Santé: Oreilles

L'oreille, organe négligé de notre santé. Santé collective et santé, disons, alternative, quoique l'Organisation mondiale de la santé ait classé l'auriculothérapie dans les médecines traditionnelles, lui accordant une crédibilité internationale.

Cette approche est née de l'expérimentation d'un médecin lyonnais, Paul Nogier, dans les années 50. Après avoir compris le travail d'une «guérisseuse» sur une de ses patientes, M. Nogier, plutôt que de faire l'obtus sceptique, s'est interrogé, a expérimenté, puis a expliqué en termes médicaux le fonctionnement de cette acupuncture. C'est un principe de réflexologie: vous avez déjà vu cette image d'un foetus épousant parfaitement l'oreille, replié sur lui-même, la tête vers le bas? C'est une image forte pour montrer qu'on utilise le pavillon de l'oreille comme zone de travail pour intervenir sur les organes, voire sur le squelette. On peut masser ou utiliser une aiguille, un rayon laser, un courant électrique... Cousine de l'acupuncture, l'auriculothérapie est différente en cela que si le point d'acupuncture est toujours présent, le point d'oreille, lui, apparaît seulement quand une pathologie existe dans l'organisme.

Parler de l'oreille en santé, c'est nécessairement penser aux acouphènes, ces «silements» que la médecine conventionnelle est impuissante à soulager. C'est aussi — et peut-être davantage — parler de surdité, la surdité qu'on cultive dès le plus jeune âge, comme si on pouvait se permettre, par pure insouciance, d'abîme notre ouïe cultivée. Essayez d'entendre le plus petit bruit que vous puissiez reconnaître: vous m'en reparlerez. Ensuite, vous vous demanderez avec moi: quand la Ville se décidera-t-elle à réglementer le volume sonore de la musique sur la rue, qu'il s'agisse des gogos qui sortent leur énorme radio pour jouer au basket devant votre porte ou des commerçants qui croient attirer le quidam en assourdissant le passant?

On n'a pas d'oreilles... et on n'a pas de voix pour parler du problème. Heureusement que Michel Picard, professeur à l'Université de Montréal, nous sonne les cloches de temps à autre. Ce fut d'abord le bruit dans les garderies: il y en a trop, il l'a démontré et a parlé de ses effets néfastes... La situation est toujours inchangée. Actuellement, c'est le bruit dans les classes qu'il étudie; parie-t-on que les sourds qui lisent les journaux auront négligé cette information?

On a construit à grands frais des autoroutes à côté des écoles, mais il en coûte trop cher de climatiser, alors, avec les miasmes de la pollution de l'air, on y fait entrer les décibels de la pollution sonore. C'est moins cher. Et on passe à côté des écoles André-Grasset ou Victor-Doré sans même se dire: quand même, pauvres élèves, si près de l'autoroute...

Les enfants en difficulté ou les néo-Québécois qui ont encore de la difficulté à comprendre le français n'ont qu'à bien se tenir: si le bruit les indispose, s'ils manquent des explications, s'ils deviennent agités... on leur donnera du Ritalin.

Le plus bête, c'est qu'on a construit des bâtiments pour nos enfants en choisissant un lieu calme qui favorise le recueillement. Ensuite, on a fait n'importe quoi. Le ministère des Transports, le service d'urbanisme de la Ville de Montréal, tout ce beau monde ne se préoccupe pas le moins du monde que nos enfants soient instruits dans le bruit. Une école sur le parcours? Bof, c'est le meilleur trajet pour la route!

Les enfants vivent dans le bruit. Leurs jeux sont bruyants, les écoles sont dans des environnements bruyants. Imaginez ça un instant: on place des signaux d'arrêt obligatoire à chaque coin de la rue de l'école. Ça provoque des arrêts et des accélérations à des distances de 20 pieds, et on est carrément dans la cour d'école. Entendez-vous les camions freiner et repartir? Bien entendu, pendant la construction de l'école, il n'y avait pas un tel achalandage. Bien entendu, on n'a pas interdit les camions: le commerce en souffrirait.

Et s'il n'y avait que les écoles... Mais tenez-vous bien: en allant renouveler son permis de conduire, mon chéri s'est retrouvé au Centre Décarie, métro Plamondon. Il entre dans le bureau des véhicules automobiles, y passe une heure à attendre son tour, et lorsqu'il arrive devant la préposée, il lui dit: «Mais comment vous faites dans ce vacarme?» La fille lui répond: «Des fois, c'est pire.» On arrive chez nous et on est comme fou, on veut seulement la paix.

C'est que le bureau est à côté d'une salle de jeux avec animation au micro et que les murs sont en carton. Toute la journée, les gens qui travaillent pour le gouvernement entendent des moniteurs crier à des enfants, le bruit des pokers vidéo est assourdissant et, franchement, comment comprendre une telle aberration?

Comme la politique ne connaît pas la prévention, elle éteint des feux. Quand nos enfants seront sourds comme des pots et que les conséquences seront d'ordre social ou économique, le gouvernement commencera à parler du problème et se fera le fin finaud en parlant des solutions auxquelles il aura songé. Mais éviter le problème, connaît pas. Prévenir, ce serait faire des campagnes sur le bruit, comme on en a fait à Paris, puisque Paris nous inspire au point où nous appelons maintenant des quartiers carrés des «arrondissements»... Des campagnes, donc, pour inculquer aux jeunes le civisme que les parents n'ont pas. Provoquer une prise de conscience. Il y a des exemples de ce qui s'est fait dans d'autres grandes villes, on ne partirait pas de zéro... Mais zéro, c'est la note que je donne à nos élus pour la gestion de l'acoustique urbaine.

Auriculothérapie - une image vaut mille explications:

http://www.upml.fr/glem/auriculo/aurith.htm

vallieca@hotmail.com
1 commentaire
  • Nadyne Lagacé - Inscrite 4 août 2003 15 h 23

    Les marginaux du bruit...

    Le bruit dans notre société est devenu un fléau. C'est devenu une norme !!!
    Il y en a partout et il faut l'endurer sinon nous devenons les chialeux de service !!!