Lettre à mon maire

Cher Gérald. On sera surpris que je te tutoie, mais on se connaît depuis des décennies puisque nous étions dans la même classe au collège. Je précise pour les lecteurs que nous ne sommes pas des amis qui se fréquentent régulièrement et que je ne t'ai jamais conseillé. De plus, j'avais appelé à voter pour Projet Montréal plutôt que pour ton parti. Mais je ne suis pas mécontent de ta réélection. Nous partageons sur la structure de Montréal et les pouvoirs des arrondissements les mêmes vues.

Quelques semaines avant le vote nous avons discuté durant une bonne heure. Tu étais venu t'asseoir au bar où je prenais un verre et, avec la gentillesse et la générosité qui te caractérisent, tu t'étais enquis de ma santé, de mes projets avec une sincérité qui m'avait touché.

Puis, tu avais dit: «Gil, je te respecte pour ta franchise. Que penses-tu vraiment de moi comme maire?» Pour résumer, je t'avais répondu que tu étais trop gentil, qu'on n'avait pas l'impression que tu étais vraiment un leader, un chef. Je t'avais dit que tu semblais trop souvent indécis et sans passion. J'avais ajouté que tu paraissais mené par les événements, toujours en réaction, jamais celui qui prend l'initiative. Tu avais répondu humblement (l'humilité est une de tes très grandes qualités) que j'avais un peu raison, mais que cette époque était terminée et que ta passion, c'est le mot que tu as employé, ta passion pour Montréal apparaîtrait dorénavant avec toute la force que tu ne parvenais pas jusqu'ici à transmettre efficacement.

C'est ce que j'attendais quand tu as donné ta première conférence de presse. J'espérais que tu frappes un grand coup et que tu dises haut et fort: «Plus jamais comme avant. Je vais mettre sur pied une administration tout à fait nouvelle, exemplaire, rigoureuse, et rallier l'ensemble des forces vives, y compris celles de l'opposition.» Tu t'es contenté d'annoncer quelques décisions qui n'avaient rien pour annoncer un souffle radicalement nouveau. Je n'ai pas senti que ta presque défaite avait servi d'électrochoc.

Parce que, cher Gérald, tu as besoin d'avoir autour de toi du sang neuf et progressiste. La démocratie, dans son aveugle cruauté, t'a fait un mauvais sort. Elle t'a privé de personnes qui auraient pu t'aider à amorcer le tournant dont notre ville a besoin. La perte de Diane Lemieux, d'André Lavallée, de Robert Pilon et de Michel Labrecque te laisse avec un entourage composé surtout de barons traditionnels, comme Claude Dauphin et Sammy Forcillo, qui s'accommodent depuis des décennies de l'opacité et du copinage que tu dénonces et veux réformer.

Tu m'as dit souhaiter une ville à taille humaine, une meilleure efficacité des services de proximité, une ville verte qui accueille, avant les autos, piétons et cyclistes, une ville qui évolue sous le signe de la culture et de la participation. Autour de toi, il reste encore quelques personnes qui entretiennent ces mêmes idéaux. Je pense à Hélène Fotopulos, à Marvin Rotrand et à Michael Applebaum, mais de toute évidence le compte n'y est pas. Tu as besoin de plus de forces fraîches.

J'ai parlé plus haut de ton humilité et de ton honnêteté. Tu conviendras avec moi, même si tu détiens la majorité au conseil municipal et dans les arrondissements, que 38 % des suffrages exprimés, cela ne constitue pas un sacre royal et ne te donne pas un mandat fort et populaire. Or, je l'ai évoqué la semaine dernière, Montréal fait face à des défis complexes dans plus d'un domaine, des défis qu'il faudra relever en associant au processus de décision de larges pans de la société montréalaise. Je pense en particulier au dur travail d'organiser un développement durable, à la nécessaire consolidation des arrondissements, à la mise en place du plan de transport, à la revitalisation des quartiers, au réaménagement du centre-ville, au développement de la démocratie participative. Tes appuis et ta majorité viennent en majeure partie des villes fusionnées, qui entretiennent des liens émotifs plutôt ténus avec le Montréal historique. Tu m'avais demandé des conseils lors de cette conversation. Conseils que tu as plus ou moins acceptés. Je te conseille aujourd'hui d'élargir ta base «montréalaise» en tendant la main à une partie de l'opposition qui partage une bonne part de tes objectifs. Je te conseille de faire preuve d'audace et d'imagination en engageant des négociations avec Projet Montréal pour jeter les bases d'une administration de coopération et de consensus.

J'ai parlé plus haut de ton humilité et de ton honnêteté. Tu conviendras avec moi, même si tu détiens la majorité au conseil municipal et dans les arrondissements, que 38 % des suffrages exprimés, cela ne constitue pas un sacre royal et ne te donne pas un mandat fort et populaire. Or, je l'ai évoqué la semaine dernière, Montréal fait face à des défis complexes dans plus d'un domaine, des défis qu'il faudra relever en associant au processus de décision de larges pans de la société montréalaise. Je pense en particulier au dur travail d'organiser un développement durable, à la nécessaire consolidation des arrondissements, à la mise en place du plan de transport, à la revitalisation des quartiers, au réaménagement du centre-ville, au développement de la démocratie participative. Tes appuis et ta majorité viennent en majeure partie des villes fusionnées, qui entretiennent des liens émotifs plutôt ténus avec le Montréal historique. Tu m'avais demandé des conseils lors de cette conversation. Conseils que tu as plus ou moins acceptés. Je te conseille aujourd'hui d'élargir ta base «montréalaise» en tendant la main à une partie de l'opposition qui partage une bonne part de tes objectifs. Je te conseille de faire preuve d'audace et d'imagination en engageant des négociations avec Projet Montréal pour jeter les bases d'une administration de coopération et de consensus.

Richard Bergeron a ouvert la porte à une collaboration structurée. Sans parler de coalition formelle, il a en fait évoqué un gouvernement de coalition. Je crois le temps venu de remiser le principe qui fait en sorte que le pouvoir est légitime quand on détient la majorité des conseillers. En collaborant avec Richard Bergeron, tu augmenterais ta légitimité, ton efficacité et ton bassin de personnes compétentes et progressistes. Je sais, Gérald: tu es plus un homme de prudence que d'audace, mais une fois n'est pas coutume. Et puis, tu prendrais peut-être goût à l'audace et à l'imagination, les deux choses qui manquent le plus désespérément à cette ville.

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