Revue de presse - Ça tousse

Il n'y a pas qu'au Québec où ça grogne contre les ratés de l'opération de vaccination contre la grippe A(H1N1). En Ontario et en Alberta, la colère gronde. Dans la première province, on reproche aux autorités l'attente, la confusion et le fait qu'elles donnent l'impression de ne pas avoir tiré de leçon de la crise du SRAS. En Alberta, on en veut surtout au gouvernement de ne pas avoir donné au départ priorité aux groupes à risque. Et pour pimenter le tout, on a appris cette semaine qu'au moins deux équipes de hockey professionnel avaient profité d'un passe-droit. Les Leafs de Toronto et les Flames de Calgary ont été vaccinés avant bien des gens à risque.

John Ibbitson, du Globe and Mail, attribue une partie de la confusion des deux dernières semaines au partage des responsabilités entre les différents gouvernements. Ottawa est responsable de l'approbation, de l'achat et de la distribution du vaccin aux provinces qui, avec les autorités locales de santé publique, mettent en place le protocole de vaccination auprès de la population, protocole qui varie d'un endroit à l'autre. Un pépin dans cette machinerie, un bris de communication, et c'est le fouillis. «Dans des moments comme ceux-ci, les dictatures autoritaires ont un certain cachet. Qu'importent ses forces, le système fédéral canadien est particulièrement mal équipé pour gérer une pandémie, avec les compétences fédérales, provinciales et municipales qui se chevauchent ou laissent béantes des craques dans lesquelles des choses se perdent.»

Christina Blizzard, du Toronto Sun, se demande pourquoi l'Ontario et, dans une certaine mesure, le Canada semblent avoir tant de difficulté à faire face à une urgence de santé publique. En 2003, la province s'est retrouvée paralysée sous le coup du SRAS alors que la Colombie-Britannique réussissait, elle, à gérer la crise. En 2000, c'était le scandale de l'eau contaminée de Walkerton qui éclatait, après des décennies d'avertissements sur les dangers de contamination. La pénurie d'isotopes médicaux attribuable à l'arrêt du réacteur de Chalk River a fait sauter en éclats les prétentions de la province d'être le plus grand producteur d'isotopes au monde. «Est-ce l'inaction politique ou le cafouillage bureaucratique qui nous a transformés en une nation d'incapables?» Selon Blizzard, les ratés de la vaccination sont un autre symptôme de «ce nouveau malaise» et il serait urgent d'y remédier.

Une passe de trop

Don Braid, du Calgary Herald, n'en revient pas. Une semaine, le gouvernement albertain invite tout le monde à se faire vacciner et se vante du nombre de personnes qui ont pu l'être. La semaine suivante, il blâme la personne qui a «commis le crime de vacciner les Flames de Calgary». Les joueurs de l'équipe se sont fait vacciner durant la semaine où tout le monde pouvait l'être et non seulement les groupes à risque. «L'erreur des Flames a été de se faire vacciner dans une clinique qui n'était pas ouverte au public. Ils auraient été des héros si, à la place, ils avaient fait la file avec le public et signé des autographes pour les enfants. Mais l'équipe craignait de provoquer des attroupements.» Elle reconnaît maintenant son erreur tout en ajoutant qu'elle n'aurait pas fait vacciner les joueurs si cela avait privé une personne à risque de son vaccin. Et elle n'aurait pu le faire sans l'autorisation des services de santé qui contrôlent la distribution des fioles. Selon Braid, la cause de ce gâchis revient au gouvernement provincial, dont le message n'a jamais cessé de changer. Au moins, les Flames, eux, se sont excusés.

Le National Post prend aussi la défense des Flames de Calgary. L'indignation des politiciens, dit-il, est bien sélective. Ils ne s'insurgent pas contre le fait que les joueurs de hockey aient accès sans attendre à des soins de pointe, comme l'imagerie par résonance magnétique. Ils ne dénoncent pas davantage les cliniques privées où les nantis peuvent, contre argent sonnant, avoir des tests diagnostics qui leur permettent d'être traités plus rapidement. Le Post dit qu'il est dans la nature humaine de tirer sur toutes les ficelles à notre disposition pour protéger rapidement la santé de ses proches, ce qui veut dire que les pauvres, les vieux, les immigrants — ceux sans réseau — se retrouvent à la fin de la ligne. Selon le Post, les Canadiens se nourrissent d'illusions au sujet de leur système de santé.

L'équipe éditoriale de la chaîne Sun Media pense d'ailleurs que les longues files d'attente ne sont que la pointe de l'iceberg des problèmes de fond de ce système de santé. «Les services gouvernementaux, dont la santé, ont été réduits au point d'avoir perdu leur capacité de réponse à une crise.» Aujourd'hui, le système n'a plus de réserve, dit Sun Media. Les urgences sont bondées en temps normal, les hôpitaux sont en déficit et manquent de lits et il y a pénurie de médecins de famille un peu partout. «Les Canadiens savent qu'il ne sera pas facile de corriger les dommages causés aux services publics par la négligence gouvernementale. Ils savent aussi que cela ne pourra pas être fait sans douleur ni compressions. Ce qu'ils attendent cependant est un politicien honnête qui le leur dira franchement», conclut Sun Media.

À voir en vidéo