Pour un discours fédéraliste renouvelé

En pleine récession, alors que le gouvernement de Jean Charest est loin de briller tous les jours par sa performance, le Parti québécois et sa chef perdent du terrain dans les intentions de vote. Selon un sondage CROP-Cyberpresse publié samedi, le PLQ a consolidé sa position au détriment du PQ au cours des dernières semaines, en tandem avec la cote de son chef qui dépasse désormais nettement celle de Mme Marois.

À trois ans du prochain scrutin général, ces chiffres ne sont néanmoins pas tout à fait abstraits. Alors que se déroule aujourd'hui une élection partielle dans l'ancien fief de Mario Dumont, rien n'est acquis pour le Parti québécois. Il y a un mois encore, tout concordait pourtant pour que la circonscription de Rivière-du-Loup retombe dans le giron péquiste, surtout avec le recrutement de Paul Crête, député bloquiste dans la région depuis plus de quinze ans, comme candidat. Aujourd'hui, le fruit mûr s'est transformé en récolte incertaine.

La performance du candidat Crête n'est pas en cause; celle de son ancien parti à la Chambre des communes non plus. Pendant que le PQ perdait du terrain dans les intentions de vote ces dernières semaines, le Bloc québécois et Gilles Duceppe reprenaient la tête du peloton fédéral au Québec.

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Ce qui a changé depuis un mois, c'est le retour dans l'air du temps du débat référendaire et, plus précisément, le dévoilement du plan de Pauline Marois pour remettre la souveraineté sur les rails en s'engageant sur la voie de traverse du fédéralisme renouvelé. Si Mme Marois voulait tester la température de l'eau en replongeant dans ce genre de débats des années avant la prochaine échéance électorale et en pleine tourmente économique, c'est réussi.

Sur le front de l'opinion publique, l'idée de relancer la discussion péquiste sur la façon d'arriver au grand soir en fonction d'un copier-coller des éléments les plus autonomistes de l'argumentaire fédéraliste n'a manifestement pas été l'idée du siècle. Non seulement a-t-elle coïncidé avec un refroidissement de l'opinion publique à l'égard du PQ, mais, en plus, le plan lui-même, selon CROP, ne recueille pas la note de passage.

Dans l'immédiat tout au moins, le plan Marois est susceptible d'avoir davantage de résonance dans le reste du Canada qu'au Québec. L'argumentaire de la chef péquiste et les scénarios de crise évoqués par des ténors de son mouvement arrivent en effet à point pour conforter les éléments canadiens les plus réfractaires aux revendications du Québec dans leur position.

En présentant chaque phase d'un éventuel réaménagement du fédéralisme dans le sens d'une plus grande autonomie du Québec comme une étape vers la souveraineté, en précisant que la somme des demandes québécoises sur ce front était illimitée, Mme Marois a repris à son compte les clichés favoris des détracteurs de la démarche constitutionnelle québécoise et les a accrédités.

Ce faisant, le PQ a vraisemblablement signé l'arrêt de mort de tout embryon de renouvellement du fédéralisme canadien, tout au moins à moyen terme. Du point de vue fédéraliste québécois, cela pourrait être un mal pour un bien.

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La démarche de Mme Marois aura au moins eu l'avantage de mettre en évidence des incohérences flagrantes dans le discours fédéraliste québécois. S'il y a une logique certaine à ce que le PQ s'investisse de la mission de détacher progressivement le Québec de l'État fédéral, l'idée que la classe fédéraliste québécoise continue de pousser à la même roue est de plus en plus singulière.

Pourquoi rester dans le Canada si c'est pour y participer le moins possible et y occuper une place de plus en plus modeste? Le fédéralisme est-il simplement un moindre mal par rapport à la souveraineté ou un système au sein duquel la présence de deux ordres de gouvernement comporte des avantages certains et, si oui, lesquels?

La souveraineté culturelle, pour ne citer qu'un exemple, est-elle souhaitable si c'est pour mettre les moyens et le rayonnement d'une province plutôt que ceux d'un pays au service de la culture québécoise? Et quel est le sens de prôner l'envoi de députés gouvernementaux à Ottawa si chacun de leurs gestes est, par la suite, dénoncé par leurs alliés fédéralistes à Québec comme une intrusion?

Par ailleurs, alors que la cote du fédéralisme au Québec a rarement semblé aussi imperméable aux intempéries politiques, comment expliquer la pauvreté de la relève fédéraliste?

Les intentions de Jean Charest quant à son avenir politique sont loin d'être claires. S'il décidait de ne pas solliciter un autre mandat, on ne voit pas, d'emblée, qui s'installerait aux commandes. Et la relève fédéraliste francophone à Ottawa est tellement famélique qu'elle passe largement inaperçue — ce qui, dans les circonstances, est finalement une bonne chose.

Bonne Fête nationale et bon été!

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chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.