Finances personnelles - Catastrophe-retraite en vue

La récession en cours a eu pour conséquence de modifier bien des projets de retraite, si ce n'est de faire ressortir la mauvaise préparation-retraite des Canadiens. En matière de finances publiques québécoises, cette récession est venue étaler au grand jour l'absence de marge de manoeuvre du gouvernement, un constat se voulant d'autant plus froid que le Québec se retrouve à l'aube d'un puissant choc démographique. Catastrophe-retraite en vue.

Un sondage mondial mené pour HSBC Assurances arrive à la conclusion qu'«une conjonction parfaite de facteurs démographiques, individuels et financiers pourrait faire dérailler les plans de retraite des particuliers». Dans cette cinquième étude annuelle, mais une première étude depuis l'éclatement de la récession, les 15 000 répondants répartis entre une quinzaine de pays indiquent que «les gens adoptent des stratégies de survie à court terme en période de récession, qui créent un grave "déficit" par rapport à leur retraite».

Évidemment, les priorités changent. Ainsi:

- 92 % des gens ont modifié un aspect de leurs finances;

- seulement 19 % prendront leur retraite comme prévu;

- 17 % ont réduit leur épargne-retraite ou ont tout simplement cessé d'épargner en vue de la retraite;

- 18 % ont puisé dans leur bas de laine pour rembourser leurs dettes;

- 9 % prévoient reporter leur retraite.

À ces grandes conclusions s'ajoute un constat: «Le vieillissement de la population, la perte de valeur des régimes de retraite, la baisse des cotisations de l'État et des employeurs ainsi que le ralentissement économique, qui force les gens à faire des choix financiers difficiles, voilà des conditions qui s'annoncent désastreuses pour la planification de la retraite», a résumé Stephen Green, président du Groupe HSBC.

Ce sondage mondial peut soulever des inquiétudes encore plus grandes lorsqu'il est mis dans le contexte québécois. Car, plus que partout ailleurs, le Québec est condamné à faire face à un choc démographique imminent, soit dès 2011. Dans une étude récente, les économistes du Mouvement Desjardins rappellent que le Québec devra conjuguer avec le vieillissement de sa population et avec une baisse de sa population active, un faible solde migratoire amplifiant ce rétrécissement structurel du bassin de main-d'oeuvre. Il en résultera une réduction du potentiel de croissance de l'économie québécoise — cette cadence inférieure anticipée étant synonyme de revenus fiscaux moindres pour l'État — et une pression à la hausse sur les grands postes budgétaires. Or, vu l'état déjà précaire des finances publiques du Québec et l'absence de marge de manoeuvre rendue apparente par la récession...

Dans sa réflexion, Desjardins nous ramène à cette réalité québécoise selon laquelle, dès 2011, les premiers baby-boomers atteindront l'âge de la retraite. Dès 2013, la population des 15-64 ans amorcera sa baisse. À ce rythme, dans une quinzaine d'années tout au plus, le quart des habitants du Québec seront âgés de 65 ans ou plus, contre 15 % présentement. Et puisque le Québec parvient difficilement à alimenter sa population de l'extérieur, «ni l'immigration massive ni une remontée du taux de natalité ne peuvent infléchir les tendances démographiques actuelles».

Les économistes de l'institution financière retiennent donc que la progression du PIB ne reposera que sur des gains de productivité. Ces gains ne seront cependant pas suffisants, ce qui incite à conclure que «la baisse de la population active se traduira par un accroissement de l'activité économique nettement inférieur à celui des dix dernières années». Selon la vraisemblance des scénarios et des hypothèses, le rythme annuel de croissance du PIB réel pourrait être ramené autour de 0,8 % d'ici 2020, comparativement à 2 % actuellement. En fait, le potentiel de croissance de l'économie québécoise sera réduit de moitié d'ici dix ans, ce qui provoquera «un effet dévastateur prévisible sur les finances publiques».

Une impasse financière se dessine, avec une hausse des dépenses gouvernementales déjà supérieure à celle du PIB nominal, avec un gouvernement ayant toujours misé sur la croissance du PIB pour réduire le poids de sa dette. «Tôt ou tard, le Québec ne pourra pas uniquement se contenter de payer les intérêts, mais il devra aussi rembourser une partie de son capital», ont ajouté les économistes de Desjardins. Mais cela, c'est une autre histoire.

Il reste que, pour réagir à l'impasse, les analystes soulèvent dans leur réflexion que des changements nécessaires pourraient notamment prendre l'allure d'une réforme de la fiscalité visant à réduire l'impôt sur le revenu, tout en augmentant les taxes à la consommation. On a également effleuré la piste de la tarification des services et du ticket modérateur en santé, tout en citant des expériences pas toujours heureuses tentées dans d'autres pays ayant également été confrontés au vieillissement de leur population. Il a été observé qu'il peut en résulter soit du gaspillage, soit une sous-consommation, selon le niveau de tarification.

Le risque le plus élevé demeure donc une chute drastique du niveau de vie de la classe moyenne. Et de celle des retraités.

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