Reprise, t'en viens-tu?

La hausse de 0,25 % décrétée la semaine dernière par la banque centrale australienne de son taux directeur annonce un changement de cap de l'activité économique mondiale.

Portée par la hausse notable des prix des denrées, l'économie australienne a pris passablement du tonus. Même que la banque centrale a été surprise par le retour soudain et marqué de l'activité dans le secteur immobilier. C'est essentiellement à cause de cela que la banque a décidé de majorer son taux directeur, soit la première hausse au monde à être décrétée depuis un bon bout de temps.

Cela montre que certains pays émergent en ce moment de la récession. Certains disent que le Canada pourrait bien être le prochain à emboîter le pas à l'Australie. Car le réveil du marché immobilier a aussi de quoi surprendre chez nous. Après avoir sombré sous la barre des 120 000 unités sur une base annuelle au début de 2009, les mises en chantier ont depuis rebondi à plus de 150 000 unités. En dépit de ce rebond, l'activité dans la construction neuve est encore assez loin du rythme annuel de 200 000 unités et plus soutenu d'avant le début de la crise financière, en août 2007. Cependant, les récentes données les plus surprenantes sont celles du marché de la revente. Le nombre de transactions a littéralement explosé, grimpant de 18,5 % en août dernier par rapport au même mois de 2008. Ce n'est pas tout. Le prix moyen des maisons vendues a bondi de 11 % par rapport au prix de l'an passé durant ce même mois d'août. Cette hausse subite et importante de l'activité dans le marché de la revente est certainement de nature à placer la Banque du Canada sur ses gardes. Un tel rebond, s'il doit se maintenir au cours des prochains mois, ouvre la voie à une poursuite de la progression des mises en chantier (alors que le stock de maisons existantes à vendre diminuera) et, enfin, à une hausse du taux directeur et des taux hypothécaires.

Ces faits précédents montrent que les pays dont le système bancaire n'a pas été affecté outre mesure par la crise financière sont en excellente position pour renouer avec la croissance économique. Le Canada est susceptible de se retrouver dans cette situation d'ici quelques mois. C'est ainsi que l'indicateur précurseur composé est revenu en territoire positif depuis le début de l'été. Idem pour les livraisons manufacturières. Les exportations ont épousé la même tangente en dépit de la mollesse de l'économie au sud de notre frontière. Les importations reprennent également de la force, et les entreprises profitent de la force du dollar canadien pour remplacer leurs équipements désuets. Côté ventes au détail, celles de véhicules neufs se sont toujours relativement bien maintenues en dépit des faibles subsides accordés par le gouvernement canadien.

Croissance faiblarde aux États-Unis

Aux États-Unis, le contexte est bien différent. Contrairement au Canada, l'offre de crédit continue de se contracter tant dans le domaine de la consommation que dans ceux de l'habitation et de l'entreprise. Cela illustre à quel point le système bancaire américain a été durement ébranlé par la crise financière.

Le consommateur a décidé pour sa part d'épargner davantage, ce qui freine également l'économie. Aussi faut-il s'attendre à ce que les États-Unis prennent plus de temps que les autres pays à renouer avec la croissance. Mais n'allez pas croire que le pays de l'oncle Sam n'y parviendra pas. Les signes de stabilisation se multiplient. L'indice de confiance des consommateurs a rebondi à un peu plus de 50. Mais il reste bien en deçà des niveaux de 90 à 110 normalement constatés en période de croissance économique. Les pertes d'emplois sont encore importantes, mais elles le sont passablement moins qu'au pire de la récession. Les mises en chantier ont repris un peu de poil de la bête, mais encore là, à près de 590 000 unités sur une base annuelle, nous sommes bien loin du nombre de 1,3 million normalement constaté en période d'expansion.

D'autres indices annoncent toutefois que, même faible, un vent de reprise souffle sur la plus importante économie au monde. C'est ainsi que l'indice de l'Institut de la chaîne d'approvisionnement est repassé au-dessus de la barre des 50, et ce, tant pour le secteur manufacturier que pour celui des services. Au-dessus de 50, cet indice annonce une expansion de l'économie.

La production industrielle est aussi revenue en territoire positif. Les ventes de maisons neuves ont repris du tonus alors que celles des véhicules ont été stimulées par les importants subsides accordés par le gouvernement pour inciter les Américains à échanger leur vieille bagnole contre une nouvelle. Les subsides ayant été abolis, il faut s'attendre à un repli des ventes au cours des prochains mois.

Certes, la reprise qui prend forme est faiblarde. Mais elle se poursuivra. Les faibles taux d'intérêt (les taux hypothécaires se replient actuellement vers la barre de 5 % pour le terme de 30 ans), les importants stimuli fiscaux à venir et la descente continuelle du dollar sur le marché des changes y contribueront.