Écologique ou pas, le chauffage au bois?

Des professionnels du chauffage au bois ont manifesté l'hiver dernier à Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des professionnels du chauffage au bois ont manifesté l'hiver dernier à Montréal

Ne suscitons pas d'espoirs inutilement, ce n'est pas ici ce matin que nous allons trancher la controverse qui sévit à l'échelle internationale sur le chauffage au bois.

Les adversaires du mode de chauffage le plus ancien de la planète répètent à l'envi une statistique, soit que chauffer au bois pendant neuf heures émet autant de particules fines qu'une voiture en 18 000 km. Ce que cette statistique ne dit pas, c'est qu'il y a plusieurs sortes de chauffage au bois et que tous n'ont pas les mêmes impacts environnementaux. Ce calcul ne tient pas compte, non plus, de la totalité des impacts environnementaux, dont celui d'être le seul mode de chauffage neutre du point de vue des rejets de CO2, le principal gaz à effet de serre.

En somme, le chauffage au bois contribue moins au réchauffement de la planète que le chauffage à l'électricité, lequel émet entre 5 et 10 % — selon les auteurs — des rejets d'une centrale thermique au charbon en raison du méthane dégagé par les réservoirs hydroélectriques. Et on ne peut pas sous-évaluer cet impact, car si les citadins peuvent être localement incommodés, voire asphyxiés par de trop fortes concentrations de chauffage au bois, le principal problème environnemental de la planète, c'est le CO2 et non pas les particules qui contribuent effectivement au smog urbain, mais qui sont biodégradées en milieu naturel, rural ou périurbain.

D'un côté, il y a ceux qui assimilent les perfectionnements technologiques du chauffage au bois à de ridicules filtres à cigarettes.

Certification

Mais il y a aussi d'autres faits à considérer. Les poêles certifiés selon la norme EPA (Environmental Protection Agency) doivent depuis 20 ans émettre moins de 7,5 g de particules par heure de fonctionnement. Ils y arrivent grâce à un convertisseur catalytique, malheureusement assez sensible à tout ce qui n'est pas du bon bois sec. L'autre technique consiste à équiper le poêle d'une double chambre à combustion, la deuxième servant à brûler les fumées contenant trop de particules. Certains de ces poêles certifiés EPA arrivent même à n'émettre que 0,6 g de particules par heure, soit sept fois moins que la norme.

Il existe une norme encore plus sévère, soit la norme Washington, laquelle exige un rejet maximal de 2 g par heure. Au Québec, il y aurait présentement plus de 75 modèles de poêles à bois ainsi certifiés. On comprend dès lors la réaction d'André Porlier, le porte-parole du Conseil régional de l'environnement de Montréal, à l'annonce au printemps dernier que Québec allait exiger par règlement que tous les poêles à bois désormais vendus au Québec soient minimalement conformes à la norme EPA. Mais il faut apporter ici une autre nuance parce que certains poêles à bois certifiés EPA n'émettent que 0,6 g par heure, soit moins encore que la norme Washington.

Par ailleurs, ce constat jette un éclairage nouveau sur le règlement adopté par Montréal, qui interdit désormais l'installation de nouveaux poêles à bois dans les résidences de l'île sauf s'il s'agit de poêles aux granules de bois ou de poêles à gaz. Voilà tout au plus un gros coup de mouchoir dans un dossier qui exigerait un coup de barre plus vigoureux, ce qui ne semble pas la marque de commerce de l'administration actuelle.

Les vieux poêles

En effet, ce règlement ne règle pas le problème que posent les 50 000 vieux poêles en place, dont la durée de vie est d'au moins quelques décennies encore. Et ce sont eux — et non pas les nouveaux — qui posent en milieu urbain un problème de santé publique. Il est invraisemblable qu'on n'ait pas exigé de sceller ou de remplacer ces poêles ou foyers existants d'ici 5 ou 10 ans sauf s'ils n'émettent pas plus que 2 ou 3 g par heure, ce qui provoquerait une réduction de leurs émissions de 75 à 90 % en général. Là, il y aurait eu un gain réel pour l'environnement et la société plutôt que de cibler un impact marginal sur le smog hivernal par les nouveaux appareils. Quant aux poêles à gaz, dont on favorise l'installation, ils vont contribuer à augmenter les émissions de gaz à effet de serre, et ce, contre de la politique de réduction des GES de la Ville!

Montréal et les villes de banlieue — car le problème est tout aussi, sinon plus intense de ce côté — peuvent facilement inciter à moderniser les vieux systèmes de chauffage au bois, soit en imposant une surtaxe sur les équipements non conformes aux normes les plus sévères, soit en subventionnant leur remplacement, ou les deux à la fois. Les vérifications cycliques des maisons aux fins de l'évaluation municipale pourraient être l'occasion de déterminer si ces équipements sont présents, utilisés et conformes aux normes. Lors des épisodes de smog, la réglementation pourrait d'ailleurs interdire cette forme de chauffage.

Une stratégie de remplacement des vieux poêles à bois serait d'autant plus bénéfique qu'un poêle certifié EPA qui émet moins de 2 g et qu'un poêle certifié Washington, ces deux poêles polluant beaucoup moins que le poêle à combustion lente classique, qui émet entre 75 et 80 g à l'heure, qu'un foyer de maçonnerie (autour de 50 g/h), qu'un poêle traditionnel à combustion atmosphérique (entre 20 et 25 g/h), ou qu'un feu de camp (15 g/h). De plus, les poêles certifiés EPA et Washington n'ont pas d'émissions acides, ce qui est le cas des poêles à gaz, et leur efficacité énergétique permet de récupérer entre 60 et 90 % de l'énergie du bois, comparativement à un poêle à combustion lente ordinaire, qui ne transforme en chaleur qu'environ la moitié de l'énergie du bois (de 40 à 60 %).

*Lecture: Alerte! Le Québec à l'heure des changements climatiques, par Steven Guilbeault, Éditions du Boréal, 246 pages. Un résumé fort efficace des enjeux climatiques, facile d'accès pour qui veut s'initier aux derniers volets du dossier. Mais le chapitre sur le Québec est un peu emphatique — ce que bien des politiciens vont apprécier —, passant sous silence la priorité accordée par Québec à la voiture, aux autoroutes, à la motoneige, etc. Affirmer que le Québec est «le seul qui soit susceptible d'atteindre la cible de Kyoto» en Amérique du Nord sera peut-être exact un jour: on n'en sait rien. Mais l'ami Steven omet de préciser, en politicien déjà fort aguerri, que le plan québécois ne cible pour l'instant qu'une année de conformité aux objectifs «quinquennaux» de Kyoto.
2 commentaires
  • Tim Yeatman - Abonné 13 novembre 2009 15 h 20

    L'alerte de smog d'aujourd'hui est causée par les poêles?

    Difficile à croire que l'alerte de smog d'aujourd'hui, une journée ensoleillée de semaine, à 10 degrés C. sans vent, est causée par des gens à la maison qui brûlent du bois!


    Ceci dit, un poêle à bois, écologique ou pas, je le garde à cause de la panne électrique de 26 jours en plein hiver du verglas de 1998, bien assez traumatisante, même avec mon poêle à bois. Aucune loi ou principe environnemental ne me fera débarasser de mon poêle à bois: à mes yeux, ce serait de la folie pure. D'autant plus que je laisse pousser des arbres sur ma propriété avec la seule intention de les couper et les brûler. J'habite dans la CMM, et banlieue ou pas, je m'attends à me faire légiférer mon poêle un jour. Comme dit Charlton Heston, on m'enlèvera mon poêle "from my cold, dead hands".

    Johanne Dion,
    sur le courriel de mon conjoint,
    Richelieu, Qc

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 novembre 2009 15 h 45

    Smog

    Il y a plusieurs types de smog. Par un jour ensoleillé comme aujourd'hui, ça doit être le smog photochimique, lié aux oxydes d'azote créés dans le moteurs de voitures qui réagissent ensuite avec la lumière du soleil.