Et puis euh - Le nez qui pique

Ordinairement, à moins d'en être un partisan, ou le supporter d'une équipe dont l'emplacement géographique l'amènerait à se trouver dans la même division qu'eux, ou quelqu'un qui a Jarome Iginla dans son pool, on n'aurait pas de motifs particuliers de se préoccuper du sort des Flames de Calgary. Mais les temps que nous traversons, vous le pressentez confusément sans doute, sont tout sauf ordinaires.

Nous nous apprêtons donc à assister à une expérience scientifique hors du commun. C'est que les joueurs des Flames, dans ce qui a pris des allures de scandale aux dimensions albertaines, ont tous été vaccinés contre la grippe Z(H20T4) vendredi dernier. Les membres de leur famille aussi. Bon, ç'a soulevé des protestations parce que des gars dans la vingtaine qui jouent au hockey professionnel ne forment pas précisément une population à risque, les Flames ont dit qu'ils avaient agi de bonne foi, les autorités sanitaires ont fait leurs plus plates excuses, un fonctionnaire a été congédié, mais il reste une réalité incontournable: on ne peut pas revenir en arrière.

Ni vacciner les porte-couleurs des 29 autres équipes. C'est donc dire que, pendant les prochains matchs, les Flames vont jouir d'un avantage indéniable sur leurs adversaires. D'abord parce qu'ils ne seront jamais atteints de ce virus. Ensuite parce que, imaginez un peu: un attaquant des Oilers, qui lui doit attendre son tour, effectue une descente à deux contre un vers le filet. Il a fière allure, le casque au vent. Il franchit la ligne bleue à toute vitesse. Il examine ses options: passer à son coéquipier sur le flanc droit ou décocher un puissant tir en direction du cerbère calgaréen. À ce moment même, le nez lui pique. Il a envie d'éternuer et, comme il n'a pas été vacciné, le risque de contagion est réel. Il doit donc le faire dans le creux de son coude.

Bien sûr, le temps qu'il procède, le défenseur des Flames, Dion Phaneuf, Jay Bouwmeester ou Rob Regehr c'est comme vous voulez, en profite pour subtiliser le disque à l'attaquant (dont nous tairons l'anonymat pour préserver l'intégralité de sa personnalité) et orchestrer une contre-attaque en surnombre. Six secondes plus tard, les Flames comptent, puis gagnent le match.

Vous voyez bien que ce n'est pas juste. Surveillons donc cette équipe dans les jours qui suivent. On verra si ce vaccin est efficace.

Mais si j'en juge par la façon dont en parlent nos dirigeants éclairés, à votre place, à Mise-O-Jeu, je mettrais mon X du côté de Calgary.

***
Lorsqu'on voyage en Écosse, il y a un passage obligé. Oh, certes, on en trouve plusieurs, comme par exemple le château d'Édimbourg ou la tournée des distilleries de scotch — quoique, en fait d'eau-de-vie, je peux vous certifier qu'un programme de dégustation qui démarre à 9h a tendance à transformer l'élixir en eau-de-vie-à-trépas, mais impossible de ne pas s'arrêter au loch Ness. J'ai eu l'occasion de m'y rendre il y a quelques années et, oui, j'ai vu le monstre et, oui, j'en ai rapporté des photographies extrêmement claires qui, non, ne sont malheureusement pas disponibles pour le grand public.

Récemment, une équipe de chercheurs de la firme américaine Sea Trepid, qui fabrique toutes sortes de trucs à la fine pointe de la technologie moderne qui vont sous l'eau (en fait, ils vont dans l'eau, parce que dans la mesure où la machine ne se met pas à creuser le fond du plan d'eau concerné, elle se trouve certes sous de l'eau, mais aussi sur de l'eau, ce qui crée une insupportable confusion), s'est rendue au loch Ness afin d'essayer de trouver le monstre. Elle est rentrée bredouille, mais elle a fait une découverte stupéfiante: au fond du lac reposent des milliers et des milliers de... balles de golf.

Au début, les chercheurs croyaient avoir affaire à des champignons, mais en descendant un peu plus leur caméra, ils ont bien vu que ce n'en étaient point. Or la balle de golf n'apparaissant pas très souvent à l'état naturel et résultant plutôt d'un procédé manufacturier assez complexe, une question a naturellement surgi en eux: qu'a qu'a fait là?* On retrouve bien un terrain de golf à proximité du loch, mais il est situé trop loin pour qu'il pût s'agir de balles égarées.

(*Expression utilisée par Basile Lebrun dans l'épisode de Cré Basile du 5 novembre 1968. Coïncidence, cela fait 41 ans jour pour jour. On maîtrise ses classiques ou pas.)

Renseignements pris auprès d'un employé de ce parc local, il existe une activité répandue consistant à s'aménager un tee sur la rive et à driver des balles de golf dans le loch Ness, comme ça, juste pour le fun. Et la pratique ne se limite pas à cet endroit: un homme du nom de David Roston s'est créé une lucrative entreprise en sillonnant les cours d'eau écossais, en y récupérant des balles de golf et en les revendant à travers l'Europe. Il dit avoir déjà trouvé jusqu'à 15 000 balles en un même lieu. Le loch Ness, qui anti-culmine à 254 mètres, serait cependant hors de sa portée.

Les avis divergent quant à l'impact de la présence d'autant de plastique sur les écosystèmes, de même que du risque que Nessie en ait ingéré quelques-uns, auquel cas elle aurait dû avoir recours à de solides doses de Pepto-Bismonstre.

En tout état de cause, le député du Parti vert écossais Patrick Harvie a recommandé que les golfeurs lacustres fassent usage de balles biodégradables.

N'est-ce pas que tout ça est puissamment fascinant?

À voir en vidéo