Perspectives - An 1 d'Obama

Ford qui revient aux profits, GM renonçant à la vente d'Opel... Ce retour en forme de l'industrie automobile américaine est symbolique de ce premier anniversaire présidentiel. Une présidence qui a justement vu Barack Obama résister au chantage des grands de l'auto brandissant le spectre de pertes d'emplois massives à défaut de recevoir un chèque en blanc de l'État. La restructuration en accéléré de GM et de Chrysler a mis du relief à une année d'interventions économiques plus efficaces que spectaculaires.

Il n'y a rien de surprenant dans ces sondages faisant ressortir un désenchantement envers Barack Obama après un an de présidence. Les attentes étaient à ce point élevées au départ et les feux à éteindre, tellement nombreux et intenses... Une bonne note doit être donnée aux chantiers prioritaires lancés dans un contexte d'une crise ayant été affublée de tous les superlatifs empruntés à la Grande Dépression des années 1930. Mais dans ce bilan de l'an un, il faut déplorer l'absence d'initiatives visant à empêcher toute reprise de ce scénario catastrophe. Quant aux grandes réformes, elles sont aussi vides que les mesures d'imputabilité visant à remettre aux dirigeants des grands piliers économiques la responsabilité de leur incurie.

L'apparent retour en forme des constructeurs automobiles américains, stimulé par une généreuse prime à la casse, reflète tout de même cette restructuration forcée d'une industrie emblématique aux États-Unis coupable de tous les excès, de géants américains enlisés dans une crise perpétuelle depuis 30 ans. Les symboles d'un Ford reprenant la route des profits sans avoir eu à recourir à l'aide de l'État et à la protection des tribunaux, d'un GM faisant volte-face et retenant désormais Opel, ou d'un Chrysler placé dans le giron de Fiat anticipant un retour à la rentabilité en 2011 se veulent donc parlants.

Ces symboles apportent du contraste à une première année présidentielle qui s'est amorcée au bord de l'abîme, avec des scénarios évoquant les sombres années 1930, pour se terminer dans une conjoncture de reprise, avec les avertissements du président de la Réserve fédérale invitant à un optimisme prudent. Évidemment, ce redressement aura nécessité un engagement massif de l'État. La Chambre des représentants américaine avait donné à la fin d'avril son aval à un projet de budget prévoyant un déficit de quelque 1700 milliards cette année, hérité de l'administration Bush, et de 1200 milliards en 2010, gonflé par le plan de relance de 787 milliards sur deux ans. Le déficit budgétaire doit compter pour 12,3 % du PIB américain et atteindre un niveau jamais vu depuis 1945, faisant passer le poids de la dette de 40 à 58 % du PIB d'ici 2012.

Cette récession était accompagnée d'une crise financière sans précédent ayant provoqué une paralysie du marché du crédit et forcé la Réserve fédérale à accompagner sa politique de taux d'intérêt zéro de stimulants monétaires aussi novateurs qu'imposants. Les autorités monétaires ont manoeuvré serré, parfois sans filet, mais l'intervention a été efficace. Une efficacité à mettre à l'actif de ce bilan de l'an un de l'administration Obama.

À mettre également à l'actif de cette administration la capacité de Washington à résister au protectionnisme. Des gestes de fermeture ont été faits au niveau des États, mais le pire a pu être évité. Il faut cependant reconnaître, ici, le rôle stimulant et adoucisseur du recul du dollar américain par rapport aux principales devises.

Cela dit, tout reste à faire avec cette amorce de reprise gonflée aux stimulants fiscaux, la conjoncture demeurant marquée par les pertes d'emploi se poursuivant et une confiance des ménages toujours hésitante. Sans compter ces faillites de banques commerciales, encore nombreuses.

Quant aux leçons tirées de la crise et à leur mise application, tout reste encore à dire. Peu a été fait pour éviter une répétition de ce film-catastrophe. La plus audacieuse réforme du système financier américain depuis celle qui a suivi la Grande Dépression, proposée en juin, a plutôt pris la forme d'un exercice visant à colmater les brèches, à combler les lacunes d'une déréglementation beaucoup trop laxiste et axée sur le laisser-faire, sur la croyance utopique en la capacité du marché (et de ses participants) à s'autodiscipliner.

Encore moins a été fait en ce qui concerne l'imputabilité. Tout au plus la Réserve fédérale, qui s'est vue confier un pouvoir de supervision et d'encadrement renforcé et élargi, a-t-elle promis d'avoir le salaire des banquiers à l'oeil. Cette institution, qui a fermé les yeux sur le recours des banques d'affaires à un levier démesuré, qui s'est tout au plus dite surprise du gonflement des opérations de titrisation hors bilan et qu'on accuse d'être à l'origine des bulles, pourrait même exercer un veto si la politique de rémunération retenue incite les dirigeants, les opérateurs sur les marchés financiers et les agents de crédit à une prise de risque indue et excessive.

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