Santé: Nez

On se lance comme ça, à l'aventure. On se dit que les cinq sens, en santé, on doit bien en faire quelque chose. Les yeux, va pour la visualisation; les oreilles, va pour l'auriculothérapie. J'aurais pu parler de musicothérapie, j'y reviendrai. Le nez... les odeurs, l'organe — n'est pas Cyrano qui veut, mais pour un parfumeur, quelle enseigne!

Les odeurs sont d'abord psychologiques. Par le truchement de la mémoire olfactive, les odeurs peuvent nous plonger dans le passé: les aiguilles de pin tapissant le sol d'un sous-bois rappellent les colonies de vacances, les vapeurs s'échappant du four évoquent une maison accueillante, l'odeur de la rosée, l'espoir. À notre insu, ces odeurs peuvent nous faire réagir, influencer notre comportement, car le système nerveux central a là une connexion haute vitesse, et ce n'est pas du Vidéotron, le message arrive en temps réel!

Chacun de nous a une sensibilité aux émanations des lieux et des gens. Les odeurs de l'intimité, les odeurs, tiens, qui nous annoncent qu'une viande n'est plus bonne. Que vous entrez en territoire pollué par les porcs. Qu'un incendie vient de commencer ou que ça colle dans le chaudron! Qu'il y a trop de poussière pour le bien de vos poumons... Le nez, donc, est aux premières lignes de la prévention et de la sécurité.

Le nez du printemps congestionné par le pollen ambiant, et l'acupuncture, généralement efficace pour le désensibiliser. À refaire chaque année, mais quel soulagement chez les allergiques que je connais!

Par le nez, se soigne-t-on? Ben... d'abord, on respire, donc on réchauffe l'air, on l'humidifie. Mais il y a plus, que je n'ai guère expérimenté, mais je me rappelle avoir fait un reportage sur un type qui s'était brûlé au deuxième degré car il avait versé des huiles essentielles dans son bain. Je ne me rappelle plus quelle huile il avait eu la témérité d'essayer, mais il s'était vite rendu compte que l'huile ne se mélange pas à l'eau et qu'elle peut brûler la peau au contact.

Dangereuses, les huiles essentielles. Les gens qui vous veulent du bien vous demandent généralement de vous documenter à plusieurs sources avant d'entreprendre de vous soigner avec l'une de ces nombreuses décoctions qui peuvent être puissantes. La manière la plus inoffensive de les utiliser, ce sera par les odeurs, justement. En diffuser dans l'air parfume, certes, mais ça peut aussi réconforter, voire soulager. L'aromathérapie, puisque c'est son nom, est une branche de la phytothérapie. Les plantes sont les remèdes les plus anciens; les apothicaires allaient dans les bois et les montagnes à la recherche de plantes aromatiques, certaines amères, d'autres répugnantes, qu'on faisait sécher ou dont on tirait des décoctions en extrayant les huiles qui en sont l'essence même — d'où leur nom d'essentielles — et qui leur donnent leur arôme caractéristique. L'époque de la cueillette, le moment de la journée, le lieu d'origine, tout cela pris en considération... S'il y a 110 variétés botaniques d'eucalyptus, on pense bien qu'elles n'ont pas toutes les mêmes propriétés. Il fallait une grande connaissance de la complexité et du raffinement de la nature, en plus d'une disposition pour l'activité de laboratoire. En effet, en maniant l'alambic, ces savants allaient chercher le principe actif d'une plante, sa puissance, sa force et, par corollaire, son danger.

Vous comprenez que j'admire ce savoir, qu'il me plaît. Je le trouve d'une complexité inouïe, j'apprécie d'y avoir accès et de pouvoir contrôler les doses, en expérimentant moi-même la quantité dont j'ai besoin, ce qui est impossible avec les médicaments de la chimie pharmaceutique, qui ont tous des effets indésirables. Que j'utilise tout de même, bien entendu; par facilité, par faiblesse, je dirais. Le savoir des plantes est peu répandu, il faut toujours vérifier de nouveau, s'investir — et quand on est malade, ma foi, on n'a pas vraiment l'énergie, on ne sait pas à quel aromathérapeute se vouer...

L'aromathérapie ne peut pas être utilisée comme on le fait d'un livre de recettes... ou alors à la Pinard, en étant créatif! En effet, à côté de la complexité des huiles essentielles, il y a la complexité de notre organisme, ce que les Chinois nomment le terrain, et ce n'est pas une pelouse... Peut-être qu'un jour, quand on possédera notre carte génétique, ce sera différent, mais on sait que ce sont les interactions dans le corps qui déterminent santé et maladies, pas seulement les éléments eux-mêmes. C'est aussi pour ça que la part d'intuition restera importante en médecine, qui ne sera jamais seulement une science, n'en déplaise à certains. En aromathérapie, on continuera donc à parler de terrain pour qualifier notre organisme, qui freine ou accélère l'absorption de telle huile essentielle.

On pourra s'en servir pour créer une ambiance, un confort psychologique fait d'odeurs. Les plus audacieux d'entre vous tenteront de se soigner en se rendant dans des librairies ou des herboristeries et en se rappelant que la prudence est la mère de la santé!

Les dangers des huiles essentielles: http://www.aromalves.com/article.php3?id_article=49