vautrer dans le scandale.

    Ceux qui vomissent actuellement sur le gouvernement et s'indignent à l'avance sur de présumés scandales sont ceux-là même qui n'hésitent pas à recourir, incognito, au travail au noir pour frauder le gouvernement....!