Exit l'enquête

Il y a moins d'une semaine, le déclenchement d'une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction semblait n'être qu'une question de temps. À la notable exception du président de la FTQ, Michel Arsenault, la société civile était unanime à en réclamer une.

Sous le sceau de la confidence, des libéraux expliquaient que le premier ministre Charest ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour éviter d'ouvrir cette boîte de Pandore, mais il avait démontré dans le passé qu'il n'était pas insensible à la pression de l'opinion publique, qu'il s'agisse du Suroît, du mont Orford ou des subventions aux écoles juives.

L'élection municipale de dimanche à Montréal avait valeur de test. Si elle avait pris la forme d'une explosion de colère, le gouvernement aurait dû en prendre acte. La réaction étonnamment molle aux sordides révélations des dernières semaines indique toutefois que l'apparente indignation des derniers mois relevait davantage du feu de paille.

Le plus déconcertant est d'entendre certains blâmer la presse, et non pas l'administration Tremblay, pour la détérioration de l'image de la métropole à l'étranger, qu'il faudra des années à refaire. Fallait-il non seulement tolérer, mais taire tout cela?

Hier, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, s'est félicité de ce que le taux de participation ait dépassé les 85 % dans des municipalités comme Shigawake et Saint-Joseph-de-Ham-Sud, mais il n'a pas semblé le moindrement inquiet qu'à peine 38 % des Montréalais aient daigné se déplacer jusqu'aux bureaux de vote, alors que le maire disait que la situation à l'Hôtel de Ville était si grave qu'il craignait lui-même pour la sécurité de sa famille.

L'élection de Louise Harel ou de Richard Bergeron aurait envoyé un puissant signal au gouvernement. Au lieu de quoi, M. Tremblay et, à quelques exceptions près, les caciques du régime ont tous été réélus. La seule qui aurait pu incarner une certaine relève, Diane Lemieux, a été battue. Qui sera le prochain numéro deux? Claude Dauphin? Alan DeSousa? On peut difficilement parler de renouveau.

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Plutôt que d'appréhender le système de magouille dans sa totalité, le gouvernement se sent maintenant plus libre d'y aller à la pièce et d'éviter ainsi les mauvaises surprises que réserve inévitablement une enquête publique.

Hier, M. Lessard a indiqué que les règles d'adjudication des contrats municipaux seraient revues. Des mesures particulières s'appliqueront aux neuf villes les plus importantes du Québec, mais rien de spécial n'est prévu pour la métropole, qu'il n'est plus question de placer sous tutelle.

Il est assez étonnant que le ministre des Affaires municipales, lui-même un ancien maire, vienne tout juste de se rendre compte de la nécessité que l'identité de ceux qui achètent des cahiers d'appel d'offres demeure confidentielle, sous peine de les exposer à des pressions ou même à de l'intimidation.

En réaction à la démission de Benoit Labonté, dont la campagne à la direction de Vision Montréal en 2008 avait été financée en partie par des entreprises qui faisaient affaire avec la Ville, le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Claude Béchard, a annoncé des amendements à la Loi sur le financement des partis démocratiques pour inclure les courses à la direction.

Tout le monde sait pourtant depuis longtemps que c'est l'ensemble du système institué en 1977 qui fait problème. Pour empêcher les entreprises de contribuer illégalement à la caisse des partis grâce à des prête-noms, un groupe de travail mis sur pied par le Directeur général des élections en 2007 avait proposé que leurs dirigeants puissent être tenus responsables des violations de la loi au niveau pénal.

L'Opération marteau, lancée en grande pompe le jour même où M. Labonté se mettait à table sur les ondes de Radio-Canada, permettra sans doute d'épingler quelques crapules, mais il est clair qu'une enquête policière a une portée qui est par définition limitée.

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Peu importe, maintenant que l'élection municipale est passée, M. Charest peut compter sur le calendrier politique des prochains mois pour faire diversion. Il y a fort à parier qu'au printemps, plus personne ne parlera d'une enquête publique.

Au cours des prochaines semaines, les aléas de la campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1) continueront de monopoliser l'attention de la population. Dès le 4 décembre, l'Assemblée nationale ajournera ses travaux jusqu'au 9 février, ce qui signifie que les partis d'opposition deviendront presque invisibles.

Du 7 au 18 décembre, ceux qui ne seront pas totalement accaparés par leurs emplettes de Noël pourront suivre les travaux de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques, qui donneront vraisemblablement lieu à une nouvelle passe d'armes entre Québec et Ottawa.

Quelque part au début de 2010, le gouvernement tiendra sa grande consultation prébudgétaire. Jusqu'au budget qui est généralement présenté à la fin de mars, il ne sera question que de déficit, de TVQ et de hausses de tarifs.

Parallèlement à cela, les négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic pourraient dégénérer une fois de plus en affrontement majeur. Au retour des hirondelles, qui voudra encore entendre parler de la construction?

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mdavid@ledevoir.com

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