Capital régional de Desjardins ou Fonds de solidarité

Je lis avec beaucoup d'attention votre chronique du samedi dans Le Devoir. J'aimerais connaître votre opinion au sujet du capital régional de Desjardins qui est proposé comme moyen d'économiser de l'impôt sachant que la somme est gelée pour sept ans. De plus, que pensez-vous du Fonds de solidarité (5000 $) comme REER afin de maximiser la déduction fiscale, ceci dans l'optique d'une retraite dans environ deux ans.

Merci pour vos renseignements

L. P.


D'emblée, il faut dire que la mission des deux types de fonds est assez similaire. Ils ont pour objectif d'investir dans les entreprises québécoises généralement de petite et moyenne tailles. Les deux préconisent une approche assez prudente en consacrant plus de 50 % de la valeur totale de leur portefeuille aux titres à revenus fixes à risques peu élevés. Cela compense pour l'autre portion du portefeuille constituée d'actions (ou autres titres de croissance) d'entreprises, elles à risques très élevés. Cette répartition des portefeuilles hausse les probabilités que les gestionnaires puissent protéger le capital initial investi. Il peut même en résulter un rendement positif. Mais, en général, ce rendement annuel composé reste assez minime. Du moins, c'est ce qu'illustre la performance du Fonds de solidarité, dont le rendement composé annuel obtenu depuis sa création s'élève à 3,2 %.

Dans le cas des actions du Capital régional de Desjardins, l'organisme indique sur son site Web que le rendement composé annuel pour les sept dernières années (c'est la période obligatoire de détention par le petit épargnant) dépasse 9 % après impôt. Ce rendement comprend le crédit d'impôt de 50 % (accordé au provincial) du capital investi (le maximum du crédit est de 2500 $ par année), qui équivaut à un rendement composé annuel de 6 % environ sur sept ans. Donc, en excluant l'impact du crédit d'impôt, le rendement obtenu par Capital régional de Desjardins se situe autour de 3 %, peut-être un peu plus vu que les gestionnaires soulignent sur le site Web qu'il est après impôt. Je présume ici que Capital régional de Desjardins calcule ce rendement après avoir soustrait l'impôt résultant du gain en capital pouvant être réalisé.

Pour les cinq dernières années, la valeur des titres des deux organismes a marqué le pas. Donc, aucun des deux portefeuilles n'a accordé un rendement positif notable, si on fait abstraction du crédit d'impôt pour cette période. Mais les deux sont parvenus à protéger la valeur du capital initial, ce qui n'est pas si mal vu la sévère crise financière que nous venons de traverser.

Il faut cependant bien comprendre que risque de perte du capital il y a tout de même. Mais, vu la répartition actuelle des portefeuilles, une telle perte devrait être assez limitée.

Enfin, il faut savoir que les actions de Capital régional de Desjardins ne sont pas admissibles aux REER, FERR et autres régimes accordant des déductions fiscales. Les unités du fonds FTQ sont admissibles à ces régimes. On peut ainsi les acheter et les transférer à titre de cotisation annuelle au REER. Cette combinaison permet de récolter à la fois le crédit d'impôt de 30 % (15 % au fédéral et 15 % au provincial) du montant investi (crédit maximum de 1500 $ par année par contribuable) et l'économie d'impôt résultant de la cotisation faite au REER. En supposant un taux marginal d'impôt de 40 %, un investissement de 5000 $ dans les unités du fonds FTQ qui sont ensuite versées à titre de cotisation dans un REER vous permettrait de recevoir un remboursement d'impôt de 3500 $. Votre investissement net n'aura donc été que de 1500 $ pour un placement d'une valeur de 5000 $.

Cela dit, revenons à votre cas, monsieur ou madame L. P. Si vous disposez de cotisations permises au REER (incluant les droits de cotisation non utilisés accumulés au fil des ans), la priorité va alors aux unités du Fonds FTQ. Cela est d'autant plus vrai que vous prenez votre retraite dans deux ans. La valeur actuelle des crédits d'impôt est importante dans le calcul du rendement puisque vous pourrez encaisser votre placement dans deux ans. Comme je l'ai souvent écrit, les unités d'un fonds des travailleurs sont attrayantes dans deux situations: pour les personnes qui approchent de leur retraite (à moins de dix ans de celle-ci); pour les travailleurs dont le budget est très restreint et le demeurera vraisemblablement pour la grande partie de leur vie active. Dans le premier cas, je l'ai dit plus tôt, à cause de la valeur actuelle importante des crédits d'impôt. Dans le second cas, parce que ces travailleurs ne pourront pas se construire autrement un fonds de retraite. Dans ce dernier cas, ils devraient concentrer le peu d'épargne qu'ils ont à l'achat d'unités d'un des deux fonds de travailleurs, soit celui de la FTQ ou celui de la CSN (Fondaction) — jusqu'au maximum permis chaque année. Certes, ces fonds ne sont pas sans risques. Mais pour ces travailleurs à budget très restreint, le risque couru en vaut la chandelle.

Les parts du Capital régional de Desjardins sont moins attrayantes dû au fait qu'il vous faut les détenir pendant sept ans avant de pouvoir encaisser votre capital initial investi.

Notez que les gens n'étant pas en situation de contraintes budgétaires excessives ne doivent pas bourrer leur portefeuille de telles unités. Dans leur cas, il est de loin préférable d'axer leurs efforts sur la construction, durant la plus grande partie de leur vie active, d'un portefeuille composé d'actions de grandes entreprises dont le rendement à long terme sera normalement bien supérieur à celui de ces unités des fonds de travailleurs ou du Capital régional Desjardins.


Histoire d'horreur (suite)

En seconde partie de ma chronique, je me permets de vous transmettre la réponse de la dame qui pensait céder la gestion de son portefeuille (elle le gérait elle-même) de 500 000 $ (cas que j'ai traité dans ma chronique du samedi 31 octobre) à un conseiller d'une grande banque. Un point à souligner: il est étonnant d'apprendre que ce conseiller s'apprêtait à liquider les titres de son portefeuille, constitué essentiellement d'actions de grandes entreprises, pour acheter des produits de sa banque, ce qui, probablement, s'avère une façon indirecte d'investir dans ces mêmes grandes firmes. Voici la réponse de cette dame à mes propos de la semaine dernière sur son cas:


M. Chiasson,

J'attendais votre réponse avant de décider de poursuivre ou non mes démarches auprès du service de portefeuille personnalisé d'une importante banque. J'ai maintenant ma réponse et n'irai pas de l'avant.

Je dois dire que j'éprouvais pas mal d'anxiété depuis que le «vendeux haut de gamme» (très suave, me faisant sentir que je suis dans une catégorie exclusive et qu'il me fait presque une faveur de m'accepter comme cliente — vous connaissez leurs méthodes) m'avait contactée pour fixer un rendez-vous, me donnait des indications très vagues au téléphone, parlait de vendre à peu près tout ce que j'avais pour ensuite acheter des «produits spécialisés». J'ai ressenti le même malaise que j'avais avant de découvrir votre classe Internet, quand j'étais entre les griffes d'un autre «vendeux».

Je crois que bien des gens pensent que, parce que c'est une grande banque — plutôt qu'un Earl Jones ou un Madoff — ça doit être bien, correct, etc.

Donc, je me retrousse les manches et retourne à mes devoirs, comme on dit. Moi qui passe une semaine à magasiner pour un téléviseur pour économiser 50 $, je devrais bien passer du temps à gérer mon portefeuille de 500 000 $. Mais je soupçonne ne pas être la seule à m'obstiner pour des petites économies et à faire preuve de laxisme dans d'autres situations dont les conséquences financières peuvent être autrement plus importantes.

M. L.

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