PLC: la fin de la pensée magique?

L'arrivée d'un nouveau chef de cabinet à la tête du bureau de Michael Ignatieff ne remontera pas d'emblée la cote du Parti libéral du Canada dans les sondages. Peter Donolo est aussi inconnu de la vaste majorité des électeurs qu'il est célèbre dans les milieux politiques. Mais son retour, très remarqué, sur la colline parlementaire fédérale devrait au moins assurer que les libéraux consacreront le temps qui les sépare de la prochaine campagne électorale à autre chose qu'à conspirer encore contre un autre chef.

Dans les coulisses du PLC, la machine à aiguiser les couteaux s'est tue, tout au moins pour un temps. En voyant une étoile du parti accepter de piloter la barque de Michael Ignatieff, plusieurs libéraux se sont dit que le naufrage que laissent entrevoir les sondages n'était peut-être pas encore inévitable.

Peter Donolo a fait partie de la dernière équipe libérale à réussir à franchir le pas de l'opposition au pouvoir. Il est issu de la mouvance de Jean Chrétien pour lequel il a été directeur des communications jusqu'en 1999. Le fait que de récents et futurs prétendants au trône comme Bob Rae, Dominic Leblanc et Martin Cauchon se revendiquent tous de la même mouvance accrédite l'hypothèse d'un cessez-le-feu sur le front du leadership.

Mais Michael Ignatieff aurait tort d'y voir un vote de confiance de l'establishment libéral à son endroit. Les sages du PLC — car il y en a — ont plutôt conclu que les risques pour le parti de provoquer une crise interne en tentant de déloger le chef sont plus grands que ceux de faire contre mauvaise fortune bon coeur en s'accommodant de son leadership.

Il y a bel et bien péril en la demeure libérale. Selon CROP, le PLC est désormais tombé sous la barre du score électoral de Stéphane Dion au Québec. D'autres sondages montrent que, depuis le début de l'automne, la ligne rouge ontarienne a commencé à s'effriter, et cela, même dans la forteresse libérale de Toronto.

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Pour avoir la moindre chance de mener à bien une mission de sauvetage, Peter Donolo devra au préalable empêcher le PLC, son chef et son caucus de faire une rechute de pensée magique. La formule qui avait mené Jean Chrétien au pouvoir lors de la première incarnation fédérale de M. Donolo ne marchera pas cette fois-ci. Trop de ses éléments manquent à l'appel.

Pour mémoire, Jean Chrétien était devenu chef le jour où la destruction du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney et la montée fulgurante du Reform Party et du Bloc québécois avaient été programmées, avec la mort de l'Accord du lac Meech.

Le gouvernement de Stephen Harper n'est pas à la veille de fournir un tel cadeau à l'opposition officielle. Même s'il était porteur de projets aussi controversés, son statut minoritaire le protégerait contre ses plus dangereux penchants. La division du vote conservateur qui avait permis au chef libéral de l'époque de balayer l'Ontario était également un événement exceptionnel, qui ne se répétera pas, tout au moins du vivant politique de Michael Ignatieff.

Au moment où il a pris la tête du PLC, Jean Chrétien avait plus d'expérience politique que Michael Ignatieff ne peut espérer en accumuler. En particulier, Jean Chrétien avait de plus solides instincts québécois que l'ensemble de ses conseillers.

L'accueil, aussi positif en français qu'en anglais, que les médias ont fait à l'embauche de Peter Donolo témoigne de ce que les sensibilités québécoises de son ancien patron ont un peu déteint sur lui. Mais le débat Canada-Québec a bien changé depuis que M. Donolo a quitté Ottawa, et la polarisation qui avait permis à Jean Chrétien de rallier les fédéralistes québécois sous ses drapeaux s'est estompée.

Le discours libéral fédéral au Québec est aussi désuet que les manuels militaires de la guerre froide. Depuis son arrivée au leadership, Michael Ignatieff n'a pas réussi à lui substituer autre chose que quelques phrases creuses. Si le PLC veut occuper de nouveau une place de premier plan dans le paysage politique du Québec, le vide intellectuel québécois dans lequel évolue son chef devra être comblé rapidement.

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Dans tous les scénarios, le PLC a besoin d'un filon pour rattraper les conservateurs dans les sondages et de temps pour l'exploiter et pour reconfigurer l'image de son chef. Les circonstances pourraient lui aménager l'espace dont il a si désespérément besoin.

Chaque jour davantage, le dossier de la grippe H1N1 menace de tourner en fiasco de politique publique. C'est un développement qui pourrait faire plus mal au gouvernement conservateur que la récession et devant lequel il est nettement plus démuni. Pour autant, on imagine mal qu'un parti fédéral ressuscite l'idée (suicidaire) de précipiter des élections à la faveur d'une crise de santé publique. Reste à voir ce que Michael Ignatieff fera de ce sursis.

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chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

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