Soyons exigeants

Encore une fois, dans des lignes ouvertes ou des émissions d'analyse politique, on aura eu droit cette semaine à tous les poncifs habituels. Le premier, qui est récurrent ici depuis que nous nageons en gouvernement minoritaire, est le fait que les gens n'aiment pas aller voter souvent, qu'ils sont las de la politique, etc.

Les gens n'aiment pas les élections comme ils n'aiment pas les feux de circulation et les limites de vitesse, le port de la ceinture de sécurité ou l'interdiction du portable en voiture. Nous vivons dans une société qui n'aime pas beaucoup la société et ses exigences. Cela étant dit, je cherche encore quelqu'un qui m'expliquera pourquoi les gens pensent que la démocratie va mal et, en même temps, se refusent à l'orienter souvent en sacrifiant une heure de leur temps. Plus j'ai l'occasion de voter, plus j'ai l'occasion d'exister comme citoyen. Mais je ne fais pas partie des gens que les commentateurs ou les ex-politiciens invoquent pour appuyer leurs clichés démocratiques.

Trop d'élections entraînent la lassitude et le désengagement. Il semble que tous les pontifes de l'information continue soient d'accord sur ce point. Personne n'a vérifié scientifiquement ce dogme et, s'il s'avérait, il faudrait se demander pourquoi cela est vrai ici et faux dans des dizaines de démocraties qui ne se plaignent pas d'être démocratiques quelques fois par décennie. Je crois qu'une partie de la réponse réside dans la couverture médiatique de tout ce qui entoure le déclenchement d'une élection. Si j'en crois ce que j'ai écouté et ce que j'ai lu, seules des considérations bassement partisanes et opportunistes ont motivé les décisions et les déclarations de cette semaine.

Bien sûr, la politique politicienne existe et il ne s'agit pas de l'occulter et de ne pas l'évoquer. Mais cette petite politique ne résume pas l'ensemble de la vie politique et ses enjeux fondamentaux. Notre discours sur la politique ressemble de plus en plus à une description sportive où l'on note bons et mauvais coups, bottes secrètes et poignards dans le dos. Si la politique n'est que cela, je comprends la lassitude des gens et le fait qu'on pense que l'organisation de ces joutes partisanes coûte cher. Beaucoup moins cher en tout cas que les Jeux olympiques qui durent 20 jours alors que des milliers de personnes demeureront au chômage durant des années à cause du résultat d'une élection. Mais voilà, on présente rarement les choses ainsi. L'élection est un jeu coûteux qui ne change rien, voilà le sous-texte, le message subliminal.

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Peut-être est-il temps de mettre un peu de contenu dans notre approche de la politique, car nous ne vivons plus dans des temps

innocents où la croissance semblait une chose naturelle.

Cette élection sera historique, car elle se déroulera à un moment charnière. C'est comme cela que nous devons en parler, pas comme une lutte stratégique entre des équipes dépourvues d'âme et de principes.

Durant ces quatre dernières années de gouvernement minoritaire, grâce à la complicité des libéraux, le gouvernement Harper a réussi une sorte de coup d'État. Changez fondamentalement le pays sans l'accord de la majorité de la population et des électeurs et du Parlement.

Plus les Canadiens prenaient conscience des conséquences du changement climatique,

de ses implications économiques, de la nécessité de revoir nos modes de production et

de consommation, plus notre gouvernement s'éloignait de nos préoccupations et de nos

angoisses.

Puis survint la crise, la mère des crises. Le gouvernement Harper a répondu par de vagues programmes d'infrastructure, ne tenant jamais compte des causes fondamentales de la crise. Aucune réflexion sur le développement futur, sur le rôle des banques et leurs profits excessifs, pas un mot sur le lien qu'il faut faire entre développement et environnement. Ce gouvernement surfe sur le volcan.

Le Canada faisait partie de cette communauté internationale qui défendait droits de la personne, droits autochtones, droits de la femme et aussi droits des citoyens canadiens détenus à l'étranger. Nous sommes gouvernés maintenant par un gouvernement raciste qui ne respecte pas ses propres lois. Voilà une partie du contenu qui devrait marquer cette élection et que nous devrions commenter.

L'assurance-emploi, bien sûr, que tous les gouvernements depuis 20 ans ont charcutée de telle sorte que c'est la seule assurance universelle qui ne s'applique qu'à quelques-uns. Une sorte de vol de l'argent des travailleurs. Demandons, plus que le nombre de jours travaillés, pourquoi ce régime n'est pas géré par les travailleurs et les employeurs, comme cela existe en France.

Soyons exigeants, car les temps qui viennent ne seront pas faciles, malgré ces économistes alléluia qui encouragent leurs commanditaires et clients.

Cette élection survient à un moment décisif où nous devons choisir notre modèle de développement, nos rapports avec la nature et avec le monde, comment organiser le développement dans un nouvel environnement. C'est de cela que nous devons parler. Peut-être que les électeurs y trouveront un peu d'intérêt et ne se demanderont pas si cette élection est inutile. Pour que cela soit possible, il faut, je crois, que nous cessions de rabaisser la politique au niveau du sport.

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