L'âme de la Belgique au coeur du Québec

Nadine Droulans, chargée de mission pour l'Office de promotion du tourisme de la Belgique
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Nadine Droulans, chargée de mission pour l'Office de promotion du tourisme de la Belgique

Il y aura bientôt dix ans qu'elle dirige l'Office de promotion du tourisme Wallonie Bruxelles à Québec. Depuis que Nadine Droulans est en poste dans la vieille capitale, le nombre d'arrivées de Canadiens dans son pays natal a presque doublé, selon Statistique Canada, atteignant 112 000 en 2008, la moitié provenant du Québec et une bonne partie de l'Ontario. «Mon bureau a été mis en place pour faire mieux connaître la Belgique francophone», explique-t-elle en entrevue au Devoir. Et d'une année à l'autre, les chiffres lui donnent raison.

Elle partait de loin, la «chargée de mission», lorsqu'on lui a confié son mandat. Il n'y avait pratiquement rien sur la Belgique au programme des voyagistes québécois et, conséquemment, les touristes fréquentaient peu le pays, ou à peine Bruxelles et Bruges. Il existait bien une représentation à New York, mais au coeur de la Grosse Pomme, si imposante soit-elle, nul ne peut prétendre à une juste compréhension du marché canadien, et encore moins de l'âme québécoise.

Ils sont un peu irréalistes, les décideurs de cette industrie qui s'imaginent qu'on peut simplement installer une base new-yorkaise et ainsi «couvrir l'Amérique» au complet. C'est grand, l'Amérique, et les subtilités nationales sont autrement plus complexes. Les Belges auront compris cela. Et Mme Droulans le leur rend bien, qui profite de toutes les tribunes pour parler, autant que pour faire parler de sa destination, elle qui a aussi présidé jusqu'à tout récemment l'Association des représentants des offices nationaux de tourisme au Canada (ANTOR).

Chez nous, asteure

Mais ses premières années au pays du sirop d'érable n'ont pas été du bonbon: le SRAS, la faillite du transporteur national belge Sabena, le 11-Septembre et tout ce qui s'est ensuivi dans le monde du voyage... «Mais ça m'a permis de me faire connaître et de développer des programmes», explique-t-elle, voyant là le bon côté de la chose. Il faut dire aussi que les atomes crochus entre les Belges et les Québécois favorisent drôlement les échanges. Peut-être le fruit mûr ne demandait-il qu'à être cueilli?

«Nos deux peuples présentent de grandes affinités, croit la chargée de mission: la langue, bien sûr, mais aussi une certaine attitude, une façon d'être. On rit des mêmes choses, on a la même approche de l'autre et les liens se tissent aussi facilement que rapidement entre nous. Les Québécois peuvent découvrir dans la Belgique un pays européen, tout en pouvant se sentir chez eux. Jusqu'à des expressions du langage courant qui sont similaires, comme "asteure", par exemple.»

Au fil de recherches dans l'exercice de ses fonctions depuis qu'elle est installée au Québec, Nadine Droulans a également fait quelques découvertes étonnantes, comme le fait que certaines grandes familles d'ici proviendraient de la Wallonie, et non de la France comme on est souvent porté à le croire. Ainsi, explique-t-elle, le nom Ouellet puiserait ses lointaines origines dans les mots «petite houe», un objet avec lequel les paysans travaillaient la terre. «On ne connaît pas trop cet aspect de l'histoire mais il y aurait eu également des familles québécoises provenant de la ville de Liège.»

Celle qui représente la Wallonie chez nous affiche également l'étendard de Bruxelles, capitale de la communauté française de Belgique, capitale de l'Europe, porte d'entrée du pays et «plaque tournante des trains à grande vitesse — TGV, Thalys, Eurostar)».

Ainsi, tout autour, 60 millions d'Européens ont accès au coeur de Bruxelles en plus ou moins deux heures. Du Québec, Air Transat offre depuis plusieurs années des liaisons sur Bruxelles et à partir de juin 2010, Air Canada y programmera des vols réguliers, alors qu'Air France l'atteint au départ de Paris par le Thalys.

«Je travaille aussi en collaboration avec une équipe dynamique à Bruxelles, qui a eu, entre autres, l'excellente idée d'adopter des thèmes annuels pour la promotion de la destination: parcs et jardins, saveurs, bière, architecture, musique, mode, bande dessinée...» Plus récemment, Nadine Droulans a elle-même élaboré des programmes touristiques sur les châteaux et les gîtes, un mode d'hébergement très répandu dans tout le pays. Sans oublier la gastronomie, un must là-bas, et «un coup de coeur pour les Québécois, dit-elle. Même nos visiteurs français choisissent souvent la Belgique pour des séjours gastronomiques, c'est tout dire. Cette gastronomie, très créative et d'excellente qualité, est basée sur cuisine la française, mais en plus copieux.»

Le tourisme durable

La chargée de mission projette maintenant de plancher sur le tourisme durable. Par exemple, on est en train d'élaborer une promenade verte de 63 kilomètres pour piétons et cyclistes autour de Bruxelles. Mais prêcher le tourisme vert et vanter les espaces de la campagne auprès des Québécois, c'est peut-être comme vouloir vendre des frigos aux Esquimaux! «Il faut cependant souligner que la Belgique abrite une faune et une flore complètement différentes de celles qu'on trouve ici», signale-t-elle. Tout cela s'inscrivant dans un mariage avec le patrimoine et la culture, en ce pays où certaines villes ont quelque 2000 ans d'histoire. Oui, il y a là-bas bien plus que la bière et le chocolat, aussi délectables soient-ils, mille millions de mille milliards de mille sabords de tonnerre de Brest!

Lorsqu'elle parle des attraits de la mère patrie, Nadine Droulans est intarissable. Et si Bruxelles reste un incontournable pour le tourisme de ville, avec ses 380 000 visiteurs annuels, toute la Wallonie a beaucoup à offrir. En plus de ce qu'elle décrit spontanément au détour de la conversation, Mme Droulans mentionne «l'excellent rapport qualité-prix des prestations, une situation géographique stratégique en Europe, une structure d'hébergement de qualité et un visage cosmopolite façonné par la présence des eurocrates».

L'esprit de la fête

Et dans ce pays où l'esprit de la fête est aussi caractéristique, sinon plus, qu'au Québec, il faut aussi souligner l'énorme capital communautaire que représentent les marchés, élevés au rang de véritable style de vie. «Les Belges sont très "marchés", dit la chargée de mission. Ceux-ci sont nombreux et varient au rythme des saisons. Et on n'y fait pas que passer: les gens se réunissent là, prennent un verre avec des amis et peuvent finalement y passer la soirée. C'est un peu le bar et le café qui se transportent aux marchés.» Ceux de Noël, notamment, sont très courus.

D'ailleurs, la représentante entend bien développer davantage le tourisme d'hiver en Belgique, peu connu à l'étranger. «Outre la période des Fêtes avec ses décorations et ses rassemblements traditionnels, il y a de nombreux festivals et carnavals.» Une autre similitude québéco-belge à mettre dans la besace de Nadine Droulans.


dprecourt@ledevoir.com

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