La honte a une ville

Les Québécois sont souvent exagérément soucieux de leur image à l'étranger. Il y a quelques années, le Guide du routard avait suscité l'indignation générale quand il avait qualifié la gastronomie québécoise de «vraie cuisine de bûcherons». À tel point que la maison Hachette avait jugé préférable de le retirer du marché.

Que Montréal soit maintenant présenté par des médias aussi prestigieux que Le Monde ou The Economist comme une capitale de la corruption, au même titre que Palerme ou Moscou, n'a cependant pas suffi à faire tomber le régime Tremblay. On pourrait maintenant dire que la honte a une ville.

Dans une élection municipale, les sondages sont souvent trompeurs. Plus que les autres partis, Union Montréal avait les moyens de «faire sortir le vote» et le travail a été bien fait. Des électeurs en colère ne devraient cependant pas avoir besoin qu'on leur tienne la main pour aller voter. Si la population est indifférente, pourquoi les magouilleurs se gêneraient-ils?

Certes, la division du vote d'opposition a permis au maire Tremblay de se faufiler, mais cela n'aurait sans doute pas été possible sans l'appui massif que l'électorat non francophone lui a accordé. Plusieurs en concluront qu'aux yeux de certains, la mafia vaut encore mieux que les séparatistes. Cela ne contribuera pas à renforcer la cohésion sociale de la métropole.

Lors de sa rencontre avec la table éditoriale du Devoir, il y a deux jours, M. Tremblay rappelait avoir abandonné son siège à l'Assemblée nationale en mars 1996 avec le sentiment d'une mission inachevée. Cette fois-ci, il ne voulait pas quitter l'Hôtel de Ville avant d'avoir fait le ménage.

Depuis deux semaines, son discours a cependant été si confus que l'on ne sait plus trop ce qu'il ignorait et ce qu'il cachait. Comment croire qu'il pourra faire au cours des quatre prochaines années ce dont il a été incapable durant les huit dernières?

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Les résultats d'hier n'ont rien pour convaincre le premier ministre Charest de l'urgence de tenir une enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction. Alors que Louise Harel et Richard Bergeron en faisaient une priorité, M. Tremblay a fini par se convaincre des mérites de la voie policière préconisée par le gouvernement.

Après tout ce qui a été révélé au cours des dernières semaines, la vie ne pourra sans doute pas continuer tout à fait comme avant à l'Hôtel de Ville. Mais il existe un réel danger que le même esprit demeure. Pendant un certain temps, tout le monde va marcher les fesses serrées, après quoi, le naturel reprendra le dessus.

La semaine dernière, quand Le Devoir a révélé que plusieurs membres du comité exécutif de la Ville se retrouvaient régulièrement dans les loges du centre Bell louées par les firmes d'ingénieurs-conseils qui font fortune grâce aux contrats municipaux, leur réaction a été tristement significative.

«Ce n'est pas parce qu'on va au hockey que l'intérêt public est à risque. Prétendre ça, c'est ridicule», a déclaré le responsable du développement économique au comité exécutif, Alan DeSousa.

Dans un mémoire présenté en juin dernier devant la commission parlementaire qui examinait le projet de code d'éthique proposé par le gouvernement Charest, l'ancien commissaire au lobbyisme André C. Côté avait pourtant bien expliqué le problème.

«Certaines marques d'hospitalité, comme une soirée dans une loge ou une excursion de pêche, ont pour effet, sinon pour objet, de créer une atmosphère d'intimité et d'inspirer un sentiment de reconnaissance susceptible de faciliter l'accès au titulaire de charge publique et de recevoir une annonce attentive de sa part.» Cela ne devrait pas être si difficile à comprendre.

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Après les espoirs fous qu'ont fait naître les sondages, la troisième place de Richard Bergeron constituera sans doute une déception pour ses partisans, mais les progrès réalisés depuis 2005, alors qu'il avait recueilli seulement 8 % des voix, permettent d'envisager l'avenir avec optimisme. Projet Montréal est une force montante avec laquelle il faudra compter.

En revanche, après cette défaite crève-coeur, Louise Harel ne s'éternisera certainement pas à l'Hôtel de Ville. Cela fait près de quarante ans que le PQ et le PLQ campent sur les mêmes positions à Montréal. Même dans un contexte de crise comme celui des derniers mois, la mairie semble tout simplement inaccessible à un(e) souverainiste notoire.

Inévitablement, certains diront que Mme Harel a fait le mauvais choix en se joignant à Vision Montréal, plutôt qu'à Projet Montréal. La chute fracassante de Benoit Labonté a certainement fait très mal, mais un mariage avec Richard Bergeron n'aurait pas été viable. Alors que l'exercice du pouvoir impose souvent la nécessité de distinguer entre le possible et le souhaitable, M. Bergeron se serait accroché à son programme comme un pitbull.

Il faut maintenant s'attendre à un de sérieux règlements de comptes au sein du PQ et de la famille souverainiste. Dans certains arrondissements, notamment dans Rosemont-Petite Patrie, la campagne a pris des allures fratricides. Pauline Marois, qui a déjà d'autres chats à fouetter, en a pour des années à recoller les pots cassés.

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62 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 2 novembre 2009 04 h 05

    Belle ville que Montréal.

    C'est tellement dommage qu'elle soit habitée.

  • yvesdeau - Inscrit 2 novembre 2009 05 h 10

    C'est à n'y rien comprendre

    Moi aussi j'ai honte! 80% des gens veulent une enquête publique et Tremblay est réélu...Bergeron apporte au municipal ce que Dumont a fait pour la politique provincial, une division du vote qui permet à l'incompétence de rester pendant des décennies au pouvoir. J'ai honte d'être Montréalais, j'ai honte d'être québecois...

  • Catherine Paquet - Abonnée 2 novembre 2009 05 h 38

    Les électeurs ont voté pour l'un(e) ou pour l'autre, faute de mieux.

    Comment se fait-il qu'il ne se trouve pas dans tout Montréal, une personnalité forte, compétente et rassembleuse qui fasee que les gens cessent de choisir un leader, faute de mieux?
    Un maire, fraichement élu, affublé d'un taux d'insatisfaction de 62%, peut-il engager sa ville dans une voie que ne souhaitent pas les citoyens? Surtout s'il n'a recueilli que 34% des votes de 40% des citoyens qui auraient dû voter. Ce la donne une légitimité de 14%.
    Qui représentera cette majorité de citoyen qui souhaitait élire un autre maire?

  • Jacques Côté - Inscrit 2 novembre 2009 06 h 18

    Toujours surprenant

    Je suis toujours surpris par le choix de la majorité.

    Charest nous a menti en pleine face lors des 3 dernières élections.

    Ça sent mauvais dans l'administration Tremblay. Ville canadienne par excellence pour la corruption.

    A Laval, la famille à Vaillancourt va continuer à "bosser" pour les citoyens.

    Et Labeaume à Québec, va développer encore plus son arrogance envers quiconque sera sur son chemin, peu importe le type de dossier.

    Difficile à suivre les Québecois dans leur choix.

  • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 2 novembre 2009 06 h 29

    Un pourrissement au Québec qui peut Rappeler Duplessis en 1955-1959

    Le climat de pourrissement engendré par presque 7 ans de gouvernement libéral provincial, par maintenant au moins 12 ans de gouvernance Tremblay dans la métropole. Cette victoire totalitaire de Lebeaume à Québec qui comme un empereur romain promet pour sa populace des jeux. Le climat de pourrissement engendré par une main mise du pouvoir en général par des politiciens libéraux affairistes au municipal comme au provincial ou demain au fédéral de nouveau va t'il un jour sortir ce peuple de sa torpeur ou comme l'affirme dans vos pages samedi, le cinéaste Bernard Émond, somme-nous condamnés à notre disparition culturelle?

    «J'ai le sentiment, lance-t-il (B.É), de vivre dans une culture qui est en train de s'autodétruire par manque d'intérêt, que ce fonds culturel canadien-français qui informe toute notre culture est en train de se perdre carrément.»