Piratage, négos et compostage

Au cours du sommet mondial sur les droits d'auteur, qui se tenait à Washington cette semaine, le grand Milos Forman a déclaré que ceux qui piratent les films font indirectement la promotion de l'idéologie communiste. Rien de moins.

Prenant la parole au nom du syndicat des réalisateurs des États-Unis (Director's Guild of America), le cinéaste d'origine tchèque, à qui on doit Vol au-dessus d'un nid de coucou et Amadeus, a poursuivi: «Les pirates se prétendent des Robin des bois des temps modernes, volant aux riches pour donner aux pauvres. En vérité, ils volent des milliers de personnes ordinaires, dont beaucoup sont pauvres, qui dépendent de l'industrie de la création pour vivre. Les pirates prétendent aussi que tout ce qui est dans Internet devrait être gratuit. Ce qui revient à entrer dans un supermarché et, sous prétexte que le panier à l'entrée est gratuit, décider que tout ce qu'il contiendra devrait l'être aussi.»

J'ignore quel sort les pirates réserveront au prochain long métrage du cinéaste âgé de 77 ans, qui doit amorcer sous peu le tournage de The Ghosts of Munich, d'après un roman de son compatriote Vaclav Havel.

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Après une année de négociations à la dure, qui a divisé le syndicat des acteurs américains, la Screen Actor's Guild (SAG), entre ses factions radicale et modérée et a fait peser des menaces de grève sur tous les plateaux, ses membres ont voté cette semaine à 78 % en faveur de l'entente proposée par les producteurs de cinéma et de télévision. Les négociations achoppaient sur la question des droits d'auteur et des revenus liés aux nouveaux médias. Dur coup pour le président de la SAG, l'acteur de télévision Alan Rosenberg (L.A. Law), tenant de la ligne dure. Malgré l'appui de collègues tels Ed Harris, Martin Sheen et Ed Asner, Rosenberg n'a pas réussi à convaincre ses membres que l'entente méritait d'être bonifiée. Il faut dire que George Clooney et Tom Hanks, de vrais poids lourds, s'étaient déclarés publiquement en faveur de la proposition faite par les producteurs.

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Je n'aime pas faire des procès d'intention, mais j'ai bien du mal à m'en priver devant la nouvelle du tournage en Roumanie du 45e long métrage de Claude Lelouch. Ces amours-là racontera les souvenirs amoureux d'une vieille femme (Audrey Dana), entre 1940 et 1960, en France. As du recyclage filmique, Lelouch compostera, pour les besoins des flash-backs, son propre répertoire d'images, depuis Un homme et une femme jusqu'à Roman de gare. Ce best-of est attendu sur les écrans en 2010.

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Je vous parlais il y a quelques semaines des blockbusters qui font le vide autour d'eux. Cette année semble pire que jamais à cet égard. Quarante-six films sont à l'affiche sur l'île de Montréal, la norme oscillant habituellement entre 70 et 80. Dans la capitale nationale et sa région, c'est bien pire: l'offre cinématographique, à compter d'aujourd'hui, s'élève à 20 films à peine, alors qu'on peut en voir plus d'une trentaine durant le reste de l'année. Paradoxalement, les films d'auteur comme J'ai tué ma mère, qui réussissent à se faufiler dans le lot, sont avantagés par la rareté des concurrents dans le même créneau, alors que, en période de pointe (l'automne, par exemple), la concurrence les écrase.

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La citation de la semaine. «Tant et aussi longtemps que la voix de la majorité, dans la communauté des scénaristes, appartiendra aux hommes, on parlera toujours davantage de l'expérience des hommes que de celle des femmes. Je ne dis pas que les hommes ne peuvent pas écrire nos histoires, mais nous avons besoin que les femmes sortent et se fassent entendre.» Diablo Cody, scénariste de Juno et de la série télévisée The United States of Tara.

Collaborateur du Devoir

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