Davantage de canards, moins de saumons

J'imagine que vous avez tous déjà planifié vos activités de vacances, qu'il s'agisse de randonnée pédestre, de canot-camping ou de camping familial, de pêche, de vélo, etc.

Mais certains auront des déceptions, en particulier les saumoniers, car cette année les remontées sont particulièrement, voire étrangement faibles, selon les plus récents inventaires. C'est d'autant plus surprenant que l'an dernier, les montaisons avaient été très bonnes avec de nombreux madeleineaux (grilses) qui revenaient de la mer pour une première fois.

Dans les rivières de l'est du Québec, on évalue que les montaisons sont d'un tiers en deçà du niveau de l'an dernier. Sur la Basse-Côte-Nord, on parle d'une baisse d'environ 50 %.

À Anticosti, le phénomène frapperait un peu moins fort: on parle d'une diminution de 25 à 30 % environ, selon une source fiable.

Chez les gestionnaires de rivières à saumon, tout comme dans les ministères publics, on ne s'explique toujours pas le haut niveau de mortalité en mer, qui continue de sabrer les populations malgré les efforts des saumoniers pour rationaliser la récolte sportive.

C'est pour tenter d'élucider ce mystère toujours impénétrable que plusieurs membres européens de l'Organisation du saumon atlantique vont tenter cette année d'installer des centaines de petits émetteurs dans des saumons, du moins du côté européen, pour tenter de connaître leurs routes migratoires, toujours inconnues. Un réseau de balises sous-marines installées à des endroits stratégiques permettra de repérer les saumons et les identifier au passage. Les données seront alors transmises à des satellites. Il faut espérer que cette opération d'envergure permette de trouver les routes migratoires, car il deviendra alors plus facile d'étudier ce qui s'y passe, et peut-être trouver la cause de la diminution du stock global de saumons.

Mais si la pêche au saumon s'annonce moins bonne, dans les lacs c'est une autre affaire malgré les surplus d'eau qui rendent par contre la pêche plus difficile dans nos rivières, souvent gonflées au niveau de la crue printanière.

Par contre, la saison de chasse à la sauvagine s'annonce fort bien dans le centre du continent, malgré le peu de pluie reçues par ces régions. Selon le US Fish and Wildlife et le Service canadien de la faune, les populations de sauvagine ont augmenté cette année de 13 %.

Mais ce qui se passe dans l'Ouest canadien et des États-Unis n'est pas nécessairement un indice de ce qui nous attend au Québec. En effet, l'augmentation des cheptels de sauvagine là-bas est liée au fait que le nombre total des étangs a atteint en 2009 quelque 6,4 millions, une hausse de 45 % par rapport à l'an dernier et de 31 % par rapport à la moyenne historique. Ici, on assèche plutôt nos milieux humides riverains et terrestres.

Les biologistes estiment cependant que les oies pourraient être moins favorisées que la sauvagine, car au début de juin, le printemps accusait un retard de trois semaines dans le Nord, la plupart des lacs étant encore gelés au moment où devait commencer la nidification.

Cachez le chat!

Une étude du professeur Shannon Grubbs de l'Université de l'Arizona et du professeur Paul Krausman de l'Université du Montana indique que les coyotes se délectent régulièrement de chats domestiques. Sur 39 interactions coyotes-chats documentées par les chercheurs, 19 se sont soldées par la mort des chats. D'autres études ont démontré dans le passé que les chats domestiques représentaient 13 % de la diète des coyotes. Sur 45 séances d'alimentation de coyotes, 42 % de ces repas étaient constitués de chats.

Pour l'American Bird Conservancy, c'est une bonne nouvelle qui mérite de réhabiliter le coyote, car les chats tuent chaque année des centaines de millions d'oiseaux.

Sur la rive sud du Québec, certains biologistes attribuent aux chats domestiques retournés à la vie sauvage la raréfaction croissante des petits gibiers — lièvres, gelinottes, perdrix grises et bécasses — que le félin attrape en bas âge généralement. Lors des opérations de vaccination contre la rage du raton laveur, les biologistes ont eu la surprise de constater qu'ils capturaient plus de chats domestiques vivant à l'état sauvage que de mouffettes! Peut-être faudrait-il réduire la trappe et la chasse aux coyotes dans les régions où ils peuvent maîtriser ce nouveau et redoutable prédateur de la petite faune qu'est le chat?

L'éolien pour qui?

Tout récemment, Boralex et la société en commandite Gaz Métro obtenaient de Québec l'autorisation de construire deux parcs éoliens d'une puissance installée totale de 272 MW dans la seigneurie de Beaupré. Comment un distributeur privé de gaz naturel peut-il arriver à développer avec profit des parcs éoliens alors qu'Hydro-Québec se dit toujours incapable d'en faire autant? Y aurait-il trop d'anciens cadres de Gaz Métro chez Hydro-Québec et à certains postes clés au gouvernement? On ne peut plus éluder la question suivante: si c'est rentable pour Gaz Métro et pour EDF Énergies renouvelables, l'équivalent français d'Hydro-Québec qui va devenir dans cinq ans le principal producteur éolien du Québec, pourquoi le développement éolien du Québec ne serait-il pas rentable d'abord pour les Québécois? Il est plus que temps de penser à modifier le mandat d'Hydro-Québec, ou à une autre société d'État, pour lui conférer le monopole de développer cette filière avec et au profit des gens d'ici, d'autant plus que son potentiel est de 10 à 15 fois plus important que celui de l'hydroélectricité.

Bonnes vacances en nature à tous!

n Lecture: Uranium: la biographie, par Tom Zoellner, Éditions Le Seuil, 233 pages. L'aventure de l'uranium dans le monde et du développement de l'énergie nucléaire est fascinante. Mais les mystères de la géopolitique entourant ce minerai aussi mythique que potentiellement dangereux une fois utilisé nous sont révélés dans ce document de journalisme d'enquête impressionnant. Voilà un livre à méditer devant les visées de certaines minières qui voudraient développer l'exploration et l'extraction de ce minerai devant des populations qui souvent n'en veulent pas.