Vitrine du disque - 6 novembre 2009

Jusqu'aux oreilles

Amylie

Audiogram / Select

Ce premier disque de la chanteuse Amylie n'est pas une nouveauté de la semaine, puisque Jusqu'aux oreilles célèbre ce mois-ci sa première année d'existence. La jeune femme s'est taillé une bonne place dans les radios commerciales avec la pièce Mes oreilles. Sa musique n'est pas sans faille, mais elle compte parmi ce qu'il y a de plus intéressant à entendre sur les ondes des gros joueurs. Amylie peut faire penser à la française Camille, tout comme aux pièces de jeunesse d'Antoine Gratton. Jusqu'aux oreilles, drôlement bien enrobé par les vétérans JF Lemieux, Tony Albino, Carl Bastien et Alex McMahon, fait claquer des doigts par son aspect jazzé, orchestral, rythmé, presque reggae. Une réserve: les mélodies et les fioritures de voix ont tendance à se répéter, les pièces perdant ainsi de leur impact. Amylie, qui était en nomination dans la catégorie Révélation de l'année au Gala de l'ADISQ, fera sa rentrée montréalaise le 10 novembre au Cabaret Juste pour rire, dans le cadre du Coup de c¶ur francophone.

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On se dit tout...

Alcaz

Subsonik - Dep

Alcaz comme dans l'Alcazar, salle mythique de Marseille, aujourd'hui bibliothèque publique, à deux pas de la Canebière. Scène des premières scènes des Fernandel, Sardou père et autres Alibert. Pour un duo marseillais, c'est de l'appellation contrôlée: un vrai port d'attache. La drôle de chose étant qu'ils sont plutôt nomades, Vyvian Carol et Jean-Yves Liévaux, très Gelsemina et Zampino dans La Strada. D'indécrottables forains de la chanson folk-country-jazzy itinérante, dont les airs qui ne manquent pas d'air ventilent un périple au petit bonheur la chance (lire là-dessus leur blogue road movie à l'adresse blog.alcaz.net). Sur ce deuxième disque studio qui est la suite naturelle du premier, ils chantent Marseille la nuit comme les routes de Pennsylvanie, s'aiment et ne s'aiment plus et s'aiment plus encore, se disent tout et parfois n'importe quoi. Et tout ça est vivant et vivifiant. Imaginez en spectacle: c'est mercredi prochain, au chic Lion d'Or, avec Chic Gamine.

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Lowlin

Manou Gallo

Sowarex

C'était la petite fille qui rendait fous les gens de son village ivoirien avec ses tambours. Mais elle a persévéré: reconnaissance au sein du groupe Woya en Afrique de l'Ouest, immigration en Belgique, tournées avec Zap Mama, voici Manou Gallo avec son groupe dans 15 villes québécoises jusqu'au 5 décembre. Demain soir, elle s'arrête à la Tohu avec ce nouveau disque, Lowlin, qui révèle ses talents de bassiste et de chanteuse multilingue avec un groupe singulier comprenant également violoncelle, guitare, batterie et percussions. La basse peut chanter, se placer en avant ou se faire plus funky. Le violoncelle adoucit ou dramatise des chants africains mâtinés de nombreuses harmonies vocales, fort belles, mais généralement moins éclatées que celle de feu Zap Mama. Avec plusieurs invités, Manou Gallo propose des chansons douces bien cadencées, de même que des clins d'¶il au Sahara, au reggae, au rap et, surtout, aux polyrythmies de son enfance. C'est charmant.

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The Astounding Eyes of Rita

Anouar Brahem

(ECM)

Depuis 20 ans qu'Anouar Brahem cultive la beauté pure faite musique, on ne s'étonne plus d'être étonné qu'il parvienne à chaque essai à nous coller cette décharge près du c¶ur: l'effet b¶uf d'une musique puissante de douceur, la sensation enivrante d'un art de la lenteur admirablement maîtrisé. Lignes hyper-mélodiques, rythmiques envoûtantes, ambiance méditative, le «jazz arabe» de l'oudiste tunisien est tout en textures et en couleurs chaudes. Sur The Astounding Eyes of Rita, Brahem est accompagné d'un nouveau groupe comprenant contrebasse, darbouka et surtout Klaus Gesing à la clarinette basse: on mentionne Gesing parce que les échanges entre sa clarinette et le oud touchent à la symbiose. Une complémentarité sonore d'autant plus délectable que voilà deux instruments peu utilisés dans le jazz. Alors quoi: on goûte avec volupté cette célébration du raffinement.

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Africa

Bisso Na Bisso

Warner

Dix ans après la sortie du premier opus de Bisso Na Bisso, voici enfin un deuxième album pour le collectif français aux ascendances congolaises. Toujours dirigé par le célèbre rappeur Passi, le groupe de sept rappeurs et chanteurs réussit à combiner avec une aisance toute naturelle la force brute du hip-hop à la douceur de la pop africaine, avec le zouk et le soukouss à l'avant-plan. Parfois, cette douceur est quelque peu sirupeuse, en raison, surtout, de l'omniprésence de la chanteuse r'n'b M'Passi. Malgré cela, la force du groupe demeure son aisance avec la juxtaposition musicale. Le collectif agence magnifiquement la participation de plusieurs collaborateurs d'envergure, offrant tantôt une palette jazz (Manu Dibango), tantôt une palette raï (Khaled), reggae (Sizzla) ou même zouglou (le célèbre groupe ivoirien Espoir 2000). Entre la fête et les réflexions sur l'Afrique et l'exil, Bisso Na Bisso est toujours aussi solide et rassembleur.

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Bach

Concertos brandebourgeois. Deux nouveautés: John Eliot Gardiner, English Baroque Soloists. Deux CD SDG 707 (SRI) et Masaaki Suzuki, Bach-Collegium Japan. Trois SACD BIS 1721/22 (SRI).

Deux éminentes nouvelles versions des Brandebourgeois nous arrivent simultanément. John Eliot Gardiner a enregistré l'intégrale en concert à la Cité de la musique à Paris en janvier 2009, mais il a repris le 5e Concerto en avril à Londres. Suzuki part avec l'avantage d'un couplage à l'intégrale des Suites orchestrales en trois SACD pour le prix de deux. L'avantage du chef japonais n'est pas seulement économique, mais aussi musical et sonore. Le son des English Baroque Soloists est assez sec et l'interprétation renforce cette mise en valeur nette de chaque protagoniste. L'approche musicale très mordante devient parfois presque athlétique. Là où Gardiner est physique, Suzuki est élégant, avec une sonorité plus fruitée et ample. Il s'inscrit davantage dans le cadre d'une musique princière et laisse respirer les phrases.

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